CHAVANT Eugène, Marius

Par Gilles Vergnon

Né le 12 février 1894 à Colombe (Isère), mort le 28 janvier 1969 à Saint-Martin-d’Hères (Isère) ; ouvrier métallurgiste, puis cafetier ; militant socialiste ; maire de Saint-Martin-d’Hères (mars 1938-février 1941, 14 septembre 1944-4 juillet 1945) ; chef civil du maquis du Vercors ; président-fondateur de l’Association nationale des pionniers et combattants volontaires du Vercors de 1944 à sa mort.

Originaire d’une famille modeste - le père, Joseph-Marius Chavant, était cordonnier et la mère, Célestine-Victoire Mathieu, ouvrière en soie -, Eugène Chavant fréquenta l’école communale, qu’il compléta par les cours par correspondance de l’École du génie civil, alors qu’il était déjà entré comme ouvrier aux usines métallurgiques Neyret-Beylier. Mobilisé en 1914 aux 11e Dragons, puis au 20e bataillon de Chasseurs à pied, il termina la guerre comme sous-officier, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec quatre citations. Cette expérience combattante devait le marquer profondément ; en 1967 encore, il déclarait à Paul Dreyfus que « toute la Résistance, ça ne vaut pas huit jours de Verdun ».

Après la guerre, il devint agent de maîtrise, épousa en 1920 Lucile Blanc, qui lui donna un fils en 1921, et adhéra au Parti socialiste SFIO. Élu, en 1929, conseiller municipal de Saint-Martin d’Hères sur la liste socialiste conduite par Auguste Beau, il fut réélu en 1935 et devint premier adjoint du maire Alexis Jourdan. Après la démission de ce dernier le 26 février 1938, il fut élu maire de la commune, le 20 mars. Il quitta alors l’usine et devint propriétaire d’un café à l’Île-Verte, à Grenoble. Révoqué de ses fonctions par Vichy en février 1941, il participa dès l’automne au « noyau » socialiste regroupé autour de Léon Martin*, ancien maire de Grenoble, avec Aimé Pupin, Paul Deshières et Eugène Ferrafiat. Le petit groupe, visité en août 1941 par l’ancien député du Nord Raymond Gernez, prit en charge la diffusion du Populaire clandestin, et s’affilia au printemps 1942 au mouvement « Franc-Tireur ». Son pseudonyme dans la Résistance était « Clément ». Il fut à l’initiative de l’établissement, sur le plateau du Vercors, de « camps » de réfractaires au STO à l’hiver 1942-1943. Quand ce noyau se connecta, au printemps 1943, avec l’équipe de l’architecte Pierre Dalloz, à l’initiative du projet « Montagnards » qui visait, dans l’hypothèse d’un débarquement allié, à faire du Vercors une plate-forme pour des troupes aéroportées aptes à lancer des raids vers les voies de communication allemandes, Eugène Chavant ne participa pas au premier « comité de combat » du Vercors avec Dalloz, Yves Farge et Aimé Pupin. Le démantèlement de cet organisme, après l’arrestation de Pupin, le 27 mai 1943, et le départ de Dalloz de la région amenèrent la création, fin juin, d’un nouveau comité, auquel participa Eugène Chavant, aux côtés de l’écrivain Jean Prévost, d’Eugène Samuel et de deux militaires, les capitaines Le Ray et Costa de Beauregard. Ce fut seulement en septembre que Chavant devint le « chef civil » du maquis et s’établit définitivement sur le plateau. Son itinéraire devait désormais se confondre, jusqu’en juillet 1944, avec celui du maquis du Vercors. Eugène Chavant se rendit à Alger fin mai 1944 pour obtenir l’assurance que le projet « Montagnards » était toujours en vigueur ; convaincu par les promesses qu’on lui fit, il revint le 7 juin au matin dans le Vercors et joua un rôle majeur dans la décision de « mobiliser » le maquis et de verrouiller les voies d’accès au plateau. L’investissement du Vercors par les troupes allemandes et l’amertume de ne pas avoir reçu l’aide promise à Alger expliquent les termes de son fameux télégramme envoyé dans la nuit du 20 au 21 juillet : « Si aucune aide, population et nous jugerons Alger des criminels et des lâches. Je répète : criminels et lâches. »

À la Libération, Eugène Chavant, membre du Comité départemental de Libération de l’Isère, d’abord nommé maire de Saint-Martin-d’Hères le 14 septembre 1944, fut réélu lors du scrutin des 29 avril et 6 mai 1945 à la tête d’une liste unitaire incluant militants socialistes, communistes, Front national et CGT. Il se présenta lui-même comme « résistant, sans étiquette », s’étant mis provisoirement, selon ses dires, en congé de la SFIO pour se consacrer au CDL et à l’association des Pionniers du Vercors. Il démissionna cependant le 4 juillet 1945 de ses fonctions de maire après en avoir informé le préfet, invoquant sa santé précaire et ses occupations personnelles, laissant la municipalité au communiste Fernand Texier. Cette décision ne marqua pas, en tout cas, la fin de sa carrière politique puisqu’il se présenta au scrutin constituant du 21 octobre 1945, en troisième position sur la liste du « Bloc des républicains et des socialistes résistants de la Renaissance française », conduite par Yves Farge, contre la liste socialiste officielle conduite par Lucien Hussel* et Alix Berthet*. Dans ses déclarations publiques, il dit s’être ainsi engagé « parce que l’unité ne s’est pas réalisée » et pour défendre le bilan de la Résistance contre les « planqués » de Londres et d’Alger. Les faibles résultats de cette liste, vivement condamnée par la SFIO, qu’elle privait sans doute d’un siège, amenèrent son retrait de la politique active et l’éloignement de son ancien parti. Eugène Chavant se consacra dès lors entièrement à l’Amicale des Pionniers du Vercors (devenue Association nationale des pionniers et combattants volontaires du Vercors), créée le 4 novembre 1944 à Pont-en-Royans, qu’il présida jusqu’à sa mort. Sous son impulsion, elle joua un rôle majeur dans la construction d’une mémoire nationale du maquis du Vercors, « Bir-Hakeim de la Résistance en métropole », selon sa propre formule, gérant aussi les deux nécropoles dites « nationales » de Saint-Nizier et Vassieux-en-Vercors, en fait propriété de l’association.

Eugène Chavant, liquidateur des attestations de l’activité résistante de la partie iséroise du Vercors, occupa aussi une place décisive au sein de la commission départementale d’attribution des cartes de CVR, où il fit prévaloir, en référence à la Grande guerre, sa définition du résistant comme « combattant au feu », qui valorise l’action armée au détriment des autres formes d’activité résistante.

À sa mort, il fut inhumé dans la nécropole de Saint-Nizier.

Eugène Chavant était compagnon de la Libération (décret du 20 novembre 1944) et commandeur de la Légion d’honneur.

Un espace public du centre de Grenoble, où est érigé un monument en son honneur, porte son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19731, notice CHAVANT Eugène, Marius par Gilles Vergnon, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 24 octobre 2010.

Par Gilles Vergnon

SOURCES : Arch. Dép. du Rhône, 437 W 24. — Arch. mun. de Saint-Martin-d’Hères. — Le Dauphiné libéré, 20 octobre 1945, 29 et 31 janvier 1969. — M. Gabert, Entrés en Résistance, Grenoble, PUG, 2001. — G. Vergnon, Le Maquis du Vercors entre l’histoire et la mémoire, Éd. de l’Atelier, 2002. — « Les Pionniers du Vercors, une association de gardiens de la mémoire », in Guerre et associations, Lyon, PUG, 2002. — État civil de Colombes.

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