Né le 19 novembre 1926 à Alger, mort le 3 novembre 2017 à Créteil (Val-de-Marne) ; instituteur puis métreur-vérificateur ; militant communiste en Algérie puis dans le Val-de-Marne puis socialiste ; secrétaire de la section socialiste de Créteil ; militant des associations de parents d’élèves et de la laïcité.

Jean Roméo
Fils unique de Jeanne Garcia et de Jean Gabriel Roméo (il donna les mêmes prénoms à son fils) , brigadier de police d’Alger, ses deux parents appartenaient à des familles d’origine espagnole installées en Algérie depuis plusieurs générations. Jean Roméo suivit les cours de l’école Dordor à Alger et obtint le Certificat d’études primaires puis le Brevet élémentaire en 1942.Ensuite, il s’inscrivit aux cours du soir de l’Université populaire d’Alger pour être reçu au brevet supérieur en 1945. Il s’engagea pour trois ans dans l’Armée . Celle-ci l’envoya pendant un an en Autriche et pendant deux ans au Maroc. C’est là que, choqué par le comportement de l’armée, il devint anticolonialiste et progressiste. À son retour à Alger, il travailla pour l’inspection académique avant d’avoir un poste d’instituteur en 1949 et d’obtenir le Certificat d’aptitude pédagogique en 1951. Il avait aussi acquis un diplôme d’opérateur psychotechnicien à l’Institut de psychologie et biométrie.
À Alger, il fréquenta les Auberges de jeunesse, la Fédération libertaire de Fernand Doukhan, les Citoyens du Monde de Gary Davis, et signe de volonté d’universalisme, il apprit l’espéranto. Son mariage le 15 juillet 1950 à Oran avec Françoise Adrey, fille de l’architecte Raymond Adrey l’éloigna d’Alger. Âgée de dix-huit ans, fille d’un juif athée, elle avait subi l’antisémitisme pendant la période de Vichy. Ils s’étaient connus dans les Auberges de jeunesse.
Jean Roméo fut d’abord instituteur en montagne, à Aït Maalem (Kabylie) dans une classe unique de 50 élèves dans des conditions difficiles (manque de routes, de chauffage, construction précaire). Il donnait des cours pour adultes le soir à la lueur de la lampe à pétrole. Inquiet de voir les enfants rester à l’école pendant la pose de midi sans prendre de repas, avec son épouse, ils créèrent une cantine scolaire. Il fut frappé par la condition difficile des femmes kabyles et par les élections truquées. Il décida de s’installer à Oran, mais sans exéat, il travailla pendant un temps dans le cabinet d’architecte de son beau-père Raymond Adrey avant d’obtenir un poste d’instituteur à Oran, en 1952. C’est alors qu’il adhéra au Parti communiste algérien marqué localement par les familles Safer et Larribère.
Jean Roméo participa à la vie syndicale,celle de la FEN-CGT et du SNI. Lors de la visite à Oran, le 22 février 1956, de Jean-Auguste Senèze, secrétaire général de la Ligue de l’enseignement, dans le contexte de la visite de Guy Mollet à Alger, il fit une très longue intervention, dont il a toujours gardé le texte de quatre pages. Il appelait à négocier avec le FLN, rappelait les évènements tragiques de Sétif en mai 1945, et disait qu’il fallait tirer les leçons de la guerre d’Indochine. "Demain il sera trop tard" pour sauver la chance de liens entre l’Algérie et la France et pour éviter que les familles algériennes d’origine française doivent fuir l’Algérie."Notre capital à nous c’est l’Algérie. Nous y avons nos maisons, nos familles, nos morts, notre sol. Ailleurs nous serions des exilés [...] Certes c’est la peur qui dicte notre position, mais aussi la raison, car ce n’est pas être pessimiste que de dire qu’il n’y a pas de solution militaire.". Ce cri du cœur fut accompagné d’un sentiment d’impuissance et en juin 1956, la famille s’embarqua dans la voiture, une Deux-chevaux, pour Marseille.
Il se retrouva à Paris avec sa femme et leurs deux enfants,Dominique âgée de 6 ans et Philippe 3 ans, sans point de chute, couchant dans leur voiture, quelquefois dans des hôtels, essayant sept logements différents avant d’aboutir à l’Hay-les-Roses (Seine, Val-de-Marne). Il tenta de préparer un diplôme de conseiller d’orientation professionnel mais ses conditions matérielles ne le lui permirent pas. Il démissionna de l’Éducation nationale en octobre 1956 et travailla pour une entreprise, la SAEETP (Société Auxiliaire d’Entreprises Électriques et de Travaux Publics), qui lui obtint un logement à Saint-Mandé (Seine,Val-de-Marne), 18 avenue Quillou. C’est là qu’il adhéra au Parti communiste français, dans une cellule dirigée par le frère du colonel Fabien, Jacques Georges. Professionnellement, il s’orienta vers un statut libéral qui lui permit d’être inspecteur des travaux dans un cabinet d’architecte puis métreur-vérificateur.
En 1958, la famille prit un long crédit pour acheter un appartement à Créteil, Villa Juliette. Militant anticolonialiste regardant avec sympathie le réseau Jeanson, il milita à la cellule communiste Simone Labadie mais c’est surtout comme président des parents d’élèves de l’ École des Buttes qu’il se fit connaître à Créteil. La ville était en pleine crise des écoles dans les années 1960-1962, en raison de la croissance rapide de la population (construction de la cité du Mont-Mesly) et de l’insuffisance de construction d’écoles par manque d’anticipation d’ une municipalité vieillissante, celle d’André Dassibat. Jean Roméo créa une Union locale des APE (Association de parents d’élèves) avec Pierre Millot, journaliste, du PSU, Paul Chaintrier, ingénieur des Travaux publics (communiste "ouvert"), et Marcel Pennetier, secrétaire de la section du SNI (Syndicat national des instituteurs) constituant le Comité local d’action laïque. Il associa de plus Françoise Leloup, directrice d’école maternelle, et Yvette Savignat de l’Association des paralysés, à ce projet de défense laïque des jeunes handicapés qui donna naissance à l’APAJH (Association pour les adultes et jeunes handicapés) de Créteil et l’APAJH 94 et plusieurs réalisations durables. La situation scolaire déboucha sur une mobilisation spectaculaire des parents et des enseignants avec de grandes réunions publiques ainsi que des articles dans la presse nationale. La gauche ne fut pas la seule à en bénéficier, le général Billotte en mission à Créteil pour conquérir la nouvelle ville préfecture en cueillit les fruits aux élections municipales de 1965.
La capacité de Jean Roméo à former des équipes avec des acteurs diversifiés, chrétiens, PSU, associatifs, communistes, ne fut pas bien vue dans sa section communiste, d’autant qu’après avoir défendu les positions de Servin-Casanova, il manifestait un esprit libre, en sympathie avec le communisme italien. Mai 1968 mit fin à cette période. Très actif dans le soutien de la grève des enseignants, sensible à la révolte étudiante, il participa au Comité d’action de Créteil qui avait occupé les locaux du ciné-club Zoom16, rue Juliette Savar, tout en rappelant que les drapeaux noirs et rouges ne resteraient pas durablement côte à côte. Il passa en juin devant une commission locale du Parti communiste où son procureur, un enseignant lui aussi venant d’Algérie (Guy Martin), lui dit qu’il s’était "trompé de parti". Il fut exclu mais n’en souffrit pas, le communisme ne correspondait plus à sa vision du monde.
Poursuivant son militantisme laïque, il adhéra au Parti socialiste en 1974 dans la lancée des Assises du socialisme auxquelles il avait participé le 12 octobre à l’hôtel Saint-Jacques à Paris. Devenu secrétaire de la section socialiste en 1976, il présida un meeting de François Mitterrand au Gymnase Allezard et vit élire deux conseillers généraux socialistes à Créteil, Laurent Cathala et Serge Lagauche. La ville était donc à conquérir aux élections municipales de 1977. Jean Roméo aurait bien vu une personnalité importante extérieure à la ville prendre la tête de la liste, il pensait à Jacques Delors qui ne donna pas suite puis à d’autres grands noms. La section qui était devenue CERES ne l’entendait pas de cette oreille, elle mit en lice Christian Pierret puis, devant le refus de la direction nationale qui lui demanda de présenter un socialiste de Créteil, ce fut le jeune conseiller général Laurent Cathala.
Ces élections municipales de 1977 marquées par la victoire de la liste socialiste, bousculèrent la section et tout en restant membre du PS, et un temps le trésorier local, il se consacra, pour l’essentiel, à la vie associative. Il suivait les activités de la Ligue des droits de l’Homme et de l’association Maitron du Val-de-Marne, l’IHOVAM (Itinéraires et histoire ouvrière en Val-de-Marne).
En novembre 2011, la mort de son fils Philippe, producteur et cinéaste âgé de cinquante-six ans, victime d’un chauffard à Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’affecta terriblement et l’affaiblit considérablement.
Trapu, la voix grave et chaude, aimable, amical et doté d’une autorité morale, Jean Roméo se réclamait d’un socialiste réformiste et pro-européen. Il avait gardé de son amour pour l’Algérie un attachement viscéral à l’antiracisme et aux vertus de l’éducation. S’y ajoutait son lien fort à la ville de Créteil, ville qu’il avait accompagnée pendant près de 60 ans, de la petite commune de droite à la grande ville socialiste.
Décédé à son domicile le 3 novembre 2017 à 91 ans, ses obsèques eurent lieu au crématorium intercommunal de Valenton le 10 novembre en présence de Laurent Cathala, maire de Créteil, de Christian Fournier ancien secrétaire de la section socialiste de Créteil et d’Anne Berruet, dirigeante de la section.

SOURCES : Témoignages de Jean Roméo et de son épouse Françoise Adrey-Roméo . — Fonds Pennetier, Archives départementales du Val-de-Marne.

Annie Pennetier, Claude Pennetier

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