CHAUMEIL Jean [CHAUMEIL Joseph, Jean]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 23 octobre 1910 à Chamberet (Corrèze), mort le 13 août 1978 à Eaubonne (Val-d’Oise) ; dirigeant des Jeunesses communistes de la Région Paris-Est, élu membre de la commission de contrôle des finances du Parti communiste en 1937, membre du comité central du PCF (1945-1950), responsable de la commission des cadres.

Jean Chaumeil (J.-P. Gast, <em>op. cit.</em>)
Jean Chaumeil (J.-P. Gast, op. cit.)

Fils d’un tailleur de pierres de Chambéret, Jean Chaumeil obtint son certificat d’études primaires puis continua ses études au collège de Brive de treize à quatorze ans. Mais un accident l’obligea à interrompre ses études après trois ans de convalescence. Il était mutilé de la jambe droite (amputation) et ne fit pas de service militaire. Il commença à travailler avec son père comme tailleur de pierres pendant deux ans ainsi que ses frères dont l’aîné, René Chaumeil* deviendra maire de la commune natale.

En 1926, Jean Chaumeil adhéra aux Jeunesses communistes. En 1975, il raconta à Jacques Varin ses activités en Corrèze à la fin des années 1920 : « Je payais aux JC 5 sous par semaine et 2 sous au Parti [...] Pour avoir cet argent, je travaillais le jour de foire, le 9 de chaque mois, à Chamberet en Corrèze, ma commune natale, chez le quincaillier [...]. Il fallait aussi faire la tournée de tous les bals, donc se payer les consommations. On devait expliquer aux conscrits qu’il fallait aller au conseil de révision avec le drapeau rouge et faire des banquets avec des chants révolutionnaires, et dans l’ensemble ça marchait. En vertu de ça, nous dressions la liste des conscrits, et on faisait un repas d’adieux au nom de la JC. » (Jeunes comme JC, p. 115).

Jean Chaumeil adhéra au Parti communiste en 1929, année où il vint habiter à Bagnolet travailler comme commis de voirie à la mairie. Ses activités dans le mouvement des JC lui firent quitter provisoirement le parti en 1930-1931 ; il y revint en 1932. Responsable du sous-rayon de Bagnolet de la Jeunesse communiste en 1929, membre du comité et du bureau du 2e rayon en 1931, il entra au comité régional de Paris-Est dont il devint secrétaire en janvier 1934. Il participa à ce titre au congrès extraordinaire d’Ivry-sur-Seine en février 1934 et entra au comité central des JC. Il devint en 1936 membre du bureau national puis secrétaire administratif et était vice-président de l’Union des JC de la banlieue Est en 1937. Il affirmait (dans un questionnaire biographique de 1939) s’être battu contre le « courant » de Georges Charrière* en 1933 et contre le sectarisme du « groupe ». Il fut délégué en 1935 au VIe congrès de l’ICJ en URSS (il n’y retournera qu’en 1970). Au nom des JC il fit partie, en janvier 1936, de la délégation chargée de mener les pourparlers unitaires avec les JS et les Jeunesses laïques et républicaines pour réaliser une éventuelle Fédération unique de la jeunesse. À l’étranger, il fut un des responsables de la campagne de solidarité avec l’Espagne républicaine où il fit, en mars 1938, un voyage avec une délégation du « Comité du sacrifice » et où il était présent au congrès d’unification des JC et des JS. Il fut également délégué de la Jeunesse communiste en Angleterre en 1938.

Dans le PC, J. Chaumeil, membre de la cellule (Plateau) et Bagnolet et élu au bureau de la banlieue Paris-Est, fut délégué à la conférence nationale d’Ivry en juin 1934. Il représenta, avec Mattei*, Daniel Renoult* et Robert Deloche*, la région Paris-Est le 29 juillet 1934 à une rencontre avec la Fédération SFIO - qui comprenait G. Carré*, Favier et Verrot - pour organiser le Front commun en Seine-et-Marne. La même année, il suivit une école du parti. Il intervint au VIIIe congrès national de Villeurbanne en janvier 1936 et fut nommé membre de la commission de contrôle financier au congrès d’Arles de 1937. En mars 1939 il quitta la direction de la JC (congrès de Paris) et reprit la même année un emploi à Bagnolet où il milita à la base du parti. Il adhérait depuis 1929 au syndicat unitaire des employés communaux de Seine-et-Oise. Il était membre du bureau syndical en 1931-1934 et de la commission de propagande. En 1931, il fut délégué en Allemagne par son syndicat.

La guerre puis l’Occupation lui donnèrent l’occasion de jouer un rôle de premier plan dans la direction communiste. Exempté du service militaire, il était, en août 1939, un des rares responsables de l’Est parisien non mobilisé avec Paul Coudert*, maire de Bagnolet et Henri Vaysse*, secrétaire général de la mairie. Il passa, de sa propre initiative, dans la clandestinité et obtint de Venise Gosnat* (qui, lui, avait reçu l’ordre de ne pas quitter son emploi et son logement) une « planque » à Vitry-sur-Seine. Cinq (ou trois selon les sources) numéros de l’Humanité clandestine furent tirés sous forme de feuille ronéotypée, dans les bureaux de l’Office HBM d’Ivry dirigé par Gosnat et à la mairie de Bagnolet. Les militants en diffusèrent deux mille exemplaires dans la banlieue Sud et Est (réédition de l’Humanité clandestine et Venise Gosnat*, p. 117-118). Son nom apparaît dans le triangle de direction de la région PI (dont dépendait le XIIIe arr. de Paris) au début de l’année 1942, aux côtés de Richard Ledoux et Louis Chaput (Le 13e arrondissement, op. cit.) ; il était responsable politique. Il participa ensuite au triangle national pour la zone nord avec Lecœur et Gillot. Après l’arrestation de Brossard (« Philibert »), responsable aux cadres, Jacques Duclos* lui demanda, au début de l’année 1943, d’assurer cette responsabilité : « Cet appareil tenait tous les fils du Parti, connaissait toutes les ramifications de masse et toutes les liaisons pour toute la France, tant sur le plan national qu’international et régional. Les militants de cet appareil connaissaient des milliers et des milliers de noms, d’adresses. Il était chargé de combler les vides provoqués par les arrestations (pénétration de traîtres à châtier, filatures, imprudences, non-respect des règles de la conspiration, etc.) » (Venise Gosnat*, p. 139). Venise Gosnat* le seconda dans sa tâche. Sa compagne « Annette », agent de liaison de la direction du Parti, accoucha clandestinement, en octobre 1943, d’un garçon déclaré « Jean Martin* » et continua ses activités en utilisant le landau du bébé pour transporter les documents (Gillot, op. cit. et Venise Gosnat*, p. 142).

À la Libération, Jean Chaumeil fut nommé « liquidateur national », chargé des intérêts matériels et moraux des anciens résistants, pour les FFI, les FTP et le Front national. Il siégeait à la commission ministérielle pour la reconnaissance des titres de Résistance. Le congrès national de Paris (26-30 juin 1945) l’élut membre suppléant du Comité central et membre de la commission centrale de contrôle politique avec Mounette Dutilleul*, Henri Gourdeaux*, Henri Janin*, Lucien Midol*, Daniel Renoult*. Sous le contrôle politique d’André Marty, il assura la direction de la commission des cadres en 1945-1946. Réélu comme titulaire au Comité central lors du congrès de Strasbourg (25-28 juin 1947), il disparut des organismes dirigeants, comme beaucoup de résistants, au congrès de Gennevilliers (2-6 avril 1950).

En 1953, il était administrateur à la société anonyme « Les Sports », 6 rue de Paradis à Paris (Xe arr.) et membre du comité de section du XIVe. Sa femme, Annette Chaumeil, militante communiste de base, était caissière au siège du PCF 44 rue Le Peltier. Elle mourut en novembre 1954 et fut enterrée au cimetière de Romainville.

Jean Chaumeil travailla à partir de 1955 à l’Agence littéraire et artistique parisienne pour les échanges culturels en 1955. La police qualifiait alors son train de vie de « très modeste », mais il était « propriétaire d’un scooter ». Par la suite, il fut chef de bureau au service des affaires culturelles municipales à la mairie de Gennevilliers. Trésorier de l’Association culturelle de l’Île de France, il était également vice-président de l’association des Amis du Théâtre et de la culture à Gennevilliers.

Membre du bureau national de l’ANACR (Association nationale des anciens combattants de la Résistance) il fut terrassé par une crise cardiaque le dimanche 13 août 1978, alors qu’il prononçait un discours devant le monument des Quatre-Chênes à Domont (Val-d’Oise). Le Parti communiste fut représenté par un membre du comité central à la levée du corps, à Gennevilliers. Il fut inhumé à Chamberet (Corrèze).

Jean Chaumeil s’était marié à Paris (XIVe arr.) le 24 août 1946 avec Yvette Lacoste (dite Annette dont il avait deux enfants : Jean, Claude, né en avril 1939 à Chambéret (Corrèze) ; Jean, Martin, né en octobre 1943 à Paris) et le 4 juin 1965 à Gennevilliers avec Clarisse Hassan.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19645, notice CHAUMEIL Jean [CHAUMEIL Joseph, Jean] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 février 2009.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Jean Chaumeil (J.-P. Gast, <em>op. cit.</em>)
Jean Chaumeil (J.-P. Gast, op. cit.)

ŒUVRE : Venise Gosnat*, Éditions sociales 1975.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13032, rapport 23 novembre 1936 ; F7/13042, 5 septembre 1934. — Arch. PPo. 89, 11 mars 1941. — Arch. Jean Maitron. — Arch. Komintern, Moscou, RGASPI, 495 270 29 (questionnaires de 1939 et 1949). — Cahiers du Bolchevisme, septembre 1939. — Le Monde, 15 et 18 août 1978. — L’Humanité, 14, 15, 16 et 17 août 1978. — A. Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse, op. cit. — J. Varin, Jeunes comme JC, op. cit. — S. et A. Gillot, Un couple dans la Résistance, op. cit. — J. Duclos, Mémoires, t. 3, p. 72. — Le 13e arrondissement de Paris du Front populaire à la Libération, 1977. — Renseignements fournis par la mairie de Chamberet.

ICONOGRAPHIE : A. Guérin, La Résistance, chronique illustrée, 1930-1950, 1972-1976, t. 1, p. 321.

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