MARSEWSKA ou MAROSEWSKA Susanna (Suzanne)

Par Daniel Grason

Née le 22 juin 1914 à Kralikow (Pologne) ; garde-malade ; déportée à Ravensbrück (Allemagne) ; militante de la Main d’œuvre immigrée.

Fille de Stanislas et de Rosalie, née Lewandowska, Suzanna Marsewska a été appréhendée le 4 juillet 1943 par trois inspecteurs de la BS2 au 4 Émile-Rostain (XIIIe arr.), logement de son ami Baruch Tinter. Elle portait sur elle d’une carte d’identité valable jusqu’au 16 août 1943. Elle exerçait le métier de garde-malade, mais était sans travail.
Fouillée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, elle portait trois cartes textiles délivrées par la mairie d’Escaudain au nom de Marcel et Augustine Deligny, et de Marie Lacroix. Dans l’une des cartes, se trouvait une carte de pain, une de matières grasses et une de textiles, toutes non entamées pour le mois de juillet, portant le cachet de la mairie du XVIIIe arrondissement. La perquisition du logement de son ami Paul Boileau (Baruch Tinter) du 4 rue Émile-Rostain (XIIIe arr.) a été infructueuse. Suzanna Marsewska était inconnue des différents services de police.
Interrogée, elle déclara rendre visite à son ami Paul Boileau tous les mois, elle fit sa connaissance à Denain (Nord), en 1943. Elle déclara : « Je devais incessamment être embauchée dans l’entreprise pour le compte de laquelle travaille Boileau. » Elle assura qu’à sa « connaissance, Boileau ne s’est jamais occupé de politique. » Il en était de même d’elle : « Je n’ai jamais été adhérente à une organisation communiste quelconque. »
Sur photographie elle reconnue Ostrowski Boruch Lerner et Miejeska Hadassa Tenenbaum. Elle connaissait un peu celle-ci, elle lui avait proposée de passer quelques jours à son domicile 7 rue de Champagne à Escaudain avec son petit garçon qui avait des problèmes de santé. Elle affirma qu’elles ne parlèrent pas de politique et qu’elle lui avait dit que Lerner était dépanneur en TSF.
Quant aux cartes textiles, elle les paya à Augustin Deligny et Marie Lacroix, deux francs le point. Quant aux trois feuilles de rationnement, pain, matières grasses et produits détersifs, elle les acheta à un inconnu au café « Dupont-Latin ».
Emprisonnée, puis internée au camp de Compiègne, elle était dans le convoi de 959 détenues qui prenait la destination de Ravensbrück le 31 janvier 1944. Plus de 45000 femmes et 5000 hommes étaient dans le camp en janvier 1945. Fin avril, les SS procédèrent à l’évacuation des déportés à se diriger à pied vers le nord du Mecklembourg. Des troupes Soviétiques croisèrent cette marche de la mort et les libérèrent. Le 30 avril une avant-garde des troupes Soviétiques arrivait au camp libérant des prisonnières dont Suzanna Marsewska, matricule 27218 était parmi les 751 femmes de ce convoi qui survécurent.
Une commission rogatoire présidée par un juge d’instruction rendit ses conclusions le 23 mars 1945 sur le comportement d’un des inspecteurs de la BS2. Des enquêteurs s’étaient rendus au domicile de Suzanna Marsewska et Baruch Tinter rue Émile Rostan, ils n’y étaient pas reparus, ils étaient inconnus des différents services de la Préfecture de police. En conclusion le rapporteur écrivit : « De ce fait, le sort qui leur advint après leur arrestation n’a pût être établi. »
Pierre B… l’un des deux inspecteurs qui arrêta le couple Tinter et Marsewska comparut devant la 9ème sous-section de la Cour de Justice de la Seine le 13 et 14 décembre 1946. Il a été établi que cet inspecteur s’était porté volontaire pour la BS2. L’intéressé se défaussa sur ses supérieurs hiérarchiques. Le Président du tribunal révéla que Pierre B… avait été arrêté le 9 août 1943 pour « vol », jugé, condamné à quatre ans de prison, il purgeait sa peine.
L’enquête avait établi qu’il frappait les résistants, il nia. Il était aussi accusé « d’avoir commis des vols lors des perquisitions », il nia tout autant. Un inspecteur témoigna à charge : « je l’ai vu maltraiter un docteur juif [il] a frappé ce détenu à coups de poing et de nerf de bœuf. » Le couple Berek et Esther Baginski, Jean Lemberger, Samuel Radzinski, Rywka Rucart, Louis Salvetat déclara qu’il avait été « volé » et qu’il l’avait vu frapper Madame Bacicurinski, « et son mari m’a dit qu’il avait été sauvagement torturé par l’accusé. »
Dans ses conclusions rendues le 14 décembre 1946, le commissaire du gouvernement après avoir retenu les dépositions de la plupart des témoins, estimait : « On ne peut cependant pas considérer l’accusé comme un matraqueur notoire  ; c’était avant tout un voleur et un pillard, le matraquage était chez lui si je puis dire son – violon d’Ingres – ». Pierre B… a été condamné aux « travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l’indignité nationale. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article196083, notice MARSEWSKA ou MAROSEWSKA Susanna (Suzanne) par Daniel Grason, version mise en ligne le 12 octobre 2017, dernière modification le 6 octobre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2298, GB 130, 77W 3112. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.

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