CHARVET Jean-François

Par André Balent

Né vers 1885 ; militant socialiste du Rhône, puis des Pyrénées-Orientales.

Jean-François Charvet était originaire de la région lyonnaise. Il fit des études supérieures de lettres à Lyon.

En 1902, âgé de vingt-trois ans, il adhéra à la troisième section de Lyon (Rhône) du Parti socialiste. Il devint bientôt un collaborateur du journal de la Fédération du Rhône, L’Avenir socialiste.
En 1909 ou en 1910, il quitta Lyon pour Montpellier (Hérault), Dès 1910, il participa dans l’Hérault à la campagne électorale du socialiste Reboul, qui fut élu. Il fut, à l’occasion de cette campagne, secrétaire à titre bénévole de Reboul. En 1910, il fut délégué de façon officieuse au Congrès national socialiste de Nîmes (Gard) par son ancienne fédération, le Rhône.

Avant la Première Guerre mondiale, Jean-François Charvet fut affecté, en qualité de professeur de lettres, à l’EPS de Perpignan (Pyrénées-Orientales) où il enseigna pendant de nombreuses années. Il milita dans les rangs de la section socialiste de Perpignan dès avant 1914.

Lorsqu’éclata la Grande Guerre, Jean-François Charvet, myope, ne fut pas mobilisé dans un premier temps. Il devient secrétaire de la section socialiste de Perpignan. Toutefois, il fut appelé sous les drapeaux quelques mois plus tard. Il participa à divers combats en Artois, à Verdun, dans la Woëvre, la Somme, l’Aisne, l’Alsace. Puis, atteint d’une bronchite et légèrement gazé, le caporal Charvet fut évacué vers l’intérieur du pays avant d’être réformé.

Meurtri par la guerre, Jean-François Charvet en revint profondément pacifiste. Cette expérience douloureuse permet de comprendre ses engagements ultérieurs, tant au sein du Parti socialiste et des associations d’anciens combattants que dans celui de mouvements plus spécifiquement pacifistes.

Après sa réforme, Jean-François Charvet revint à Perpignan où il retrouva son poste à l’École primaire supérieure. Dès son retour, il milita très activement au Parti socialiste.

À l’issue de l’Assemblée générale du 30 octobre 1918 qui décida de sa reconstitution, il fut élu secrétaire de la section socialiste de Perpignan ; il fut réélu à ce poste lors de la réunion du 3 janvier 1920.

Jean-François Charvet fut candidat aux élections municipales à Perpignan lors des scrutins du 30 novembre 1919 (liste « socialiste et syndicaliste » conduite par Jean Payra*) et du 5 mai 1935 (liste intitulée : « liste socialiste Payra »).

Secrétaire du congrès de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales réuni le 4 janvier 1920, il fut élu à la CAF. La commission administrative fédérale l’élut secrétaire fédéral adjoint (25 avril 1920).

Depuis le début de 1920, Jean-François Charvet était un des animateurs du « Centre reconstructeur » dans les Pyrénées-Orientales. Cette tendance y fut majoritaire, au moins jusqu’au mois de juin 1920. Au mois de février 1920, les débats préparatoires au congrès national de Strasbourg contribuèrent à briser l’unité de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales qui s’était réalisée, à partir d’avril 1918, autour de Jean Payra, animateur de l’ex-minorité pacifiste et au détriment de Lucien Deslinières* chef de file de la majorité guesdiste d’avant 1914. En tant que secrétaire de la section de Perpignan et membre de la direction fédérale, Jean-François Charvet fut amené à occuper le devant de la scène jusqu’au moment de la scission de Tours. Le 3 février 1920, lors de la réunion de la section de Perpignan, il contribua à faire triompher les thèses centristes qui recueillirent une confortable majorité. Convaincu qu’il se situait dans un « juste milieu » il s’employa coûte que coûte à maintenir l’unité de sa section et de la Fédération départementale. Dans les colonnes du Cri Catalan du 14 février 1920, par exemple, il n’hésitait pas à rendre hommage au « bolchevisme », tout en récusant les thèses des partisans d’une adhésion immédiate à la IIIe Internationale qui formaient dorénavant « une minorité relativement importante de la section de Perpignan ».

L’unité de façade que Jean-François Charvet s’efforçait de maintenir fut mise à mal au moment de la grande grève des cheminots en mai 1920. Comme Jean Payra notamment, Jean-François Charvet n’apporta qu’un soutien tiède et mitigé à l’action entreprise par les cheminots. Si dans le Cri Catalan du 8 mai 1920 il défendit le principe de la nationalisation des chemins de fer, il prit à nouveau la plume pour publier dans ce même hebdomadaire, le 12 juin 1920, un article où il résumait, à l’heure où la répression s’abattait sur les cheminots, l’attitude de la direction fédérale pendant la durée de la grève : « [...] tous les hommes qui se donnent la peine de se renseigner savent qu’à Perpignan notamment la grève a été déclenchée sur un ordre syndical venu de Paris, que la Fédération socialiste départementale n’est intervenue que le quinzième jour et uniquement pour se préoccuper au moment où les révocations pleuvaient de la création d’une caisse de secours [...]. Il [Jean-François Charvet prend ici à partie Jules Escarguel, républicain modéré rédacteur au quotidien perpignanais l’Indépendant des Pyrénées-Orientales] n’ignorerait pas non plus que le Parti socialiste dans son ensemble n’a joué dans les événements récents qu’un rôle de solidarité et non pas d’excitation. Cherchez ailleurs que dans le Parti socialiste unifié et surtout ailleurs que dans la Fédération des P.-O. dont les tendances centristes sont bien connues [...] ». Le désavœu virtuel de l’action des cheminots tel que le formulait Jean-François Charvet ne fut pas du goût de tous les militants socialistes catalans, notamment de ceux qui étaient favorables, à l’adhésion à l’Internationale communiste. Le 27 juin 1920, à l’occasion d’une réunion du comité fédéral, deux courants s’affrontèrent vivement autour des motions de la majorité de la CAP et du comité par l’adhésion à la Troisième Internationale. Jean-François Charvet participa à la discussion qui fut très animée. Avec Frédéric Thomas* et Alfred Soubielle*, il soutint le texte de la majorité de la CAP alors que Félix Malterre* et Paul Colomer, de Rivesaltes défendirent celui qui émanait du Comité de la IIIe Internationale, pour l’adhésion à l’Internationale communiste. Cette réunion marqua un tournant de l’histoire de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales de l’immédiate après-guerre. Les partisans de l’adhésion furent pour la première fois majoritaires avec treize voix, alors que la motion de la majorité de la CAP, soutenue par la CAF où siégeait Jean-François Charvet ne recueillait que huit suffrages (il y eut deux abstentions).

En septembre 1920, Jean-François Charvet réaffirma ses positions centristes : « [...] Pour moi, le point de vue n’a pas changé depuis Strasbourg : allons à la IIIe Internationale, adhérons à la condition que cela ne comporte de notre part à nous socialistes révolutionnaires de France, aucune abdication, aucun agenouillement, pas de Canossa en un mot, car je ne crois pas plus aux vérités révélées qui viennent du Kremlin bolcheviste qu’à celles qui émanent du Vatican papal ». (Le Cri Catalan, 11 septembre 1920.)

À partir d’octobre 1920 l’affrontement devint encore plus vif au sein de la section de Perpignan. Comme en beaucoup d’endroits « Le centre reconstructeur » se scinda en deux sur le problème de l’adhésion à l’IC. Mais cela ne se fit pas sans confusions. En septembre 1920, encore, Jean-François Charvet approuva, pendant une réunion de la section de Perpignan, une motion conciliatrice de Pierre Pacouil* alors encore favorable aux thèses centristes.

Le 9 octobre 1920 la section de Perpignan n’avait pas encore clairement pris position. Ce ne fut que le 20 novembre 1920 qu’elle se décida par 59 voix contre 44 en faveur de l’adhésion à l’Internationale communiste. Au cours de cette réunion houleuse, tenue salle Rigaud, Jean-François Charvet, professeur de français à l’EPS, hostile à l’adhésion et Sigismond Moszkowski*, professeur de mathématiques au collège qui y était très favorable, en vinrent aux mains. Minoritaire dans sa section, depuis peu favorable à l’adhésion à l’IC, il envoya à la réunion du 11 décembre 1920 préparant le congrès fédéral dont l’ordre du jour était le problème de l’adhésion à la IIIe Internationale, une lettre de démission de ses fonctions de secrétaire de section (voir également Azeau Amédée*).

Par la suite, Jean-François Charvet, blumiste convaincu, œuvra à la reconstitution de la SFIO à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales.

François Charvet fut un militant particulièrement actif de la SFIO Il occupa de nombreux postes de responsabilité tant à l’échelon de la section de Perpignan qu’à celui de la Fédération des Pyrénées-Orientales.

Il fut secrétaire de rédaction du Cri socialiste qui, à compter de décembre 1930, remplaça l’officieux Cri catalan.

Dès le mois de mai 1930, il était secrétaire de la section socialiste SFIO de Perpignan. Il assura ces fonctions sans interruption jusqu’en 1934. Il fut à nouveau réélu secrétaire de la section de Perpignan le 5 janvier 1934, mais, le 4 mars 1934, ce fut Michel Carola*, élu secrétaire adjoint de la section le 5 janvier 1934, qui le remplaça. Dès le mois de mars 1935, Jean-François Charvet était à nouveau secrétaire de la section de Perpignan et le resta au moins jusqu’en octobre de la même année.

Il fut réélu à la CAF par le congrès fédéral extraordinaire du 30 octobre 1932 et réélu membre de cette instance en 1933, 1934 et 1935. En octobre 1932, il devint secrétaire fédéral adjoint de la SFIO et le demeura jusqu’en septembre 1935. Le 9 juillet 1933, à la suite de la démission de Georges Pézières* du poste de secrétaire fédéral, Jean-François Charvet fut chargé de cette fonction. Lors de la réunion de la CAF du 30 juillet 1933, Georges Pézières revint sur sa démission et Jean-François Charvet redevint secrétaire fédéral adjoint. Le 28 septembre 1935, la CAF issue du congrès du 8 septembre 1935 lui confia les fonctions de trésorier fédéral adjoint. Jean-François Charvet fut à deux reprises (congrès fédéral extraordinaire du 30 octobre 1932 et congrès fédéral ordinaire du 9 juillet 1933) désigné comme membre adulte du comité fédéral mixte des Jeunesses socialistes SFIO des Pyrénées-Orientales.

À partir de la fin de 1935 et du début de 1936, l’importance nouvelle acquise dans la Fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales par des tendances comme la « Bataille socialiste » de la « Gauche révolutionnaire » conduisit un vieux militant comme Jean-François Charvet, fidèle aux orientations traditionnelles de la majorité de la SFIO, à abandonner les responsabilités qui étaient jusqu’alors les siennes au niveau fédéral.

Lors du congrès fédéral du 26 janvier 1936, il défendit la motion présentée par la CAF. Ce texte obtint 36 mandats et fut mis en minorité par la Gauche révolutionnaire dont la motion recueillit 44 mandats. Jean-François Charvet fut élu délégué de la minorité fédérale au congrès national de la SFIO mais ne s’y rendit pas.

À partir de 1938, après que la GR eut été marginalisée au sein de la Fédération des Pyrénées-Orientales, Jean-François Charvet accéda à nouveau à des responsabilités au plan fédéral. Le congrès fédéral du 29 mai 1938 l’élut à la commission de contrôle et des comptes. Au congrès fédéral du 26 mai 1939, il accéda de nouveau à la CAF en qualité de titulaire et fut délégué au congrès national de la SFIO à Nantes. La CAF des Pyrénées-Orientales, réunie le 11 juin 1939, le désigna comme délégué suppléant de la SFIO au comité départemental du Front populaire (le délégué titulaire étant Fernand Baixas*).

En dehors de ses activités au sein de la SFIO, Jean-François Charvet militait également dans de multiples organisations.

Il adhérait au syndicat (CGT) des professeurs d’EPS dont il était un militant actif. Il fut à plusieurs reprises délégué par cette organisation au comité général de la Bourse du travail de Perpignan.

En 1933, il était vice-président de la Fédération départementale des anciens combattants et victimes de guerre. En 1937, il était secrétaire général de cette même fédération qui groupait de nombreuses associations locales rassemblant plus de 10 000 adhérents.

Le 30 juillet 1936, lors de la réunion constitutive du comité départemental des "Amis de la paix" (voir Rives Georges), il fut élu président de cette organisation qui adhérait au "Rassemblement universel pour la paix". En 1937, il était toujours président du comité des Pyrénées-Orientales des "Amis de la paix".

En décembre 1937, il était président de la section départementale de "Radio-Liberté".

En 1937, Jean-François Charvet résidait 174 avenue Maréchal Joffre, dans le quartier du Vernet. Il avait une fille (eut-il d’autres enfants ?) prénommée Lucienne, qui exerçait la profession de sage-femme et qui se fixa à Céret en 1933.

Jean-François Charvet participa à la manifestation que le Parti communiste (voir Julien Dapère*) et d’autres mouvements de résistance organisèrent à Perpignan à l’occasion du 14 juillet 1942. Le 1er août 1942, il fut révoqué de ses fonctions de professeur à l’école primaire supérieure de Perpignan pour « activités antinationales » (c’est-à-dire pour sa participation à la manifestation du 14 juillet 1942) en même temps que deux autres fonctionnaires de l’éducation nationale - deux instituteurs - parmi lesquels Camille Fourquet, futur président du Comité départemental de Libération.

Nous ignorons quelles furent les activités de Jean-François Charvet après la Seconde Guerre mondiale. Il mourut après 1945 (à Perpignan ?). À ceux qui l’ont connu, Jean-François Charvet laissa le souvenir d’un homme « gentil », « serviable », « de bonne humeur », d’un secrétaire de section « sérieux » et « actif » (témoignage de Marcel Mayneris, 10 juillet 1983), d’« un ardent militant pacifiste, honnête et désintéressé » (témoignage de Cyprien Lloansi, 1974).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19550, notice CHARVET Jean-François par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 4 juin 2019.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 2 M 5/302, 303, 304 ; versement de l’Inspection académique des Pyrénées-Orientales, lettre de l’Inspecteur d’Académie en résidence à Perpignan au ministre de l’Éducation, nationale (19 octobre 1944) — Renseignements communiqués par M. Jean Larrieu, professeur d’histoire-géographie au lycée François-Arago de Perpignan et correspondant départemental du comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale. — Le Cri Catalan, hebdomadaire, (officieux) de la Fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales, 2 novembre 1918, 27 novembre 1919, 10 janvier, 1er mai, 11 septembre, 27 novembre 1920, 3 mai 1930. — Bulletin socialiste des Pyrénées-Orientales, organe de la SFIO (éphémère publication communiste perpignanaise), 13 janvier 1925. — Le travailleur Catalan, hebdomadaire de la Région catalane du Parti communiste, 27 février 1937. — Bulletin de vote (élections municipales du 5 mai 1935), Arch. Dép. Pyrénées-Orientales — Interview de M. Fernand Cortale, militant de la SFIO puis du PSOP et du PCF à Perpignan. — André Balent et M. Cadé, Histoire du Parti socialiste dans les Pyrénées-Orientales de sa fondation (1895) au congrès de Tours (1920), n° hors-série de Conflent, Prades, 1982. — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, hebdomadaire de la Fédération SFIO des Pyrénées-Orientales, mai 1935. — Témoignage de Cyprien Lloansi, ancien militant de la SFIO et des « Amis de la paix » (1974). — Témoignage de Marcel Mayneris, ancien secrétaire fédéral de la SFIO (10 juillet 1983).

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