HORNIMAN Benjamin, Guy

Par Daniel Foliard (septembre 2017)

Né le 17 juillet 1874 à Dovercourt (Essex), mort le 16 octobre 1948 ; employé de commerce, journaliste ; membre du Parti du Congrès en Inde, militant nationaliste indien.

Né en 1874 à Dovercourt (Essex), Benjamin Horniman est l’un des fils de William Horniman (182 ?-1905), trésorier payeur de la Royal Navy et d’Esther Sarah Foster. L’un de ses frères, Roy Horniman, devient à l’époque édouardienne un écrivain connu. Benjamin Horniman commence à travailler dans une maison de commerce avant de devenir journaliste. Il est successivement employé par le Portsmouth (1894), le Daily Mail, le Daily Chronicle, le Morning Leader (1900), le Daily Express et le Manchester Guardian (1903-1904). Il contribue régulièrement au Times de Londres à travers des courriers critiques de l’action gouvernementale et de l’impérialisme britannique. Il est alors un temps le compagnon d’Oscar Wilde.

En 1906, il s’installe en Inde, dans l’est du Bengale, en tant que correspondant pour le Statesman de Calcutta. En avril 1907, il assiste aux émeutes de Jamalpur entre musulmans et hindous. Il témoigne lors d’un des procès liés à ces manifestations. Après un court séjour en Angleterre, il revient en Inde en 1911 en tant que correspondant pour le Delhi Correspondent. Il devient ensuite le rédacteur en chef d’un journal nationaliste, le Bombay Chronicle fondé à Bombay par Pherozeshah Mehta en 1913. À la mort de Mehta, Horniman réoriente la ligne éditoriale du journal. Il adopte une posture plus critique et s’éloigne des positions de Bal Gangadhar Tilak, l’une des premières figures du Parti du Congrès, opposé durant la guerre aux formes d’action radicale et dès lors partisan de solutions constitutionnelles. En 1916, il rejoint l’une des deux branches de la All India Home Rule League qui se forment à Bombay, aux côtés d’Annie Besant et Mohammad Ali Jinnah. En mai 1916, ce dernier est l’avocat de Benjamin Horniman qui attaque le Briton, un journal européen publié à Bombay, pour diffamation. Mohammad Ali Jinnah préside d’ailleurs le conseil d’administration du Bombay Chronicle. Le journaliste est désormais au cœur du mouvement nationaliste indien, comme en témoigne sa correspondance avec Jawaharlal Nehru et ses liens avec Mohandas Karamchand Gandhi, qui prend toutefois ses distances avec la rhétorique de B.G. Horniman, qu’il juge trop agressive. Il s’habille à l’indienne, un geste qui confirme son adhésion aux principes de boycott des produits occidentaux prônés par le mouvement Swadeshi. Son anti-impérialisme s’enrichit à cette époque d’une position pro-turque. Benjamin Horniman soutient le Califat à la fin de la Première Guerre mondiale et adhère à l’idée d’un nationalisme panislamiste. Membre du Parti du Congrès, il critique l’insuffisance des réformes envisagées par le Royaume-Uni à la fin de la guerre afin d’accorder plus d’autonomie à l’Inde. Dans un discours prononcé le 15 décembre 1917 à Dhulia, il insiste en particulier sur la nécessité d’accroître l’agitation politique afin d’obtenir une plus grande représentation de la population indienne au sein de la législature. En 1918, il dénonce les conditions d’arrestation et de détention des prisonniers politiques, ainsi que les atteintes à la liberté de la presse. Le gouvernement britannique crée en mars 1919 des règlements ad hoc dans le cadre de l’India Defence Act de 1915 afin de museler la presse : les Rowlatt Acts, qui autorisent deux ans de détention sans procès sur simple suspicion de terrorisme. Horniman en appelle alors à la désobéissance civile selon les principes du Satyagraha. Il tente notamment de mobiliser les ouvriers du textile de Bombay à travers une réunion publique et une manifestation.

Le 5 avril 1919, Benjamin Horniman publie un éditorial à propos de l’usage de munitions anti-émeutes contre des manifestants à Delhi qui déclenche une réaction officielle. Le journaliste est interdit de séjour en Inde et est expulsé sous escorte le 26 avril en direction de l’Angleterre. La décision est critiquée publiquement par Mohandas Karamchand Gandhi et plusieurs dirigeants nationalistes. Horniman continue toutefois à être très actif. Son nom apparaît dans plusieurs rapports des services de renseignement intérieur. Il participe à des réunions publiques en faveur d’un désengagement britannique en Inde. Il publie en outre plusieurs ouvrages pour dénoncer le massacre d’Amritsar. Il s’investit dans le mouvement syndical dans le cadre du All India Trade Union Congress aux côtés de Shapurji Saklatvala (1874–1936), membre du Parti communiste d’origine parsie qui est élu à la Chambre des Communes en 1922. Il appartient aussi, comme son frère Roy, au comité britannique du Parti du Congrès. Il poursuit ainsi au Royaume-Uni sa défense du nationalisme indien. Il fait la connaissance de Marmaduke Pickthall (1875–1936) qui devient un temps l’éditeur du Bombay Chronicle en son absence. Les autorités lui refusent systématiquement un passeport pour retourner en Inde entre 1919 et 1925.

Finalement de retour en Inde en janvier 1926 via Ceylan, il ne réintègre pas le Bombay Chronicle dont la ligne éditoriale, qui est alors favorable à une forme de coopération avec les Britanniques, ne correspond plus à ses convictions. Il reste convaincu de la nécessité de poursuivre une stratégie de désobéissance civile radicale. Il fonde en 1926 un nouveau journal à Lahore, l’Indian National Herald. Le journal survit pendant quatre années face à des difficultés financières grandissantes. Proche du Parti travailliste, il n’attire pas les investissements publicitaires privés. Le gouvernement de l’Inde, qu’il attaque régulièrement, ne lui fournit pas plus de ressources. Enfin, le soutien que le journal apporte à la jeune garde du Parti du Congrès, à l’instar de Jawaharlal Nehru ou de Subhas Chandra Bose, ne lui attire pas non plus la bienveillance de la direction du mouvement nationaliste. À la suite de désaccords récurrents avec le conseil d’administration du journal, dirigé par Chimanlal Setalvad (1864-1947), à l’orientation modérée, Benjamin Horniman lance en 1930 un nouveau titre, le Weekly Herald. Puis il redevient le rédacteur en chef du Bombay Chronicle de 1932 à 1933 avant de lancer un journal du soir, le Bombay Sentinel dont il reste le rédacteur en chef jusqu’à sa retraite en 1945. L’acuité des attaques d’Horniman contre les autorités continue de lui attirer plusieurs plaintes pour diffamation dans les années 1930 et 1940. Il meurt en 1948 peu de temps après l’indépendance de l’Inde et du Pakistan après avoir formé des générations de journalistes indiens. Sa mémoire est bien plus présente en Inde qu’en Grande Bretagne. Un jardin public, les Horniman Circle Gardens, porte aujourd’hui encore son nom à Bombay.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article195340, notice HORNIMAN Benjamin, Guy par Daniel Foliard (septembre 2017), version mise en ligne le 11 septembre 2017, dernière modification le 11 septembre 2017.

Par Daniel Foliard (septembre 2017)

ŒUVRE : (seuls quelques articles parmi les centaines publiés par Horniman sont présentés ici) : “War Office Treatment Of Scotch Soldiers", The Times, 19 septembre 1901, p. 6. — "The Police And The Processions", The Times, 21 juin 1902, p.12. — "The New Imperial Policy", The Times, 18 mai, 1903, p. 10. — "The Moslem Demand", Bombay Chronicle, 19 mars 1918. — Selections from the speeches and writings of B G Horniman, Bombay, 1918. — "How I was deported", Bombay Chronicle, 5 septembre 1919. — Amritsar and our duty to India, Londres, Unwin, 1920. — "Britain and India", The Labour Monthly, Vol. 2, March, 1922, No. 3, pp. 232-237

SOURCES : Reading University : Special Collections Services, cote : GB 006 RUL MS 5104. — Le Centre of South Asian Studies à Cambridge possède des microfilms de la plupart des journaux édités par B.G. Horniman : Bombay Chronicle à partir de 1913 ; Indian National Herald and Sunday Edition, 1926-1929 ; Bombay Sentinel à partir de 1934. — Calcutta High Court, L.O. Clarke vs Brojendra Kishore Roy Chowdhry on 12 January, 1909 : (1909) ILR 36 Cal 433. — British Library, Oriental & India Office Collections (OIOC), Indian Political Intelligence, L/P&J/12/11 ; File 3266/1919 parts 1-4. — Library, Asia, Pacific and Africa Collections Crown Representative’s Records : Political Department Records, 485-P(S)/1930 Question of the action to be taken against Mr. B.G. Horniman, Printer and Publisher of the Weekly Herald, Delhi, for publishing articles and cartoons defamatory of the Patiala Government and Mr. J.A.O. Fitzpatrick, C.I.E., C.B.E., Agent to the Governor General, Punjab States IOR/R/1/1/2010 1930. — National Archives (Kew), Records of the Cabinet Office, Home Office, Report on revolutionary organisations in the United Kingdom, 23 décembre 1920, CAB/24/117. — National Archives (Kew), Records of the Cabinet Office, Scotland Yard, Report on revolutionary organisations in the United Kingdom, 20 juillet 1922, CAB/24/138. — Bombay High Court In Re : Benjamin Guy Horniman vs Unknown on 17 September, 1943. — Entretien avec Waman Kabadi, journaliste proche de Benjamin Horniman, conservé au Centre for Asian Studies, Université de Cambridge, consultable en ligne (cf. part 6 et 7). — Bibliographie : Indian biographical dictionary, Pillar, Madras, 1915, pp. 190-191 ; The Indian Press Year Book, 1949, p. 117. — Jawaharlal Nehru, A Bunch of Old Letters, Bombay, Asia Pub. House, 1958, pp.1-2. — Rupert Croft-Cooke, The gorgeous East ; one man’s India, Londres, W. H. Allen, 1965, p. 20. — Judith M. Brown, Gandhi’s Rise to Power : Indian Politics 1915-1922, Cambridge, Cambridge University Press, 1972, p. 166. — Sarvepalli Gopal (éd.), Selected Works of Jawaharlal Nehru, New Delhi, Orient Longman, 1972-73, volume 2, pp.17-18, volume 3 pp.137, 319. — Richard Sisson et Stanley A. Wolpert, Congress and Indian nationalism : the pre-independence phase Berkeley, University of California Press, 1988, p. 230. — Douglas E. Haynes, Rhetoric and Ritual in Colonial India : The Shaping of a Public Culture in Surat City, 1852-1928, Berkeley, University of California Press, 1991, p. 193. — Milton Israel, Communications and Power : Propaganda and the Press in the Indian National Struggle, 1920-1947, Cambridge South Asian Studies, vol.56, Cambridge University Press, 1994, pp. 216-245. — Chandrika Kaul, Reporting the Raj : The British Press and India, c. 1880-1922, Manchester, Manchester University Press, 2003, p. 274. — Nicholas J. Owen, The British Left and India, Metropolitan Anti-Imperialism, 1885-1947, Oxford, Oxford University Press, 2007, pp.117 et 131.

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