CHARRIÈRE Georges, Jean

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 9 février 1908 à Paris (XVe arr.) ; ouvrier ajusteur ; secrétaire des Jeunesses communistes en 1932 ; déchargé de toutes ses responsabilités en août 1933.

Georges Charrière, <em>L’Avant-Garde</em>, 1932
Georges Charrière, L’Avant-Garde, 1932

Georges Charrière habita jusqu’en 1930 chez ses parents à Montmorency (Seine-et-Oise). Membre du 1er rayon de la 4e Entente des Jeunesses communistes, il était employé au siège des JC, 120, rue La Fayette. Charrière appartenait cependant, depuis mars 1930, à la commission exécutive de l’Union syndicale des travailleurs de la Métallurgie, Voiture-aviation, Maréchalerie et parties similaires de la région parisienne, affiliée à la Fédération unitaire des Métaux. Le même mois, la police notait sa présence à la conférence nationale communiste de la Bellevilloise. Il remplaça Jeanmaire à la gérance de l’Avant-Garde en octobre 1930 et entra, au cours de l’année, au bureau de la Fédération des Jeunesses communistes.

Secrétaire de la 4e Entente des JC (Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne), Georges Charrière s’occupa activement de l’action antimilitariste. Il se rendit, en août 1931, à Toulon (Var) pour apporter son témoignage au procès des mutins de Calvi et organiser un mouvement de solidarité. Le cumul des fonctions politiques et syndicales posa alors quelques problèmes.

En septembre 1931 il opta pour un poste de permanent à la commission des jeunes de la CGTU en abandonnant le secrétariat de la 4e Entente mais, dès octobre, il partit avec Richoux à Moscou pour prendre part, aux côtés de H. Barbé, R. Guyot et Couteilhas au praesidium de l’Internationale communiste de jeunes (ICJ) consacré, entre autre, à la situation des JC en France. Son nom figura parmi ceux des délégués au congrès communiste national de Paris (11-19 mars 1932). Nommé au poste de responsable de la commission d’organisation de la CGTU, il accepta cependant la fonction de secrétaire des JC au congrès de Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais) les 11-16 juin 1932 (secrétariat : R. Guyot, G. Charrière, J. Perrault, P. Rigaud ; bureau : le secrétariat plus M. Lebas, P. Radiguet et G. Beunon). La CGTU protesta contre l’utilisation d’un de ses permanents. La direction communiste trancha en estimant que Charrière ne pouvait occuper deux importantes fonctions ; il dut démissionner en juillet des commissions de la CGTU. Il était alors présent dans la région lyonnaise pour développer le mouvement des jeunes syndiqués et organiser les Spartakiades prévues à Lyon du 14 au 17 juillet 1932. Charrière partit le 21 août 1932 pour Moscou, en compagnie de Jacques Duclos, pour assister au plénum du comité exécutif de l’Internationale mais, tombé malade et hospitalisé à Berlin, il ne put accomplir sa mission qu’en octobre.

Georges Charrière était secrétaire général de fait des JC, en raison de la maladie de Victor Michaut* et de l’arrestation de Raymond Guyot. Son autorité sur le bureau s’affermit à la fin de l’année 1932. Malgré la phraséologie « classe contre classe » qu’il développait dans l’Avant-Garde (il alla jusqu’à baptiser Ducon le secrétaire national des Jeunesses socialistes René Dumon), Charrière n’était pas insensible à la volonté d’unité de la gauche des JS. Un groupe de jeunes trotskystes dirigé par Yvan Craipeau eut l’audace de proposer aux JC une réunion publique commune avec les JS et les jeunesses du PUP. Contre toute attente Charrière accepta et fit approuver ce projet par la direction adulte. Peut-être avait-il omis de signaler la présence des trotskystes. Le Parti socialiste SFIO demanda aux JS de refuser mais les Etudiants socialistes, plus indépendants, annoncèrent leur venue. La réunion eut lieu le 12 janvier 1933 à la salle du Boxing Hall, « 1 500 jeunes travailleurs enthousiastes se pressèrent dans une salle trop exiguë pour acclamer indifféremment tous les orateurs » (F. Zeller, op. cit., p. 55) : Charrière pour les JC, Rimbert pour les jeunes trotskystes, Kléo Kapper pour les jeunes pupistes et Itard des Etudiants socialistes. La direction du Parti communiste réagit vivement mais le bureau des JC soutint Charrière. Le conflit s’étendit à l’ensemble de la politique de la JC accusée d’abandonner le front de classe au profit d’une orientation vers les loisirs. Il fallut attendre juillet 1933, pour obtenir une condamnation des orientations « contraires à celles de l’ICJ », et le mois d’août, pour faire voter le retour à la base de Charrière et ses amis. Jacques Duclos manifesta son soulagement dans les Cahiers du Bolchevisme du 15 décembre 1933 : « Vers le congrès extraordinaire des JC ».

« Le dernier Comité central des 25 et 26 novembre nous a permis de voir Charrière, particulièrement représentatif de la politique fausse qui fut condamnée en juillet dernier, se déclarer en parfait accord avec la ligne suivie dans la JC ». Et, dans le numéro du 15 juin 1934, Raymond Guyot dénonça : « la période pendant laquelle le Comité central sous la direction de Charrière remplaçait le travail opiniâtre de conviction [...] par des discussions et des controverses sans but avec les chefs de la JS et les groupes contre-révolutionnaires trotskystes, est heureusement terminée ».

Au cours d’un entretien avec Jacques Varin, le 14 janvier 1975, Charrière expliqua : « Le contenu de mon exposé avait été discuté avec le Parti. Certes, nous avons eu tort de donner une tribune aux trotskystes, ce qui aurait pu être évité. Ça n’a pas été fait contre le Parti. Mais, ça a été une erreur, ça ne se discute pas. De même, l’orientation de ne pas faire des Jeunesses communistes un Parti de jeunes, mais un mouvement large où l’on éduque la jeunesse, où l’on est à sa tête, mais où aussi l’on a d’autres formes d’activités, n’a pas été une vue de mon esprit. Cela avait été discuté, y compris avec le Parti » (Jeunes comme JC, p. 206). En fait, Charrière, condamné par le congrès extraordinaire d’Ivry-sur-Seine de février 1934, vit bientôt certains aspects de sa politique repris, sous la pression des événements, par la nouvelle direction.

Il vécut à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise) jusqu’en 1937 puis dans le Xe arr. de Paris. Son épouse depuis 1932, Suzanne Bertin (née le 24 mai 1912 à Rueil-Malmaison) était sténo-dactylo à la Fédération unitaire de la Métallurgie en 1932 . Elle occupa les mêmes fonctions à la Fédération des cheminots en 1939 auprès de Tournemaine. Georges Charrière travaillait à la SNCAC de Boulogne-Billancourt en 1938. Il y fonda une section syndicale CGT et y dirigea une grève avant de devenir permanent de la Fédération CGT des Métaux.

Charrière fut, après la Seconde Guerre mondiale, un des responsables de la section communiste du XIXe arr. de Paris et le secrétaire général du comité de la Seine de l’ANACR (Association nationale des anciens combattants de la Résistance). Il était père de trois enfants : Claude née le 7 janvier 1934 à Paris (XIXe arr.), Martine née le 30 août 1941 à Bordeaux (Gironde) et Jean-Pierre né le 28 novembre 1942 à Saintes (Charente-Maritime).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19529, notice CHARRIÈRE Georges, Jean par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 août 2017.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Georges Charrière, <em>L’Avant-Garde</em>, 1932
Georges Charrière, L’Avant-Garde, 1932

SOURCES : Arch. Nat. F7/13131, compte rendu du meeting du 12 janvier 1923, F7/13181, F7/13185, F7/13771, rapport de décembre 1930. — Arch. PPo. 100, 5 décembre 1931 ; PPo. 321. — J. Varin, Jeunes comme JC, 1975. — F. Zeller, Trois points c’est tout, 1976.

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