ANZEMBERGER Émile, Louis, Eugène

Par Alain Dalançon

Né le 16 novembre 1882 à Demigny (Saône-et-Loire), mort le 16 décembre 1952 à Paris (XVe arr.) ; professeur agrégé de mathématiques ; militant syndicaliste du S3 puis du SPES, militant associatif et mutualiste des Anciens combattants.

Fils d’Eugène Anzemberger, clerc de notaire à Demigny, et de Marie-Louise Charbonnier, couturière, Émile Anzemberger effectua ses études secondaires au lycée du Parc à Lyon (Rhône) où son père avait trouvé un emploi dans une étude. Brillant élève en mathématiques, il avait comme professeur H. Commissaire, avec qui il publia un manuel après la guerre. Il obtint le baccalauréat lettres-mathématiques en 1900 puis fut élève en classe de mathématiques spéciales au lycée du Parc, de 1901 à 1903. Admissible à l’École polytechnique en 1902 (367e), il fut admissible à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm l’année suivante (50e), et préféra effectuer son service militaire en 1903-1904. Boursier de licence, il termina sa licence de mathématiques en 1907, avant d’être reçu à l’agrégation de mathématiques en 1908 (7e/13). À la rentrée 1908, il fut nommé à titre provisoire professeur de mathématiques au lycée de Montluçon (Allier) puis en 1909, à titre provisoire, au lycée de Lyon en classes du premier cycle. En 1910, muté à Amiens (Somme), il ne rejoignit pas le poste et fut nommé à titre provisoire professeur en mathématiques spéciales au lycée Descartes à Tours (Indre-et-Loire).

Il enseigna ensuite au prytanée militaire de La Flèche (Sarthe), de 1911 à 1914, dans la classe de spéciales recréée en 1911, puis fut nommé au lycée Henri IV de Poitiers (Vienne) en 1914, où il n’exerça pas. Il fut en effet mobilisé dans le 117e Régiment d’infanterie et fut blessé par un éclat de shrapnel le 7 octobre 1914 à Andéchy (Somme) ; il obtint une citation à l’ordre de la division d’infanterie le 7 juin 1915 en tant qu’adjudant-chef de bataillon, fut promu sous-lieutenant le 29 novembre 1915, puis lieutenant le 29 novembre 17. Blessé une seconde fois, il fut démobilisé au début de l’année 1919, après 4 ans et 3 mois de campagne. Croix de guerre 1914-1918, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, le 25 juillet 1929, comme lieutenant de réserve d’artillerie.

Emile Anzemberger revint brièvement au lycée de Tours en 1919 puis fut nommé à la rentrée suivante au lycée de Besançon (Doubs) où il se maria, le 28 octobre 1920, avec Marie-Jeanne Augustine Albertone, fille d’un ouvrier orfèvre d’origine italienne. Le couple n’eut pas d’enfant.

Il fut nommé professeur au lycée Janson de Sailly à Paris à la rentrée 1921, dans les classes du premier cycle puis de second cycle. Il refusa une classe d’« agro » en 1925 et une classe de mathématiques élémentaires en 1932. Professeur exigeant, les rapports du proviseur signalaient son extrême sévérité avec les élèves, « passant même les limites du raisonnable ». Ses élèves, dont le futur général Pierre Gallois, le reconnaissaient comme un professeur « terrible mais efficace ».

Militant de l’Association puis du Syndicat national des professeurs de lycée et de l’enseignement secondaire féminin (S3), il en était le spécialiste reconnu des questions corporatives. Il exposa en 1934 dans le Manuel guide du professeur syndiqué l’historique des revendications, actions et résultats au sujet des traitements, depuis le début des groupements, à la fin du XIXe siècle. Président de la fédération de l’académie de Paris, il mena en 1934 la liste qui prônait l’adhésion du S3 à la CGT. Il était alors en outre vice-président de la Société des agrégés. Il était également adhérent de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement secondaire public depuis 1910 et écrivit des articles dans son bulletin, notamment en juin 1928 sur les programmes de seconde et de première. En 1937, il adhéra au Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire CGT et en fut un des promoteurs à Paris.

Entré dans le comité central de l’Association des anciens combattants de l’enseignement supérieur et secondaire publics, il devint secrétaire général de la Société mutuelle retraites de l’Union des Anciens combattants de la Région parisienne de 1936 à 1939, puis en était président en 1939.

Pendant l’Occupation, le recteur Gilbert Gidel signala dans un rapport du 5 juin 1942, que M. Emile Anzemberger « a fait enlever l’insigne réglementaire de la francisque à trois élèves de 3e A, en ajoutant que, dans sa classe, il ne tolérait aucun insigne », « acte d’indiscipline particulièrement grave » qui lui valut la mise à la retraite d’office. Selon le rapport justifiant son élévation au grade d’officier de la Légion d’honneur en 1949, il « a résisté de toutes ses forces aux consignes du gouvernement de Vichy, a été pour ce fait relevé de ses fonctions de professeur au lycée Janson et mis à la retraite d’office le 10 juin 1942. Il a rédigé, tiré et diffusé des tracts contre l’occupant et contre Vichy, a procuré à des jeunes gens obligés de se cacher des cartes et des papiers d’identité, et les a pendant plusieurs mois, ravitaillés en ticket de pain et points de textiles. » Il figurait effectivement sur la liste des membres du Front national universitaire au lycée Janson de Sailly avant août 1944, d’après la brochure de l’Association des anciens combattants de la Résistance de l’Éducation nationale.

Après la Libération, il était membre depuis 1945 du CA de l’Union fédérale des Anciens combattants et président d’honneur de la Société mutuelle retraites de l’Union fédérale des Anciens combattants de la RP, vice-président de la commission de contrôle de la France mutualiste. C’est au titre de ses activités mutualistes qu’il fut promu au grade d’officier de la Légion d’honneur, le 5 octobre 1949, par le ministère du Travail et de la Sécurité sociale ; il avait auparavant, en 1937, été fait chevalier du Mérite social.

Il décéda chez lui, 364, rue de Vaugirard à Paris (XVe arr.)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article194928, notice ANZEMBERGER Émile, Louis, Eugène par Alain Dalançon, version mise en ligne le 28 août 2017, dernière modification le 30 décembre 2018.

Par Alain Dalançon

ŒUVRE : Avec H. Commissaire, Exercices d’algèbre et de trigonométrie : classes de mathématiques A et B : solutions des exercices et problèmes, proposés dans les leçons d’algèbre et de trigonométrie (mathématiques A et B), Masson, 1923.

SOURCES : Arch. Nat. F17/24940 ; base Léonore, dossier 19800035/101/12724. — Roland Brasseur, Dictionnaire des professeurs de mathématiques spéciales, notice d’E. Anzemberger, 2017. — Arch. Dép. Saône-et-Loire (état civil). — Arch. IRHSES (dont Manuel-guide du professeur syndiqué). — http://www.bibliotheque-du-prytanee.fr, registre des professeurs du prytanée. — Pierre Gallois, Le sablier du siècle, témoignages, Lausanne, L’âge d’homme, 1999. — Claude Colomer, Janson de Sailly, histoire d’un lycée de prestige, Editions de la Tour, 2004.

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