Né le 11 juillet 1884 à Béziers (Hérault), mort le 18 août 1957 1957 à Bélarga (Hérault) ; électricien héraultais, leader des mutins du 17e RI en 1907, communiste.

Biographie nouvelle mise à la Une à l’occasion des 110 ans de la révolte de la mutinerie du 17e RI et de la révolte des vignerons, et du 60 anniversaire de la mort de Joseph Fondecave.

Joseph Fondecave
Joseph Fondecave était fils de Philippe Fondecave et de Marie Joséphine Andrieu. Son père était originaire des Pyrénées Orientales, et sa mère du Tarn. La famille s’était installée à Capestang, à l’ouest du département de l’Hérault.
Si la profession déclarée de J. Fondecave au moment de son incorporation militaire, en 1904, était celle de conducteur de centrale électrique, c’est qu’avec ses deux frères et son père, ils exploitent la petite unité de production du village. Le souvenir de la famille, qui s’était occupée pendant longtemps de la fourniture d’électricité à Capestang, y est resté vivace d’autant que l’un des frères y a fait souche.
Il effectua son service militaire dans le 17e régiment d’infanterie de Béziers à partir du 9 octobre 1905 où il accéda au grade de caporal sapeur le 30 septembre 1906 dans le contexte tendu de « la révolte du Midi » ; Depuis le début du XXe siècle, le Midi languedocien et roussillonnais, qui vivait presque exclusivement de la monoculture de la vigne, traversait une grave crise de mévente du vin à laquelle le gouvernement de Clémenceau interpellé à maintes reprises tardait à proposer des solutions satisfaisantes. Le mouvement social puissant qui avait pris progressivement un caractère agrarien atteignit son paroxysme en 1907, devenant quasi insurrectionnel à partir du mois de juin.
Au soir du 21 juin 1907, alors que le 17e RI, à recrutement largement local, était exceptionnellement encaserné à Agde au complet pour des manœuvres, 500 à 600 soldats, largement encouragés par la population locale, s’emparèrent d’armes et de munitions puis marchèrent sur Béziers, crosses en l’air. Ils protestaient contre la répression qui s’étaient exercée le 20 juin sur la population narbonnaise et qui avait fait 5 morts. Ils refusaient d’avoir à tirer peut-être eux aussi sur la foule. Joseph Fondecave faisait partie des trois caporaux qui s’imposèrent à la tête de la mutinerie qui fut finalement de courte durée ; les mutins rentrèrent à la caserne contre la promesse qu’il n’y aurait pas de sanctions individuelles mais le jeune caporal sapeur fut cependant rétrogradé au rang de simple caporal. Après un bref passage à Gap, les mutins furent envoyés à Gafsa en Tunisie, sous les ordres du commandant Louis Vilarem qui s’est porté volontaire.
D’après sa fiche matricule, le séjour de Joseph Fondecave en Tunisie se décomposa en deux parties, du 26 juin au 15 novembre 1907 puis du 17 janvier au 20 mai 1908 mais ce découpage n’est pas confirmé par son témoignage. Après une période dans la place forte de Mont-Dauphin, il fut finalement renvoyé dans ses foyers le 12 juillet 1908. Comme les mutins de sa classe, il ne bénéficia donc pas des effets de la loi des trois ans qui ramenait le service militaire à 2 ans. Il effectua ensuite deux périodes d’exercices en 1910 et 1911.
Le 4 août 1914, à l’instar de nombreux anciens soldats du 17e RI, il fut mobilisé dans le 296e RI où il accéda au rang de sergent-téléphoniste le 29 mai 1916. Quand le régiment fut dissous le 25 novembre 1917, il fut versé dans le 202e RI. Mais, signe d’une certaine défiance, d’une mise sous contrôle ou simple brimade de la part des autorités militaires, sa campagne militaire ne compta que « simple », comme si elle avait été passée à l’intérieur ce qui ne semble pas être le cas puisque Louis Barthas, le caporal tonnelier du Minervois, partagé entre fascination et légère ironie critique, évoqua le personnage rencontré sur le front dans un bref passage de ses carnets.
« […] Le 296e était devenu un amalgame où étaient représentées presque toutes nos races provinciales ; un bien petit nombre appartenait à la région de Béziers et bien rares étaient ceux qui n’avaient pas oublié le souvenir des tragiques accidents de 1907 […] Cependant, on se montrait avec curiosité le caporal qui avait pris pendant quelques jours la place du colonel du 17e régiment, ce qui ne l’avait pas empêché d’être sergent téléphoniste : il s’appelait Fondecave […] »
La légende court déjà. Joseph Fondecave fut démobilisé le 27 mars 1919 avec les honneurs militaires ; une citation à l’ordre du régiment, la croix de guerre avec palme de bronze et, en 1930, la carte de combattant.
S’il finît par s’installer à Bélarga, toujours dans l’Hérault, c’est parce qu’il s’agissait de la commune de Marie Cuny ou Cuni, épousée en 1910. Son ami et témoin de mariage, Pierre Cros, cultivateur à Marseillan, n’était autre qu’un mutin du 17e RI, qui, comme lui, appartenait à la classe 1904 et avait fait la campagne de Tunisie puis la guerre dans le 296e RI avant sa dissolution. Les déménagements cependant furent fréquents dans l’exercice de son métier d’électricien ; Bordeaux (1909-1910), usine Pélargo de Gignac (1912) ou Montpellier (1923 à 1924). Il cessa son activité en 1947.
Il a laissé un riche témoignage écrit postérieurement aux évènements sur un cahier d’écolier qui n’a été découvert et identifié que tardivement puis rendu public en novembre 2006 après avoir été confié au député-maire de Béziers, Paul Balmigère. Dans ce récit, J. Fondecave a retracé minutieusement les causes, les circonstances et le déroulement de la mutinerie des soldats du 17e RI et est passé rapidement, à la différence des autres témoins, sur l’expérience tunisienne. Son texte se distingue de plus par l’analyse politique des évènements mais aussi par le portrait de jeune homme complexe qu’il dessine. Celui d’un citoyen humaniste, enthousiaste, très attaché aux valeurs de la République, rallié aux idées socialistes et admirateur de Marcel Cachin qui fut candidat aux élections législatives dans la première circonscription de Béziers en 1906. Il dénonce ainsi les inégalités au sein de l’armée entre soldats et officiers concernant la liberté d’opinion et justifie ainsi la mutinerie ; «  Nous aurons du moins montré au monde qu’il y a encore des soldats qui ne sont pas les assassins de la classe ouvrière.  » En 1920, il adhère à la SFIC puis au Parti communiste dont il devient un militant de base.
Les chercheurs continuent de s’interroger sur les origines possibles du déclenchement de la mutinerie et ce texte a pu leur apporter une piste de travail. On y apprend en effet pour la première fois qu’une manifestation conjointe des soldats de plusieurs régiments s’opposant à l’emploi de la troupe contre les manifestants avait été envisagée pour le 27 juin 1907.
C’est enfin la publication de ce témoignage, lié aux diverses commémorations, qui semble avoir rendu récemment à la mémoire régionale la figure presque oubliée du personnage. En effet, deux fois, en 2007 et 2017, la fédération de l’Hérault de la Libre Pensée a salué la mémoire de Joseph Fondecave, « militant prolétarien resté du côté de la misère du monde. Ni député, ni ministre, ouvrier électricien d’une petite centrale sur l’Hérault » tandis qu’un collège biterrois a organisé un spectacle éponyme en 2015. Aucune rue cependant ne porte – encore – son nom.

SOURCES : Rémy Pech, Jules Maurin, 1907, les mutins de la République. La révolte du Midi viticole. Préface de Maurice Agulhon. Toulouse, Privat, 1907, 330 p. L’ouvrage contient le témoignage de Joseph Fondecave. — Jean Sagnes, Le Midi rouge, mythe et réalité, études d’histoire occitane, éditions Anthropos, Paris, 1982, 290 pages. — ADH http://archives-pierresvives.herault.fr, 1R1181, classe 1904, Béziers – Saint Pons, fiche matricule 70, Joseph Marius Fondecave. 5M 161/8 1884, registre des naissances, commune de Béziers, 3E 29/9, 198061910, registre des mariages, commune de Bélarga. — Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, Paris, La Découverte-poche, 2003, 568 p., introduction et postface de Rémy Cazals, p 489-490. — « Le journal d’un brave soldat du 17e » publiée dans l’Humanité du 19 juin 2007. — http://groupevictorhugo.over-blog.com/2017/06/hommage-aux-mutins-francais-et-russes-refractaires-fusilles-pour-l-exemple.html

Christine Delpous-Darnige

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