VALIER Jacques

Par Jean-Paul Salles

Né le 5 mai 1938 à Paris, mort le 10 novembre 2013 à Saint-Jean-de-Luz Pyrénées-Atlantiques) ; professeur des Universités en Science économique, militant de l’UGS avant 1960 puis de la LC/LCR de 1968 à 1978 ; fondateur et rédacteur en chef de la revue Critiques de l’économie politique. Dans les années 1980 et 1990, un des conseillers de Lionel Jospin.

Jacques Valier
Jacques Valier

Élève au Lycée Janson-de-Sally (Paris XVIe arr.), Jacques Valier côtoya Lionel Jospin* en Terminale et en Hypokhâgne, début d’une longue amitié. « C’est mon copain du XVIe », disait celui-ci à ses proches (Askolovitch, 2001). En effet, le père de Jacques Valier était dans la finance, ce qui assurait à sa famille une existence confortable. Mais son grand-père, juif immigré en France, avait milité au Bund, Parti socialiste juif implanté dans l’Empire russe avant 1914.
Diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP, Paris), Jacques Valier se spécialisa en économie, entreprenant une thèse sous la direction d’Henri Denis (1913-2011). Devenu Docteur d’État après la soutenance en 1965, il eut la satisfaction de voir sa thèse publiée en 1968, chez Cujas, sous le titre L’inflation rampante dans les pays du capitalisme évolué. Ayant été reçu à l’Agrégation de l’enseignement supérieur en 1966, après avoir été l’assistant d’Henri Denis, il enseigna aux universités de Caen, de Vincennes (1969) puis de Nanterre (Paris X) jusqu’en 2000. Ses cours suscitaient un vif intérêt chez les étudiants, qu’ils portent sur l’histoire de la pensée économique ou sur les pays en voie de développement. Il dirigea de nombreuses thèses. Ses travaux auront marqué de nombreux chercheurs d’Afrique ou d’Amérique latine. Il ne sera cependant jamais nommé professeur de classe exceptionnelle. « Est-ce un contrecoup de son engagement politique ? », comme en étaient convaincus ses amis (Le Monde, 29 novembre 2013).
En effet, fortement marqués par leur professeur de philosophie en Terminale, Maurice Caveing, un militant communiste, Jacques Valier et Lionel Jospin se politisèrent. Ils suivirent les cours particuliers de marxisme donnés par Caveing hors du lycée. Un moment tentés par le PC, ils n’adhérèrent cependant pas à un parti qui justifiait l’intervention soviétique en Hongrie en 1956 et ils ne pouvaient pas non plus rejoindre la SFIO engluée dans la Guerre d’Algérie. Ils vont donc se rapprocher de la Nouvelle Gauche, Jacques Valier adhérant à l’Union de la gauche socialiste (UGS), une des trois composantes à l’origine du PSU né en 1960. Et l’un et l’autre entreront en trotskysme, mais dans deux organisations rivales, l’OCI lambertiste pour Lionel Jospin, la Ligue communiste pour Jacques Valier, de 1968 à 1978. Mais autant le militantisme du premier est caché, autant celui du second est public. Ainsi, en 1971-1972, les étudiants de la Ligue marxiste révolutionnaire (LMR), section suisse de la IVe Internationale, firent campagne pour que Jacques Valier puisse venir donner des cours d’économie politique à l’université de Lausanne. De même, avec Pierre Salama, il rédigea une Introduction à l’économie politique publiée en 1974 chez Maspero et traduite en 11 langues. L’édition en français se vendra à 70 000 exemplaires, l’édition en espagnol à 40 000. Tout militant de la LCR se devait de l’avoir lue. Outre ce travail d’écriture, Jacques Valier fut engagé aussi dans l’animation des différentes structures de formation mises en place par la Ligue. Enfin, avec Jean-Luc Dallemagne, soutenus par Ernest Mandel, il créa et anima pendant une dizaine d’années une revue trimestrielle, Critiques de l’économie politique publiée par François Maspero et liée à la LCR. Le premier numéro, paru en septembre-décembre 1970, auquel il apporta une contribution essentielle, portait sur l’inflation. Il sera republié dans la petite collection Maspero (n°126) en 1974, actualisé et complété, avec les contributions de Christian Leucate et Pierre Salama. Les numéros se succédèrent à un rythme régulier, sur la crise du système monétaire international (n° 2), la formation du sous-développement (n° 3), la nature des pays de l’Est (n° 7-8) ou Paysanneries et réformes agraires (n° 15, janvier-mars 1974). Un numéro sur Les partis communistes et les petits et moyens patrons (n°27) clôtura cette première série. Une deuxième série lui succèdera, sous la direction de Pierre Salama et Jean-Marie Vincent après que Jacques Valier ait démissionné de la Ligue. Pensant l’intimider, le pouvoir l’avait arrêté un moment en juillet 1973, son domicile perquisitionné, au lendemain de la dissolution de la Ligue communiste (Salles, 2005).
Le retrait de la vie militante s’explique sans doute par la lassitude. La LCR était une organisation très exigeante. Selon la belle formule de Thomas, le fils de Jacques Valier, « le militantisme raflait la vie personnelle » (V. Linhart, 2008, p.77). Mais en même temps, il explique combien fut dur pour lui, né en janvier 1964, et pour sa sœur Camille, née en 1969, le retrait de son père : « Le militantisme de mon père passait avant toute chose, mais en même temps ça tenait tout, le couple, la vie de famille, les relations. Et après, quand ça s’arrête, qu’est-ce qui reste ? » (V. Linhart, 2008, p.138). Ayant quitté la Ligue, il fut invité par Lionel Jospin à rejoindre le groupe des experts du Parti socialiste, en 1986-1987. Puis, devenu Premier Ministre, Lionel Jospin mit en place le Conseil d’analyse économique, en juillet 1997, et appela Jacques Valier à le rejoindre, parmi 32 économistes de sensibilités différentes. Il a également beaucoup travaillé pour la création de l’agrégation interne d’économie du supérieur, deuxième concours ayant permis à de nombreux enseignants-chercheurs pas tout à fait dans la norme d’accéder au grade de Professeur d’université. Il obtint sa création en 1992, Lionel Jospin étant Ministre de l’Éducation nationale, et en présida le jury en 1998. Enfin, tout au long des années 1980 et 1990, il participa aux travaux du GREITD (Groupe de recherche sur l’État, l’internationalisation des techniques et le développement), créé par Pierre Salama, continuant leur réflexion sur le Tiers Monde.
Mort à Saint-Jean-de-Luz le 10 novembre 2013, Jacques Valier a été inhumé au cimetière du Montparnasse (Paris, XIVe arr.), un quartier où il a vécu.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article194437, notice VALIER Jacques par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 11 août 2017, dernière modification le 11 août 2017.

Par Jean-Paul Salles

Jacques Valier
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OEUVRE : Nombreux articles et direction de la revue Critiques de l’économie politique (Maspero, 1970-77). L’inflation rampante dans les pays du capitalisme évolué, Cujas, 1968. — avec Pierre Salama, Introduction à l’économie politique, Maspero, Petite collection Maspero n°118, 1974. — J. Valier, P. Salama et alii, L’inflation, Maspero, Petite collection Maspero n°126, 1974. — Le PCF et le capitalisme monopolistique d’État, Maspero, 1976. — avec Pierre Salama, L’économie gangrénée, La Découverte, 1990 (sur l’hyperinflation). — Pauvretés et inégalités dans le Tiers Monde, La Découverte, 1994. — Brève histoire de la pensée économique d’Aristote à nos jours, Flammarion, 2005.

SOURCES : Luc Cédelle, « Jacques Valier, économiste », Le Monde, 29 novembre 2013, article disponible sur Le Monde.fr. — Annonce du décès de J. Valier, carnet du Monde, 14 novembre 2013. — Claude Askolovitch, Lionel, Grasset, 2001. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Rennes, PUR, 2005. — Virginie Linhart, Le jour où mon père s’est tu, Seuil, 2008.

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