VERNIER Jean-Claude, Paul, Léon dit Tataouin

Par Robert Kosmann

Né le 27 mai 1943 à Besançon (Doubs) ; journaliste, enseignant, étudiant établi comme manœuvre à Marseille puis OS chez Renault à Billancourt (Hauts-de-Seine) ; militant de l’organisation trotskiste Voix ouvrière puis cofondateur de la Gauche Prolétarienne et membre de sa direction (1969-1974) ; fondateur de l’Agence de presse Libération (APL) et directeur du quotidien Libération puis journaliste à TF1.

Les grands parents de Jean-Claude Vernier étaient ouvriers métallurgistes, son père Edmond Vernier, de confession protestante, était instituteur et, sa mère Lucette née Dody était également institutrice. Ils furent tous deux membres du Syndicat national des instituteurs (SNI). La famille vécut à Besançon. Très tôt, Jean-Claude Vernier découvrit le traitement insupportable que subissaient les Algériens en France. À 14 ans, il fit partie du réseau qui aida les militants du FLN à passer en Suisse. Après la chute du réseau il quitta le domicile familial et travailla dans la restauration pour payer ses études. Lycéen, il s’affilia au groupe Voix ouvrière de Besançon en 1958. En 1960, il déménagea à Paris pour la poursuite de sa scolarité et maintint quelque temps son militantisme avec Voix ouvrière qu’il quitta en 1964, en raison de la position idéologique de l’organisation opposée au mariage, ce qu’il considérait comme absurde, et au « manque de jeunesse biologique et politique » des militants parisiens. Il prit contact brièvement avec la JCR et Alain Krivine mais ne fut pas convaincu par le « discours autoritaire » de son principal dirigeant.

Devenu étudiant, il intégra l’École Centrale des Arts et Manufactures de Paris en octobre 1964, fut diplômé en juillet 1967 et nommé docteur en mathématiques modernes de l’Université Pierre et Marie Curie en février 1969. A l’école Centrale, il était lié avec son condisciple Jean-Pierre Le Dantec qui le fit entrer en contact en 1966 avec Benny Lévy. Ce dernier était à cette époque membre de l’UEC (Union des Etudiants communistes) dans l’UNEF et l’un des responsables de sa fraction maoïste l’UJCml (Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes) qu’il avait fondé avec Robert Linhart. Très impressionné par le charisme intellectuel de ce dirigeant et partisan de la révolution culturelle chinoise, Jean-Claude Vernier quitta, en 1967, l’Union des Grandes Ecoles (UGE) dont il était un des leaders, pour rejoindre l’UJCml. Cette organisation pratiquait alors « l’établissement » ouvrier et Jean-Claude Vernier partit s’établir à Marseille, comme manœuvre dans la réparation navale de janvier à juillet 1968. Il participa aux manifestations de mai-juin à Marseille.

Fiché comme manifestant, il fut incorporé pour le service militaire à la CRS de Dijon où il subit des brimades continuelles. Pour s’en sortir, il avala du sulfate de soude, perdit 17 kilos et finalement fut réformé au bout de trois mois. Il travailla ensuite comme employé contractuel pendant six mois à l’INSEE, en 1969. Après la dissolution de l’UJCml par le gouvernement, en juin 1968, il participa à la fondation de la Gauche prolétarienne en septembre 1968. Il fut membre de la direction de cette nouvelle organisation de 1968 à 1974. En même temps, il se fit embaucher le 1er octobre 1969 comme OS intérimaire chez Renault à Billancourt. Il travailla alors au département 12 dans l’île Seguin, comme tôlier débosseleur à la retouche des portières de R6. Son contrat de trois mois se termina le 20 décembre de la même année. Jean-Claude Vernier se fit alors embaucher à l’usine de Flins comme OS, mais son dossier de diplômé centralien avait suivi et il fut expulsé au bout de seulement trois heures de travail par la maîtrise de l’usine. En parallèle à son cursus principal à l’école Centrale, lors de ses différentes embauches alimentaires ou « d’établissement », il réussit, successivement, en candidat libre, trois CAP : saucier en restauration (1967), tuyauteur chauffagiste (janvier 1968) et tôlier (1971) dont il se revendiquait en 2013.

Membre du comité de rédaction de la Cause du peuple dès 1970, Jean-Claude Vernier fréquenta de nombreux journalistes professionnels. Le journal fut interdit par le ministère de l’Intérieur et ses principaux dirigeant, arrêtés, firent une grève de la faim de protestation pour exiger le statut de prisonniers politiques. Début janvier 1971, devant le peu d’écho de cette action, Jean-Claude Vernier entama, avec quatre autres grévistes, une grève de la faim à la chapelle Saint-Bernard à Paris, qui fut, cette fois, couverte par de nombreux journalistes. Ils obtinrent rapidement satisfaction et ce succès médiatisé l’encourage à fonder une agence de presse. Le 18 juin 1971, fut fondée l’Agence de presse Libération (APL), constituée de bénévoles, pour l’essentiel d’anciens militants maoïstes, afin de « donner la parole au peuple ». L’agence couvrait un secteur ignoré par l’AFP, celui des luttes ouvrières et des communiqués des organisations d’extrême gauche. Fondée au départ avec Maurice Clavel, elle se maintint jusqu’en mars 1973. Dès 1972, un projet plus ambitieux fut lancé, avec la parution d’un quotidien « retraçant les luttes du peuple ». Jean-Claude Vernier engagea son équipe dans la confection du quotidien Libération et fit appel aux dons pour une souscription. Le nouveau quotidien fut lancé en kiosque le 22 mai 1973, avec le concours de Jean-Paul Sartre, directeur du journal avec Jean-Claude Vernier.

Après la grève des salariés de Lip en 1973, des divergences apparurent avec Serge July, nouveau rédacteur imposé par Benny Lévy, à propos de la candidature de Charles Piaget aux élections présidentielles de 1974, proposée par le PSU, mais surtout sur le type de journal à publier et contre la professionnalisation. Jean-Claude Vernier souhaitait que les comités de lecteurs deviennent des comités de rédaction. En désaccord avec une ligne éditoriale qui s’éloignait de ses fondamentaux, Sartre et Vernier quittèrent le journal en juillet 1974, deux années seulement après sa création.

Quelques temps auparavant, en novembre 1973, Jean-Claude Vernier membre du cercle dirigeant de la Gauche Prolétarienne depuis 1969, participa « de manière autoritaire », avec la majorité des cadres, à la décision d’autodissolution de la GP. Il fit partie de ceux qui craignaient une « dérive terroriste à l’italienne » et qui préférèrent s’auto-dissoudre pour limiter ce risque.

Sur le plan professionnel Jean-Claude Vernier fut successivement enseignant en architecture à l’École nationale des Beaux Arts (1970-1971) et conseiller d’organisation à Radio Renaissance à Lisbonne (1974-1975) qui, pendant la révolution de 1974 diffusait les informations du Mouvement des forces armées (MFA). Il devo,t en 1975 administrateur du journal L’imprévu, fondé par Michel Butel et Benny Lévy, puis fondateur et directeur du club Malvasia Vecchia (1975-1977) avant d’être journaliste pigiste à TF1 (1977-1984) et directeur de TF01 filiale informatique de TF1. De 1986 à 1994 il fut le fondateur et directeur de Plurimedia agence de communication. À la suite de graves ennuis de santé (rupture d’anévrisme) en 1994, il cessa son activité et prit sa retraite en 2003.

Sur le plan personnel, Jean-Claude. Vernier avait épousé en décembre 1967 Cleuza Viera qui fut ensuite journaliste à Libération. Ils eurent une fille, Anne, née en juin 1968. Ils se séparèrent en 1974. En 1998, il rencontra Martine Feyssel, astronome à l’Observatoire de Paris, syndicaliste au SNES Sup qui devint sa compagne. Ils se marièrent en juillet 2002.

Revenant sur son parcours en 2013, il regrettait seulement son allégeance à Benny Lévy et à une pratique de l’organisation très autoritaire. Il considérait que le marxisme léninisme avait été rejeté dès les fondements de la Gauche prolétarienne. Il regrettait aussi l’ouvriérisme « d’un prolétariat paré de toutes les vertus ».

Depuis 2004, après avoir été indigné par l’expulsion de sans papiers à Cachan, il soutenait, avec sa compagne, ce mouvement. Il était adhérent en 2013 à la CIMADE et à RESF, il continuait à écrire, en 2011, sur le site Mediapart pour la défense des sans papiers.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article194390, notice VERNIER Jean-Claude, Paul, Léon dit Tataouin par Robert Kosmann, version mise en ligne le 7 août 2017, dernière modification le 1er janvier 2019.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : Nous ne nous aimons pas (roman), Paris, Verdier, 1979. — Très nombreux articles dans la presse de la Gauche Prolétarienne et dans le journal Libération.

SOURCES : Jean-Pierre Le Dantec, Les dangers du soleil, Paris, Presses d’aujourd’hui, 1978— Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération, Paris, Seuil, 1988. — Christophe Bourseiller Les maoïstes, Paris, Plon, 1996. — site web www.rebellyon.info. — Michel Kaptur, Les années Libé, documentaire, Image et compagnie, France 2, 1993. — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Éditions JCM. — Entretien et correspondance avec Jean-Claude Vernier, juin 2013.

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