FOUILHÉ André, Élie, Émile

Par Alain Dalançon

Né le 27 septembre 1893 à Béziers (Hérault), mort le 27 mai 1968 à Béziers ; professeur agrégé des lettres ; président de la Société des agrégés (1944-1946), membre suppléant du CESD.

Fils de Casimir, Marius Fouilhé, employé de commerce, et d’Élise, Eva Conrazier, institutrice, André Fouilhé obtint le baccalauréat en 1911. À la suite de ses bons résultats au concours d’entrée à l’École normale supérieure, il obtint une bourse de licence en 1913-1914 à la Faculté des Lettres de Bordeaux (Gironde).

Sursitaire, il fut mobilisé en août 1914 au 53e Régiment d’infanterie. Promu aspirant en décembre 1914, il passa au 80e RI et fut blessé le 24 mars 1915, lors des combats meurtriers à Mesnils-lès-Hurlus (Marne), par un éclat d’obus qui resta dans sa poitrine. Cité à l’ordre du régiment pour sa bravoure, il obtint la Croix de guerre avec étoile de bronze. Réformé en 1916, le conseil médical le reconnut cependant apte à servir dans l’intendance où il devint officier d’administration puis chef du 1er bureau de la Direction de l’Intendance en novembre 1918.

Il venait d’épouser, le 29 octobre 1918, à Béziers, Jeanne Marie Serisse, avec laquelle il eut deux enfants. Il bénéficia d’une bourse et d’un congé sans solde en mars 1919, afin de recommencer à préparer l’agrégation dont les concours n’avaient pas eu lieu pendant la guerre. Admissible à l’agrégation des lettres en 1919, il fut reçu à la session de 1920, 5e des anciens admissibles.

André Fouilhé fut nommé professeur au lycée Victor Duruy à Mont-de-Marsan (Landes) en 1920, après avoir passé deux semaines au lycée de Guéret (Creuse) où, selon lui, le climat froid lui était pénible en raison de sa blessure. Il commença une thèse à la Faculté des Lettres de Bordeaux, puis obtint sa mutation au lycée de Montpellier à la rentrée d’octobre 1923 sur la chaire de latin-grec. En 1926, selon le rectorat, il s’associa à une « offensive de l’amicale contre le proviseur ». En 1933, il entra dans le cadre parisien au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine où il allait désormais habiter, 6, rue Devès, puis professa de 1936 à 1938 au lycée Buffon, avant d’enseigner en première supérieure au lycée Condorcet de 1938 à 1944.

Il militait au Syndicat national des professeurs de lycée et de l’enseignement secondaire féminin (S3) aux côtés d’Edmond Lackenbacher, son collègue à Pasteur, et signa notamment un article en 1934 dans La Quinzaine universitaire, dénonçant un projet de loi porté par deux députés bretons, visant à adapter le calendrier des vacances scolaires d’été aux vœux des hôteliers. À partir de 1926, il était un des principaux collaborateurs de la revue Les Humanités, Classes de Lettres, créée en 1924 et publiée aux éditions Hatier, où il proposait et commentait des versions latines et des compositions françaises. Il militait surtout à l’Association Franco-ancienne et à la Société des agrégés. Membre du comité national de la Société, il obtint une voix contre 14 à Hector Mériaux pour la présidence, en décembre 1938. Politiquement, il se situait dans la mouvance radicale, et était partisan de l’adhésion du S3 à la CGT.

Mobilisé en septembre 1939 comme capitaine d’administration (promu à ce grade en 1937), alors qu’il venait d’être fait chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, le 30 juin 1939, on l’affecta à la Manutention militaire de Montereau (Seine-et-Marne) puis à Bordeaux (Gironde). Renvoyé dans ses foyers en juin 1940, il fut démobilisé officiellement en août suivant. Il posa sa candidature à l’inspection académique en 1940-1941, en la justifiant par son « ambition de servir passionnément l’Université et la Patrie ».

À la Libération, il était en poste en classe préparatoire au lycée Henri IV à Paris. Aux côtés de son collègue et ami Maurice Lacroix, il participa à la remise en route de la Franco-Ancienne et de la Société des agrégés. À une époque où, selon ses propres termes, « La guerre a laissé derrière elle, dans notre pays, des ruines morales », il assura la présidence de la Société, de 1944 à mars 1946, avant Albert Sandoz. « La Société des agrégés affirme la complète vanité de toute réforme de l’enseignement qui ne s’accompagnerait pas d’une totale renonciation à la politique de mesquines économies dont l’Université française a constamment souffert. Elle affirme que nulle amélioration n’est possible sans le dédoublement des classes nombreuses, la création d’un équipement scolaire, le reclassement de la fonction universitaire. Seul, un redressement total de notre politique en ce domaine peut permettre à la France de maintenir le rayonnement de sa pensée et de son esprit. » Ainsi était définie, dans L’Agrégation de mars-avril 1945, l’orientation de la Société qui montrait son identité de vues avec le nouveau Syndicat national de l’enseignement secondaire affilié à la FGE-CGT.

Aussi, aux premières élections au Conseil de l’enseignement du second degré, en juin 1946, fut-il élu, sur la liste du SNES, suppléant de Maurice Lacroix. Défenseur des humanités classiques, au printemps 1947, en pleine querelle du latin, André Fouilhé rédigea dans la revue de la Franco-Ancienne, l’hommage à ce dernier, à l’occasion de sa promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur, par le ministre de l’Information, en raison de son activité dans la presse de la résistance : « À ceux qui voudraient faire croire que les humanités gréco-latines sont l’apanage de je ne sais quel conservatisme maniaque, Maurice Lacroix oppose l’exemple de sa double foi dans la démocratie et dans la culture classique. »

Officier de la Légion d’honneur depuis 1951, André Fouilhé, président d’honneur de la Société des agrégés, était l’auteur de manuels scolaires, de versions latines plusieurs fois réédités, et d’œuvres de Chateaubriand. En 1957, Paul Coste-Floret, député MRP de l’Hérault, appuya sa candidature à l’inspection académique, un an avant sa prise de retraite. Il résidait alors toujours à Neuilly.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article194191, notice FOUILHÉ André, Élie, Émile par Alain Dalançon, version mise en ligne le 28 juillet 2017, dernière modification le 30 décembre 2018.

Par Alain Dalançon

ŒUVRE : Le fichier de la BNF comportait en 2017 sept références dont : Chateaubriand. René. Suivi d’extraits des Natchez, petits classiques Hatier, 1934 ; Versions latines. Classe de Première, Hatier, 1949 et plusieurs rééditions

SOURCES : Arch. Nat., F17/26990. — Arch. Dép. Hérault (état civil, registres matricules 1913). — Arch. IRHSES (SNES, CESD, L’Université syndicaliste, L’Agrégation). — Article d’A. Fouilhé, « Les vacances scolaires ou mercanti pédagogique », La Quinzaine universitaire, 1erdécembre 1934. — Yves Verneuil, « Valeurs et combats de la Société des agrégés depuis 1914 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 77 (janvier-mars, 2003), p. 69-84. — Clémence Cardon-Quint, Lettres pures et lettres impures ? : les professeurs de français dans le tumulte des réformes : histoire d’un corps illégitime (1946-1981), thèse, 2010, p. 144. — Notes de Jacques Girault.

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