Né le 28 décembre 1912 à Montcy-Saint-Pierre (Ardennes), mort le 14 juillet 1953 à Paris (Xe arr.) ; militant de la CGT de la métallurgie, responsable CGT du XVIIIe arr. de Paris ; militant communiste ; une des sept victimes de la manifestation parisienne du 14 juillet 1953 place de la Nation à Paris.

Plaque apposée par la Ville de Paris, 12 avenue du Trône, le 6 juillet 2017
Cliché Daniel Kupferstein
Maurice Lurot
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Le cortège au cimetière du Père Lachaise © DR | coll. IHS CGT Métaux
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La chapelle ardente dressée au 94 rue Jean-Pierre Timbaud © DR | coll. IHS CGT Métaux
Fils de Jules Lurot, maçon, et de Blanche Lurot, couturière, Maurice Lurot, ouvrier métallurgiste, s’était marié le 26 novembre 1932 à Charleville (Ardennes) avec Louise Grimbard et était père de famille. Domicilié 101, rue du Mont-Cenis (Paris XVIIIe arr.) il était trésorier de la section CGT du XVIIIe arr. Il participa à la manifestation du 14 juillet 1953 organisée par la gauche syndicale et communiste. Entre 6000 et 8000 Algériens du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques ( MTLD) défilaient en fin de cortège place de la Nation quand des affrontements eurent lieu avec la police. Celle-ci tira sans sommation faisant six morts algériens (Abdallah Bacha , Larbi Daoui, Tahar Madjène, Amar Tadjadit, Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul) et un français Maurice Lurot.
Maurice Lurot était membre du service d’ordre, placé à côté de la tribune officielle. Jean Laurans, alors militant de l’UJRF a décrit à Daniel Kupferstein la scène : « J’étais à cinquante mètres des policiers, juste derrière les colonnes du Trône, côté gauche de la place (boulevard de Charonne). Et c’est là que j’ai vu un monsieur que je ne connaissais pas qui a levé les bras en disant : "Halte au feu !". Il s’interposait entre la manifestation et les policiers, levant les bras et criant : "Cessez le feu. Arrêtez ! Stoppez ! " Malheureusement, les policiers n’en ont pas tenu compte et ils ont tiré. Ce monsieur, je le saurai plus tard, s’appelait Maurice Lurot, membre de la CGT de la métallurgie ». Il était environ 17h 25. Mouhoub Illoul et Larbi Daoui semblent être morts à ce moment. Emmanuel d’Astier de la Vigerie dit que Lurot avait été chargé par la "tribune" de demander aux Algériens de se replier.
Il fut transporté par des particuliers à l’hôpital Saint-Louis. La balle était entrée dans la poitrine au niveau du sternum et avait traversé le poumon et le thorax. Il mourut à l’hôpital Saint-Louis.
Une chapelle ardente fut dressée devant le siège de la section communiste du XVIIIe arr. Maurice Lurot fut enterré au Cimetière du Père-Lachaise le 22 juillet. Au même moment, des usines de la région parisienne et de province débrayaient en solidarité. A la Maison des métallos, rue Jean-Pierre Timbaud, toute la matinée des délégations se succédèrent pour voir les cercueils des victimes algériennes (drapeau algérien) et de Lurot (drapeau rouge). Les interventions émues du frère et de la femme de Maurice Lurot marquèrent l’assistance. Plusieurs milliers de personnes accompagnèrent le cercueil de Maurice Lurot avec un grand portrait drapé de crêpe porté par les militants du XVIIIe arr. Lucienne Mazelin, conseillère municipale de Paris, prononça un discours.
Maurice Lurot fut vite oublié de la presse syndicale et politique. Le livre de Daniel Kupferstein, Les balles du 14 juillet 1953. Le massacre policier oublié des nationalistes algériens à Paris, lui rendit sa place en 2017, tout en rappelant avec force la mort de six militants algériens du MTLD.
Une longue série d’interventions auprès de la justice, de 1960 à 1975, pour que sa mort soit reconnue comme un crime d’État resta lettre morte.
La mairie de Paris fit apposer une plaque commémorative le 6 juillet 2017, 12 avenue du Trône jouxtant la place de la Nation.

SOURCES : Daniel Kupferstein, Les balles du 14 juillet 1953. Le massacre policier oublié des nationalistes algériens à Paris, La Découverte, 2017 (utilise notamment le dossier d’instruction, cour d’appel (Archives de la Seine, n° 1348 W17). Nous devons beaucoup à cet ouvrage. — Maurice Rajsfus, 1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot, Paris, 2003. — Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rue en France, 1918-1968,, Publications de la Sorbonne, 1997.— Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les Algériens, 1944-1962, Nouveau Monde, 2011. — Jacques Simon, Paris1953. Un 14 juillet rouge de sang algérien, L’Harmattan, 2015. — État civil.

Claude Pennetier

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