Né en 1921 à Djebala (Algérie) ) ; une des sept victimes de la manifestation parisienne du 14 juillet 1953 place de la Nation à Paris.

Plaque apposée par la Ville de Paris, 12 avenue du Trône, le 6 juillet 2017
Cliché Daniel Kupferstein
Abdelkader Draris
Les balles du 14 juillet, op. cit.
Abdelkader Draris (Ahmed en Algérie, Abdelkader sur ses papiers), ouvrier métallurgiste chez Chausson était domicilié 29 avenue du Bas Meudon à Issy-les-Moulineaux. Il participa avec le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) à la manifestation du 14 juillet 1953 organisée par la gauche syndicale et communiste. Entre 6000 et 8000 Algériens défilaient en fin de cortège place de la Nation quand des affrontements eurent lieu avec la police. Celle-ci tira sans sommation faisant six morts algériens (Abdallah Bacha , Larbi Daoui, Tahar Madjène, Amar Tadjadit, Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul) et un français de la CGT, Maurice Lurot.
Selon le témoignage de Mohamed Zalegh du service d’ordre de la manifestation, recueilli par Daniel Kupferstein : "Abdelkader Draris s’est bagarré avec un CRS. Il était costaud, il a fait tomber le policier, mais le policier a sorti son pistolet et lui a tiré dessus, dans la tête."
Il fut atteint d’une balle dans la région temporale gauche qui ressortit par la tempe droite. Il mourut à 18 heures à l’hôpital Saint-Louis. Il y avait été emmené ainsi que le syndicaliste CGT Maurice Lurot qui avait tenté de s’interposer entre la police et les manifestants algériens.
Son cercueil fut exposé le 21 juillet à la Mosquée de Paris.
Son corps fut transféré à Adjaïdja, commune de Djebala, à proximité de la frontière du Maroc. Malgré les obstacles mis par les autorités militaires, et la demande de l’enterrer dans la discrétion le soir même, c’est le lendemain que les nombreux participants entendirent la prière et les discours de Mohammed Manchaoui (MTLD), Bachir Merab (CGT) et de Tayeb Malki du Parti communiste algérien (PCA). L’armée arriva deux heures plus tard.
L’Humanité du 16 juillet 1953 avait évoqué sa veuve Rhama, 17 ans, enceinte, qui avait appris la mort par le facteur lui apportant le journal : "Elle a perdu son enfant de huit mois au printemps dernier, mort d’une pneumonie double. Ils habitaient dans un hangar à Issy-les-Moulineaux, où elle mettra au monde un enfant qui ne connaîtra pas son père. Métallo au chômage depuis un mois, Abdelkader Draris devait reprendre le travail juste après le 14 juillet.". Sous le choc, elle fit une fausse couche.
Elle raconta à Daniel Kupferstein les mois pénibles qui suivirent : "Après la mort de mon mari, il y a eu beaucoup de bagarres entre ses cinq frères : chacun voulait se marier avec moi. [...] Moi je pleurais tout le temps. Les frères de mon mari m’ont enfermé dans ma chambre. Moi, je ne connaissais pas le français, j’étais jeune [...] Eux étaient vieux [...] Après le MTLD a dit que je devais me marier avec un homme qui n’avait pas déjà une femme. Il faut se marier avec un célibataire . Alors je me suis mariée avec mon cousin."
La mairie de Paris fit apposer une plaque commémorative le 6 juillet 2017, 12 avenue du Trône jouxtant la place de la Nation.

SOURCES : Daniel Kupferstein, Les balles du 14 juillet 1953. Le massacre policier oublié des nationalistes algériens à Paris, La Découverte, 2017 (utilise notamment le dossier d’instruction, cour d’appel (Archives de la Seine, n° 1348 W17). Nous devons beaucoup à cet ouvrage. — Maurice Rajsfus, 1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot, Paris, 2003. — Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rue en France, 1918-1968,, Publications de la Sorbonne, 1997.— Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les Algériens, 1944-1962, Nouveau Monde, 2011. — Jacques Simon, Paris1953. Un 14 juillet rouge de sang algérien, L’Harmattan, 2015.

Claude Pennetier

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