Né le 13 avril 1930 à Reims (Marne), mort le 9 juin 2017 ; ouvrier-fraiseur, journaliste ; membre du bureau du syndicat CGT des métaux de Nanterre ; secrétaire général de l’Union locale CGT de Nanterre (1960-1965) ; rédacteur en chef adjoint (1974-1986) et rédacteur en chef (1986-1991) de La Vie Ouvrière.

Jean-Claude Poitou grandit au sein d’une famille catholique pratiquante. Son père étaitprofesseur de latin-grec dans un collège jésuite à Reims et sa mère décéda alors qu’il est tout jeune, en 1934. Son père se remaria, mais sa seconde épouse mourut peu après, durant la Seconde Guerre mondiale. Il eut une sœur et deux demi-frères, tous plus jeunes que lui.
Il envisagea un temps de devenir prêtre et part avec cet objectif à Lisieux. Comme son beau-frère, il était profondément attiré par la démarche des prêtres-ouvriers, mais il quitta finalement le séminaire pour se rendre à Paris. Il obtint brillamment son baccalauréat, avant de partir faire le tour d’Italie en mobylette avec un ami. À son retour en France, il travailla quelques temps dans un cabinet d’architecte spécialisé dans la reconstruction d’exploitations agricoles dans le Nord et l’Est de la France. Il choisit finalement de suivre un apprentissage de fraiseur au centre de formation professionnelle Bernard-Jugault de l’Union des syndicats CGT des travailleurs de la métallurgie de la région parisienne.
Il commença à travailler aux usines Saurer, à Suresnes, un fabricant de poids lourds. Licencié en 1952, il retrouva du travail dans la même branche, chez Willème, à Nanterre. Il y rencontra Alain Stern*, avec lequel il reconstruisit l’organisation syndicale.
Ensemble, ils créèrent un journal ronéotypé intitulé Liberty, du nom des camions américains récupérés par Willème à la fin de la Première Guerre mondiale. Une section syndicale fut rapidement remise sur pied.
Il se maria en 1957 et le couple donna naissance à une fille en 1959.
En 1960, Jean-Claude Poitou, membre du bureau du syndicat de la métallurgie de Nanterre, fut élu secrétaire général de l’Union locale de Nanterre. Il s’illustra notamment dans les luttes contre les licenciements et les fermetures d’usines.
En 1965, il fut remplacé par Alphonse Hamoniaux et il quitta la France, accompagné de sa famille, pour diriger deux années durant le bureau d’éducation syndicale de la Fédération syndicale mondiale à Bamako (Mali).
À son retour, il intégra La Vie ouvrière comme journaliste. Il continua de se déplacer régulièrement à l’étranger, notamment en Europe de l’Est et plus particulièrement en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie. Il participa également à de nombreuses délégations, comme à Samarcande, en Chine, à New-York, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou en Afrique.
Reconnu et apprécié pour la vigueur de sa plume, pour son fameux « coup de colère » hebdomadaire, Jean-Claude Poitou fut rédacteur en chef adjoint de La VO à partir de 1974, puis le rédacteur en chef de 1986 à 1991, date à laquelle il fit valoir ses droits à la retraite.
Il travailla alors au développement de VO Éditions pour lesquelles il rédigea plusieurs ouvrages ainsi qu’à la parution de deux recueils de poèmes.
Passionné d’histoire, il était également membre du Conseil d’administration et du Bureau de l’Institut CGT d’histoire sociale.

ŒUVRE : Balayages, Le Temps des Cerises, 2011. — Épluchures, Le Temps des Cerises, 2007. — Le syndicat, laisse-moi te dire, VO Éditions, 2000. — Chômage. Chronique d’une révolte annoncée, Le Temps des Cerises, 1998. — Un mois de mai très occupé (avec Jean-François Jousselin), VO Éditions – Le Temps des Cerises, 1998. — Syndicalisme, les nouveaux défis (entretien avec Louis Viannet), Éditions de l’Atelier – VO Éditions, 1995. — La Mine d’enfer, VO Éditions, 1993. — Management contre liberté à EDF-GDF, Éditions sociales – VO Éditions, 1993. — Chronique d’une année de chômage, Messidor – VO Éditions, 1988. — Des voitures et des hommes, avec Louis Géhin, La Découverte, 1984. — Cent VO clandestines, 1940-1944, VO Éditions, 1984. — Nous, les mineurs, FNTSS-CGT, 1983. — Vos luttes, camarades, Éditions sociales, 1982. — Frères. La lutte anticolonialiste de la CGT, CGT, 1980. — Affiches et luttes syndicales de la CGT, Chêne, 1978

SOURCES : D. Brooks, « Notre ami Jean-Claude Poitou n’est plus », NVO (en ligne). — P. Outteryck, Hélène et Alain Stern. Les métallos et l’anticipation sociale. — S. Ducrocq, 1945-1985. Histoire de la CGT à Nanterre. — J.-P. Dedieu, « L’internationalisme ouvrier à l’épreuve des migrations africaines en France », Critique internationale, 2011, n° 50. — Entretien avec sa fille, juin 2017.

Émeric Tellier

Version imprimable de cet article Version imprimable