CHAMPEIX Marcel

Par Gilles Morin

Né le 31 mars 1902 à Masseret (Corrèze), mort le 7 mars 1994 à Limoges (Haute-Vienne) ; instituteur, puis directeur de services industriels ; militant syndicaliste du SNI ; militant socialiste ; maire de Masseret (1945-1983) ; conseiller général du canton d’Uzerche (1945-1973) ; député aux deux Assemblées constituantes ; conseiller de la République puis sénateur de la Corrèze (1946-1980) ; secrétaire d’État à l’Intérieur, chargé des affaires algériennes des gouvernements Guy Mollet et Bourgès-Maunoury (1956-1957) ; membre du comité directeur de la SFIO puis du PS (1959-1969 ; 1971-1973) ; président du groupe du Sénat (1974-1980).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Fils de Léonard Champeix, négociant et conseiller général d’Uzerche durant près de trente années, et de Marie Frachet, Marcel Champeix, après des études au collège d’Uzerche, fut admis à l’École normale de Tulle (Corrèze). Il se maria le 22 avril 1924 avec Claire Bourzaix ; le couple n’eut pas d’enfant.

Jeune instituteur, il adhéra en 1924 au Parti socialiste SFIO, section de Masseret. Également militant syndical, il fut secrétaire de la section corrézienne du Syndicat national des instituteurs et c’est sous sa présidence qu’eut lieu à Tulle, le 15 décembre 1935, le congrès de fusion CGT/CGTU (voir J. Peschadour*). En 1938, il fut élu au conseil départemental de l’enseignement primaire, organisme essentiel pour les postes et le mouvement.

Le 6 juin 1930, il était initié à la loge « L’intime Fraternité », rattachée au Grand Orient de France.

Candidat SFIO aux élections législatives du 26 avril 1936 dans la circonscription de Brive-Nord, il obtint 3 419 voix, soit 23 % des suffrages des électeurs inscrits. Il se retira au second tour au profit du député sortant radical-socialiste, Jaubert, plus favorisé, qui fut réélu. Il semble qu’il n’ait pas été réélu aux élections cantonales de 1937.

Mobilisé en septembre 1939 comme officier de réserve, Marcel Champeix obtint la Croix de guerre avec des citations élogieuses. Inquiété par la Légion française des combattants, il fut déplacé d’office. Pour ne pas être éloigné des siens, Champeix obtint un congé pour convenances personnelles, trouva un emploi à l’Office des métaux non ferreux, puis entra dans la Résistance. Principal cadre socialiste du département, il rencontra Daniel Mayer dans la clandestinité. Arrêté dans une imprimerie clandestine à Toulouse en 1942, après un séjour au camp de Compiègne, il fut déporté à Mauthausen. Il devait être décoré de la Légion d’honneur pour son action résistante.

Après la Libération, Champeix abandonna son métier d’instituteur pour devenir directeur de services industriels. Aux élections municipales de 1945, il fut élu conseiller municipal puis maire de Masseret et, en septembre de la même année, réélu conseiller général du canton d’Uzerche. Il exerça comme conseiller général jusqu’en 1973 et comme maire jusqu’en 1983, soit près de quarante ans pour ce dernier mandat. Au milieu des années 1960, il présidait l’Amicale des maires de la Corrèze. Véritable patron politique des socialistes de la Corrèze avec Jean Montalat*, Champeix poussa à un accord quasi organique avec les radicaux par l’intermédiaire de leur leader, le docteur Henri Queuille. Dans ce département alors totalement dominé par la gauche, ces deux partis devaient s’entendre durablement et faire un front commun efficace face aux communistes.

Élu aux deux Constituantes, le 21 octobre 1945 et le 2 juin 1946, Marcel Champeix fut battu aux élections législatives du 10 novembre 1946. Les communistes, alors force politique dominante grâce à leur action résistante, avaient mené une vive campagne contre lui, publiant dans leur presse une lettre de défense personnelle adressée en 1941 à Vichy à la suite d’une mutation d’office intervenue après la suspension de ses fonctions.

Le mois suivant, le 8 décembre 1946, Marcel Champeix était désigné Conseiller de la République, sur une liste d’union des gauches (élu par le report des restes au plan national). Réélu en 1948 par 494 voix sur 727 exprimés, au premier tour, sur une liste de cartel avec le docteur Labrousse (radical), puis en 1955 par 416 voix au premier tour sur une nouvelle liste de cartel, il demeura sénateur socialiste jusqu’en 1980, assumant des charges de plus en plus importantes dans cette assemblée. Secrétaire du groupe socialiste au Conseil de la République de décembre 1946 à janvier 1949, il fut ensuite vice-président du bureau du groupe. Vice-président du conseil de la République en janvier 1949, il fut désigné de nouveau par ses collègues le 11 janvier 1955, comme vice-président du Sénat. À cette occasion un banquet d’hommage comprenant 500 personnes, dont Gaston Monnerville et Queuille, fut organisé à Tulle en mars 1955. Il devait par la suite présider le groupe socialiste de la Haute Assemblée et être nommé président d’honneur du groupe en 1974. Il était en 1946-1948 secrétaire de la commission de l’Éducation nationale, des Beaux-Arts, des sports, de la Jeunesse et des Loisirs et membre de la commission de l’Agriculture. Il avait par ailleurs été désigné par le groupe socialiste pour siéger à la Haute Cour de Justice, le 21 juin 1946.

Marcel Champeix occupa longtemps une place discrète dans la vie intérieure de la SFIO. Au congrès fédéral d’août 1946, il défendit le rapport moral de Daniel Mayer, qui devait être rejeté par le congrès national, puis il appartint à la commission de résolution du conseil national d’avril 1948. Ami de Queuille, il aurait, selon un rapport d’activité de Montalat de juillet 1949, déserté un temps la vie militante fédérale. Il refusa, notamment, de participer à la liste de Troisième force, dite de « Défense républicaine », rassemblant socialistes, radicaux et indépendants pour les législatives de 1951. Jean Montalat figura alors comme numéro deux de la liste et fut élu député. Les deux hommes devaient s’opposer sans relâche durant une quinzaine d’années.

Marcel Champeix fut partisan du traité instituant la Communauté européenne de défense, signant un texte de soutien dans le Bulletin intérieur de la SFIO en avril 1954.

En février 1956, le président du conseil socialiste Guy Mollet le choisit comme secrétaire d’État à l’Intérieur, chargé des affaires algériennes et il fut confirmé à ce poste par son successeur Maurice Bourgès-Maunoury (il exerça donc du 31 janvier 1956 au 17 octobre 1957). Il n’avait pas la moindre parcelle d’influence sur le maintien de l’ordre et s’intéressa principalement à la réforme administrative de l’Algérie. En 1956, il fut encore délégué de la France à l’ONU.

Ces fonctions passées le conduisirent à siéger dans les commissions internes à la SFIO qui débattaient de l’Algérie les années suivantes : il appartint ainsi à la commission chargée d’étudier la situation en Algérie aux conseils nationaux des 3-4 mai 1958, des 10-11 janvier 1959 et à la commission « problèmes de la paix », lors des journées nationales d’études des 7-10 mai 1959.

Il se détacha des positions de Guy Mollet lors du retour au pouvoir du général de Gaulle en mai-juin 1958. Il refusa le vote des pleins pouvoirs et ne prit pas part au vote sur le projet de réforme constitutionnelle le 3 juin. Pourtant, il appartint au Comité constitutionnel chargé d’élaborer la Constitution de la Ve République. Homme de compromis, il fut élu membre du comité directeur de la SFIO de 1959 à 1969 et représenta le groupe du Sénat au comité directeur et au bureau du parti en 1967. Dans le cadre du rapprochement de la SFIO et du PCF, il fut par ailleurs désigné par la direction socialiste, le 19 janvier 1966, pour participer au bureau de France-URSS.

Secrétaire de la fédération de la Corrèze en 1964-1965, désigné par le congrès fédéral du 5 janvier 1964, il s’opposa aux thèses de Gaston Defferre, défendues localement par Montalat. En dépit de ses réticences envers la création de la FGDS proposée par le maire de Marseille, exprimées au congrès fédéral du 31 mai 1965, il défendit pour cette dernière une vision confédérale. Il entra au comité exécutif national de la FGDS le 6 décembre 1965 et présida la Fédération de la Corrèze de juin à décembre 1966, cette présidence ayant été limitée à six mois par organisation.

En 1969, le sénateur Champeix fut partisan de la candidature du président du Sénat Poher dès le premier tour, la défendant à la tribune du congrès d’Alfortville, sous les huées. Il fut de nouveau élu membre du comité directeur du Parti socialiste après le congrès d’Épinay en juin 1971, comme représentant de la tendance Savary-Mollet.

Après cela, il tint surtout une place au niveau de sa région, même s’il était président du groupe socialiste au Sénat. Vice-président du conseil régional du Limousin en 1974, il appartenait à la commission de développement économique et régional (CODER) du Limousin. Battu au renouvellement sénatorial de 1980, il ne se représenta pas aux municipales de 1983.

Journaliste, Marcel Champeix collabora aux journaux socialistes de la région, en particulier à La Corrèze républicaine et socialiste d’Henri Fabre.

Commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre des Palmes académiques, grand officier de l’ordre national du Mérite, il était titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme, de la Médaille de déporté de la Résistance, de la Médaille d’Honneur (or) départementale et communale et d’autres décorations.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19340, notice CHAMPEIX Marcel par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 décembre 2018.

Par Gilles Morin

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]
[Arch. OURS]
[Sénat]

ŒUVRE : Collaboration à plusieurs journaux socialistes. — Quelques notes à l’usage des élus municipaux (brochure), Limoges, s.d. — Quelques poèmes, Treignac, Les Monédières, 50 p.

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3353 ; F/1cII/111/B, 115, 255, 270, 305, 308, 552, 703 ; F/1cIII/1340. — Arch. OURS, Fichier « Bataille socialiste », fonds. C. Fuzier et AGM 130. — Who’s Who, 1959-1960. — Conseils généraux, élections, résultats officiels, octobre 1931, Paris, J.L.L. D’Artrey directeur. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 109, 111. — PS-SFIO, Rapports du congrès de Paris, 1932. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Éd. du Rocher, 2001, p. 268. — Renseignements fournis par Marcel Champeix. — Renseignements communiqués par la mairie de Masseret.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément