CHAMPALE Gustave, Antoine

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 18 février 1898 à Roanne (Loire), mort le 24 mai 1951 à Chagny (Saône-et-Loire) ; mutin de la Mer Noire ; cheminot ; déporté.

Fils de Catherine Chassain, tordeuse, reconnu par Alphonse Champale, Gustave Champale fut matelot canonnier à bord du Voltaire. Il participa à la mutinerie des 19-22 juin 1919 en rade de Bizerte. L’équipage, averti par les matelots du France des événements de Sébastopol, refusait de partir pour la Mer Noire et exigeait son retour à Toulon. Le mouvement était animé par le chauffeur Henri Alquier, le mécanicien Georges Wallet (arrêté le 24) et le timonier Pierre Vottero, arrêté le 25. Le lendemain tous les suspects furent envoyés à terre en corvée, et là, conduits à la caserne du 8e tirailleurs. Champale n’avait échappé à ce sort que grâce à une erreur dans l’appel. Il tenta de relancer seul le mouvement mais groupa à peine une soixantaine de mutins. Le 27, il fut envoyé à terre et arrêté. Le Conseil de guerre de Baie Ponty (Tunisie) le condamna, le 26 septembre 1919, à dix ans de détention et à la dégradation. Pierre Vottero témoigne que dans les prisons tunisiennes, il se fit tatouer sur le front ces deux lignes : « Mon droit, pas plus », « Mon droit barca ». Il ne les fit enlever qu’à sa libération mais, il lui resta une longue cicatrice qui le marqua jusqu’à la mort. À la prison de Clairvaux, Champale mena la bataille pour l’obtention du statut politique aux mutins de la Mer Noire.
Le Parti communiste le présenta, comme candidat d’amnistie, aux élections du conseil général dans le canton de Perreux (arrondissement de Roanne, Loire). Envoyé, le 4 août 1922, à Rochefort (Charente-Inférieure) au dépôt des équipages de la flotte, pour y finir son temps de service, il fut libéré et démobilisé le 29 mai 1923. Champale s’installa à Riorges (Loire) puis à Roanne où le dépôt des chemins de fer du réseau PLM l’embaucha comme manœuvre. Il se maria en février 1925 à Roanne. Sa carrière se termina en qualité d’employé SNCF à Chagny (Saône-et-Loire), le 26 mai 1949. Il fut membre du bureau du comité de rayon communiste de Roanne en 1932 (voir J.-B. Nevers*, secrétaire).
Sous l’Occupation, il passa vingt mois en déportation aux camps de Buchenwald-Dora, « plus dures que les trois années de Clairvaux », ce qui lui fit un total de sept ans et six mois dans dix-huit prisons ou camps d’Afrique du Nord, de France et d’Allemagne. Champale était secrétaire de la FNDIRP (de Saône-et-Loire) en 1949. Cette même année André Marty lui fit une dédicace manuscrite de son ouvrage La Révolte de la Mer Noire : « en souvenir de nos luttes communes au bagne de Clairvaux ». Cependant, dans une lettre du 5 avril 1949 adressée à la direction du Parti communiste et communiquée à André Marty, le secrétaire de la Fédération communiste de Saône-et-Loire, René Moreau, raconta sa visite infructueuse à l’ancien Mutin de la Mer Noire retiré à Chagny, pour solliciter sa participation à des réunions commémoratives pour le 30e anniversaire de la mutinerie : « Il a refusé en nous jetant hors de chez lui » (Arch. A. Marty).
Marty lui écrivit personnellement. Champale envoya finalement une contribution de Chagny, le 26 mai 1949. Il disait "La mémoire, la vue , me font défaut. Les 20 mois de Buckenwald-Dora ont été plus durs que les trois années de Clairvaux ; ce n’est pas à comparer. Enfin, je vais essayer de te donner quelques détails. Tu les arrangeras à la sauce que tu voudra. Tout d’abord je dois te dire que je n’aime pas beaucoup la publicité, très peu les fleurs. Lorsqu’on a travaillé pour la cause du peuple, on ne doit pas s’en glorifier." Et il ajoutait "à l’époque, il y avait beaucoup plus de camaraderie et de fraternité qu’aujourd’hui." Marty le remercia le 19 juillet 1949 et lui donna l’adresse de plusieurs anciens de la mer Noire. Il lui suggéra de rejoindre l’Association des anciens de la mer Noire qui venait d’être constituée.

Entre ses condamnations suite à ma mer Noire et la déportation, Champale avait passé 10 ans et six mois de sa vie dans des conditions dures de privation de liberté.
Il mourut deux ans plus tard. Son ami Pierre Vottero évoqua son « cher Champale, véritable militant qui disparaîtra à son retour de déportation » (op. cit., p. 95).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19333, notice CHAMPALE Gustave, Antoine par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 1er février 2019.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13129, F7/13165, rapport du 2 août 1922. — Arch. A. Marty (CHS), A III, A IV et G X. — L’Internationale, 7 septembre 1922. — L’Humanité, 13 février 1926. — André Marty, La Révolte de la Mer Noire, t. II, réédition en fac-similé, F. Maspero, 1970. — Jean Le Ramey et Pierre Vottero, Mutins de la Mer Noire, 1973. — État civil de Roanne.

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