CHAMBEIRON Robert

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

Né le 22 mai 1915 à Paris (IVe arr.), mort le 30 décembre 2014 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ; fonctionnaire ; résistant, secrétaire général adjoint du CNR ; député progressiste des Vosges, radical puis apparenté communiste (1945-1951, 1956-1958) ; député européen apparenté communiste (1979-1989) ; président délégué de l’ANACR.

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]

Né dans une famille « républicaine » où les professions libérales dominaient, Robert Chambeiron devint fonctionnaire après ses études secondaires et, très vite, s’impliqua dans la vie politique. En 1936, avec Jean Moulin, il entra au cabinet de Pierre Cot au ministère de l’Air. Au printemps 1937, il succéda à Pierre Meunier*, éloigné par la maladie, comme collaborateur principal de Pierre Cot.

Mobilisé en 1939 dans l’aviation, il contacta Jean Moulin après sa démobilisation. « J’étais antifasciste et je me suis le plus naturellement du monde engagé dans la Résistance pour combattre les deux visages du fascisme, celui de l’occupation et celui de Vichy. [...] Moulin nous a rencontrés au mois de novembre 1940, au moment de sa révocation. Il nous a expliqué qu’il fallait se grouper, s’organiser, s’unir et résister. » Intention difficile à réaliser : « Pour trouver les gens qui résistaient, on ne pouvait pas passer de petites annonces par la presse. Ce fut un processus très long. » (l’Humanité, 20 août 2004). Jean Moulin lui confia diverses missions en zone Nord. Il coopéra alors avec Pierre Meunier, participa aux négociations qui aboutirent à la fondation du CNR et organisa la première réunion qui se tint en plein Paris occupé, le 27 mai 1943 chez René Corbin, rue du Four à Paris. Selon Pierre Meunier, l’ami du cabinet Pierre Cot : « Chambeiron et moi, chacun de notre côté, prenions en charge un groupe qui nous suivait jusqu’au 48 rue du Four. » Il fallut à Chambeiron et Meunier environ une heure pour rassembler tout le monde : dix-neuf personnes, huit représentants des mouvements de la Résistance, deux syndicalistes, six représentants des partis politiques. « Le plus grand risque venait des représentants des partis politiques, ils avaient des visages connus, comme celui de Marcel Rucart, qui avait été ministre en 1936, ou Le Troquer, qui avait perdu un bras en 14-18. Il fallait vérifier qu’ils n’avaient pas été suivis, rappelle Robert Chambeiron. » (l’Humanité, 20 août 2004). Vers 15 heures, Moulin ouvrit la séance d’un CNR désormais constitué : Jean Moulin et ses deux amis, respectivement secrétaire général (Meunier) et secrétaire général adjoint (Chambeiron).

Moins d’un mois après cette première réunion générale du CNR, Jean Moulin fut arrêté. Pour des raisons de sécurité, jamais plus le Conseil ne se réunit au complet. C’est un bureau exécutif de cinq membres qui fut chargé de collecter et de communiquer les informations nécessaires à la rédaction du programme du CNR.

Il revint à Robert Chambeiron, avec Pierre Meunier, d’accueillir Pierre Cot venu d’Alger en septembre 1944. Il fut membre de la délégation syndicale internationale invitée à l’occasion de la création de l’ONU à San Francisco en juin 1945. Le même mois, il participa à la création du Mouvement unifié de la renaissance française (MURF) qui se prononça pour l’unification de « toutes les forces patriotiques et républicaines ».

Délégué à l’Assemblée consultative provisoire en 1944-1945, il fut élu député des Vosges en octobre 1945 sur une liste soutenue par le Parti communiste ; il figurait dans l’Humanité du 23 octobre dans la rubrique « Nos élus », sous l’étiquette MUR et apparentés. Inscrit d’abord au groupe radical, il le quitta après avoir approuvé le projet constitutionnel de Pierre Cot, le 19 avril 1946. Le Parti radical prononça d’ailleurs son exclusion officielle. Réélu en juin 1946, il siégea parmi les apparentés communistes et fut à nouveau réélu en novembre 1946.

Robert Chambeiron avait appartenu à l’Union des républicains progressistes (URP) issue de la fusion qui s’opéra entre la minorité du Mouvement de libération nationale, proche du Parti communiste (Emmanuel d’Astier de la Vigerie*, Pascal Copeau), et des membres de l’aile gauche du Parti radical-socialiste (Pierre Cot, Pierre Meunier*, Robert Chambeiron, Pierre Dreyfus-Schmidt, Jacques Mitterrand*, Pierre Le Brun*, Justin Godard, Albert Bayet, Jacques Kayser). Avec des militants issus de l’Union des républicains progressistes (URP) et avec des éléments issus du Parti socialiste unitaire (premier PSU) et de l’Union des chrétiens progressistes (UCP), il fut un des fondateurs, le 9 décembre 1950, de l’Union progressiste (UP), dont il assura le secrétariat général. Celle-ci admettait la double appartenance.

Robert Chambeiron fut, avec Pierre Cot, l’un des porte-parole des députés progressistes. Battu lors des élections législatives de 1951, il retrouva son siège en 1956. Battu une nouvelle fois en 1958, il fut encore candidat en 1967 dans la 2e circonscription des Vosges (Saint-Dié).

L’Union progressiste prit part, les 12-13 novembre 1955, à la création du Mouvement uni de la nouvelle gauche (MUNG) avec la Jeune République (deux députés : André Denis, Léo Hamon) et des gaullistes de gauche issus du Rassemblement du peuple français (trois députés : René Capitant, Louis Vallon, Irène de Lipkowski) puis la majorité des membres de l’UP participèrent ensuite à la création de l’Union de la gauche socialiste (UGS) en 1957, puis du PSU en 1960. Mais Pierre Cot et Robert Chambeiron maintinrent l’UP et ce dernier fut même candidat sous cette étiquette jusqu’aux législatives de 1973.

Si Pierre Cot, élu en 1967, fut le dernier député de l’UP, Robert Chambeiron fut le dernier parlementaire de l’UP, siégeant au Parlement européen, élu en 1979 sur la liste communiste, mais avec l’étiquette Union progressiste, puis réélu en 1984.

En 1977, il approuva, au nom de l’Union progressiste, à l’instar du PCF, la force française de dissuasion nucléaire. L’une des dernières prises de position de l’Union progressiste fut, en 1992, un appel à voter contre la ratification du traité de Maastricht.

Président délégué de l’ANACR, Robert Chambeiron fut très actif lors du cinquantième anniversaire du CNR. Le 27 mai 1993, il réaffirma l’actualité du programme économique et social du CNR : « La remise en cause de ce que l’on appelle aujourd’hui les acquis économiques et sociaux de la Résistance ne peut qu’être perçue comme un recul historique qui ôterait tout son sens au combat du peuple français pour se débarrasser du régime rétrograde et anti-démocratique de Vichy. »

Grand officier de la Légion d’honneur en 1997, il fut élevé au grade de Grand-croix en 2001.

Dans la perspective des élections présidentielle de 2007, Robert Chambeiron présida le comité national de soutien à la candidature de Jean-Pierre Chevènement, mais celle-ci fut retirée au profit de Ségolène Royal. En 2010, il se retira de la présidence de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Dernier survivant de la rue du Four, Robert Chambeiron se présenta dans la première décennie du XXIe siècle comme le porteur de la mémoire du CNR et put réaffirmer à de nombreuses reprises : « Tourner le dos à l’esprit du programme du CNR, c’est tourner le dos au progrès. » Il en témoigna, en 2013, dans le film de Gilles Perret Les jours heureux.

Il mourut le 30 décembre 2014 à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt à l’âge de 99 ans. François Hollande, président de la République, salua sa mémoire par un communiqué.
Une plaque commémorative a été apposée le 21 novembre 2018 sur la façade de l’immeuble sis16,rue Gustave Zédé à Paris XVIe arr.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19313, notice CHAMBEIRON Robert par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 novembre 2018.

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]
[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956]

ŒUVRE : Avec Madeleine Braun : Tchécoslovaquie, carrefour de l’Europe, Éditions sociales, 1950, 208 p.

SOURCES : DPF, 1940-1958, op.cit. — Sabine Jansen, Pierre Cot, un antifasciste radical, Fayard, 2002. — Presse.

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