Née le 9 novembre 1874 à Argentan (Orne). Brodeuse, anarchiste illégaliste de Levallois-Perret (Seine), Paris, Liège (Belgique) et Uccle (Belgique).


En 1894, Clotilde Adnet demeurait avec sa mère, 16 rue Victor Hugo à Levallois-Perret. Elle se laissa gagner par les idées anarchistes de sa sœur Jeanne. Elle ne pouvait s’habituer à voir sa famille dans une situation proche de la misère, alors qu’elle avait connu l’aisance du vivant de son père.
Les sœurs Adnet se réunissaient, avec d’autres compagnons anarchistes, chez un marchand de vins, 38 rue des Abbesses à Paris. Dans ce groupe se trouvaient aussi Godard Armand, Bouchez Louis, Desforge Henri, Mocquet Georges, Labeyrie Romain, Large Etienne, Chafouis Charles, Perrot Gaston, Cornuault dit le Rouquin.
Le 31 décembre 1893, la police de Cosne (Nièvre) arrêta deux trimardeurs, signalés par la Sûreté de Paris, comme anarchistes. Ils avaient quitté Paris, le lendemain de l’attentat commis par Vaillant. Ils voyageaint sous les noms de Versin et Gillis mais se nommaient Emile Maince et Marcel Hervy, tous deux natifs de Levallois-Perret. Ils furent écroués à la maison d’arrêt de Cosne, sous la double accusation de vagabondage et de port d’armes prohibées. La police trouva sur eux une correspondance émanant de jeunes habitants Paris, établissant des liens pouvant relever d’une association de malfaiteurs.
Saisi par le parquet de Cosne, le parquet de Paris ouvrit une instruction, confiée au juge Meyer qui délivra des mandats d’arrestation contre tout le groupe se réunissant rue des Abesses.
Le 5 janvier 1894, la police se présenta au domicile des parents de chacun des jeunes gens et sous prétexte de reconnaître un ami échoué au commissariat, les emmenèrent directement au Dépôt.
Tous furent inculpés d’associations de malfaiteurs, Maince et Hervy furent transférés à Mazas où leur fut notifié un mandat, lancé par le parquet de Montargis, pour vol.
Elle fut libérée le 27 janvier.
L’affaire d’association de malfaiteurs se solda finalement par un non lieu. Son dossier à la Préfecture de police portait le n° 85.416.
Au début de l’année 1897, Louis Bouchez, l’un des membres du groupe des Abbesses fut arrêté et conduit à la prison d’Etampes, pour fabrication de fausse monnaie, tous les compagnons, compromis dans cette affaire, se retouvèrent sous les verrous, hormis les sœurs Adnet qui avaient échappé à la souricière.
Depuis décembre 1896, Clotilde Adnet vivait à Liège avec Armand Godard (lui aussi membre du groupe de la rue des Abbesses) chez un anarchiste belge Jacques Berré, impliqué en 1892 dans l’affaire des dynamiteurs de Liège. Ils fabriquaient, de concert de fausses pièces de monnaie. Elle fut seule condamnée par le tribunal correctionnel de Liège le 19 décembre, à 6 mois de prison, les pièces avait été fabriquée par Godard qui ne fut pas inquiété.
A l’expiration de sa peine, elle fut expulsée et se rendit à Paris.
Elle revint à Liège en avril 1897, pour retrouver Godard. Pendant une quinzaine de jours elle demeura chez Berré puis elle alla rejoindre Godard qui habitait le petit village d’Ernonheid. Les 24 et 29 mai 1897, Clotilde Adnet se rendit à Liège acheter chez un chimiste, du bismuth, de l’antimoine et de l’étain.
Berré venait à Ernonheid tous les 8 jours avec sa charrette conduite par un cheval pour amener des sacs de plâtre.
Le 30 septembre, elle commanda des plaques de cuivre chez un fondeur de Molenbeek-Saint Jean
Le 4 octobre 1897, Clotilde Adnet et Armand Godard vinrent s’installer 175 place de la Station à Uccle.
Le 6 octobre, Berré paya avec une fausse pièce de deux francs des pommes de terre qu’on venait de lui livrer, il fut découvert chez lui 11 autres fausses pièces. Il fut écroué à la prison de Saint-Léonard.
Armand Godard écoula dans un estaminet des pièces de 2 francs. Le cabaretier s’en aperçut et prévint la police qui fit une enquête et découvrit la maison où habitaient les deux anarchistes. Une perquisition fut effectuée qui fit découvrir des milliers de fausses pièces, ainsi que tout un attirail de faux monnayage : creusets, moules, lingots, produits chimiques divers.
Ils furent écroués à la prison de Saint-Gilles.
Tous trois furent jugés par la cours d’assises du Brabant le 25 avril 1897, Godard fut condamné à 12 ans de réclusion, Clotilde Adnet à 6ans et Berré à 8ans.
Le 23 mai 1897, elle reçut la visite de sa sœur au parloir de la prison des Petits-Carmes à Bruxelles. La visite terminée, la gardienne vint chercher la détenue qui avait rabattu sa cagoule sur son visage, tandis qu’une autre reconduisait la visiteuse qui sanglotait, dissimulant son visage dans les plis de son mouchoir.
Une heure après, on constata que la sœur de Clotilde Adnet l’avait remplacée dans sa cellule. L’alarme fut donnée mais la prisonnière était déjà loin. Elle gagna la France et s’embarqua à Calais sur un paquebot à destination de Londres. Le gouvernement belge réclama son extradition.
Elle y vécut avec Mathurin-Joseph Auffret qui falsifiait des billets de la Banque nationale de l’Afrique du Sud et se fit condamner pour ce fait, le 30 juin 1898 à 5 ans de prison.
En juin 1898, quand les détectives anglais vinrent l’arrêter, elle tenta de sauter par la fenêtre du second étage, mais elle fut retenue à temps par les agents. Elle profita de l’émoi crée pour avaler deux papiers compromettants.
Finalement l’Angleterre l’extrada vers la Belgique.

SOURCES :
Arc. Nat. F7 12508 — Arch. Ppo Ba 1497 et 1500 — le XIXe Siècle 3 janvier 1894 — La Meuse 26 octobre 1897 et du 26 avril 1898 — le Journal de Bruxelles 25 octobre 1897, 26 avril 1898, 23 mai, 4 aout 1898 — Le 20e Siècle 26 avril et 20 juillet 1898 — l’Indépendance belge 26 avril,13 juin, 2 juillet 1898 — Le Petit Parisien 24 mai 1898 — le Journal de Charleroi 25 mai 1898 — Le Radical 29 juin 1898 — Le Rappel 1er juillet 1898 — Etat civil d’Argentan.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Dominique Petit

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