CHAMBAZ Jacques, Paul, Victor

Par Claude Willard

Né le 13 décembre 1923 à Etréchy (Seine-et-Oise, Essonne), mort le 4 août 2004 à Paris (Ve arr.) ; agrégé d’histoire ; membre du comité fédéral en 1956, puis du bureau fédéral du PCF de Paris, membre du comité central et du bureau politique ; député du XIe arr. (1967-1968, 1973-1978) ; membre de la direction de l’IRM (1979-1996).

Jacques Chambaz
Jacques Chambaz

Le père de Jacques Chambaz, originaire d’une famille rurale pauvre du Bas-Dauphiné, avait accompli son tour de France et était devenu charpentier ; il créa, après la Première Guerre mondiale, une entreprise de bonneterie qui s’écroula lors de la crise. La famille, alors installée dans le XIIIe arr., vécut dès lors dans la pénurie, le père gagnant quelques cachets comme chansonnier.
Après le collège d’Étampes, Jacques Chambaz entra en seconde au Lycée Henri IV, où il fut le condisciple de Jacques Sauvageot. Il ne put achever ses études qu’en multipliant les petits emplois : postier gare d’Austerlitz, puis ambulant sur le Paris-Bordeaux (janvier-février 1940), rédacteur à mi-temps à l’agence Fournier (mars-juin 1940).

Bachelier en 1942, Jacques Chambaz entama ses études au conservatoire de musique et à la Sorbonne. Il fut réfractaire au STO et sympathisa avec la Résistance, qu’il côtoyait chez les Sauvageot (la mère de Jacques Sauvageot appartenait à Témoignage Chrétien). Mais dans sa biographie remplie pour la commisison des cadres, il précise : « Je n’ai pas participé à la résistance. »
Jacques Chambaz adhéra à l’Union des étudiants communistes (UEC) en septembre 1944. Appelé à l’armée le 6 mars 1945, comme sergent dans l’infanterie, il fut démobilisé le 25 août et adhéra, en septembre 1945, au PCF dans le XIIIe arr.

Jacques Chambaz occupa plusieurs emplois précaires. Secrétaire de rédaction à Temps présent d’octobre 1945 à janvier 1946 (collaboration interrompue à la demande du parti, précise-t-il dans sa biographie), il fut aussi lecteur de manuscrits pour les éditions Hier et Aujourd’hui. En 1947, ces éditions lui confièrent le secrétariat de la commission de rédaction de l’histoire des FTPF, décision qui fut contestée par la commission des cadres qui décida, en janvier 1947, de lui retirer cette responsabilité. Il fut enfin rédacteur à SVP d’octobre 1947 à juin 1948, maître auxiliaire à Condorcet et Henri-IV en 1951 et 1952. Grâce à ces emplois, il put terminer ses études, décrochant en 1953 l’agrégation d’histoire.

Secrétaire de l’UEC Lettres (octobre 1945-février 1946), membre du bureau parisien de la nouvelle organisation UJRF étudiante (avril-juillet 1946), il devint membre de sa commission nationale (octobre 1946-décembre 1947) malgré un avertissement de la fédération communiste de la Seine reçu au début de 1947, en même temps que François Hilsum*, pour avoir plus ou moins remplacé les structures du PCF par les cercles UJRF. De 1947 à 1950, il assura encore diverses responsabilités étudiantes, fut secrétaire de la cellule Saint-Just de la faculté des Lettres (1947-1948), secrétaire adjoint de la cellule Histoire à la Sorbonne, secrétaire du comité de parti de la faculté fin 1948-début 1949 et membre du comité de section du Ve arr. (mars 1949-avril 1950).

Jacques Chambaz épousa le 9 mai 1947 Marcelle Kayser. Le couple eut trois enfants : Bernard (1949), Hélène (1951) et Jean (1953). Sur demande de la fédération communiste (« après discussion avec Annie Besse en janvier 1953, j’ai cessé toute relation avec mon beau-père » écrit-il dans sa bio), il dut, en janvier 1953, rompre ses relations avec son beau-père, Jacques Kayser (1900-1963), historien et homme politique radical, faussement accusé d’appartenir à l’Intelligence Service.

Professeur agrégé d’histoire et géographie de 1952 à 1964, il exerça tour à tour à Amiens, où il fut membre du bureau de la section du SNES du lycée en 1953, à Compiègne, à Villemomble et à Paris (lycées Claude-Bernard et, surtout, Buffon). Il participa d’abord aux activités du cercle des historiens communistes et à la commission idéologique du PCF (dirigée par François Billoux*). Il fut ensuite affecté au secteur Intellectuels de la fédération communiste de Paris, secteur animé par Annie Besse (voir Annie Kriegel*). En 1953, il fut responsable de la commission fédérale de l’enseignement et succéda à Guy Besse* comme secrétaire général de l’Union française universitaire (UFU). Membre du bureau de la section communiste du XVIe arrondissement (Auteuil), il fut élu, en 1956, au comité fédéral et, le 31 mai 1959, au bureau fédéral comme responsable du secteur Intellectuels. Il collabora en même temps aux activités de la commission centrale des intellectuels (que dirigeait alors Laurent Casanova*), au comité de rédaction de La Nouvelle critique et à la confection de l’Histoire du Parti communiste français (manuel), parue en 1964.

Il fit partie des neuf enseignants communistes désignés par le secrétariat, le 4 janvier 1958, sur proposition de Léo Figuères, pour organiser la manifestation de défense de l’Université française.

En mai 1961, au XVIe congrès, Jacques Chambaz fut élu membre suppléant du comité central, titularisé au congrès suivant (mai 1964). Il devint alors permanent. Outre le « suivi » de plusieurs fédérations, il effectua plusieurs délégations et voyages d’études : en octobre 1964, à Moscou, avec Georges Marchais* et Roland Leroy*, après l’éviction de Khrouchtchev ; en 1968, avec Raymond Guyot* et Raymonde Perlican*, en République populaire de Corée ; en Ouzbékistan (1976) ; en Bulgarie (1977). Mais sa principale fonction fut le secteur des Intellectuels et de la Culture (secteur fort vaste, recouvrant les champs de l’ancienne section idéologique et de la section des Intellectuels). De 1964 à 1967, sous la responsabilité d’Henri Krasucki*, Jacques Chambaz, outre l’élaboration de propositions sectorielles (réforme de l’enseignement, statut de l’ORTF...), notamment pour les discussions alors menées avec la SFIO, participa (avec Louis Aragon*, Guy Besse*, Henri Krasucki* et Jean Suret-Canale*) à la rédaction de la résolution du comité central d’Argenteuil de mars 1966 (y intervenant par ailleurs sur le thème « Culture et démocratie »), à la fondation de l’Institut Maurice Thorez (1966), à la nouvelle formule de La Nouvelle critique, se mêla aux luttes politiques et idéologiques au sein de l’UEC.
De 1967 à 1974, Jacques Chambaz poursuivit les mêmes activités, sous la direction de Roland Leroy*. Il essuya alors la tempête de 1968 (notamment avec la cellule Sorbonne-Lettres). Il participa à l’élaboration des propositions dans le cadre du programme commun de gouvernement, essaya de calmer le jeu dans la controverse Garaudy-Althusser. En 1974, il appartint à la commission de résolution préparant le XXIe congrès, au cours duquel il plaida pour une claire définition des bases de l’alliance, décisive, entre les intellectuels et la classe ouvrière, plus largement les masses populaires.

Du XXIe au XXIIIe congrès (octobre 1974-mai 1979), Jacques Chambaz fut membre du bureau politique (suppléant en 1974), responsable de la section des Intellectuels et de la Culture. Dans l’Humanité du 4 septembre 1975, il répondit publiquement à Zadorov, qui prétendait donner des leçons au PCF, en défendant vigoureusement la démocratie. Mais, en cette période de tension croissante, liée à la rupture du programme commun, à l’échec électoral de 1978 et au recul du PCF dans les milieux intellectuels, il « démissionna » du bureau politique tout en restant au comité central.

Jacques Chambaz fut à deux reprises député de la 10e circonscription de Paris (correspondant à une partie du XIe arr.) : mars 1967-mai 1968, battu au renouvellement ; mars 1973-mars 1978, battu aux élections. Il intervint à la Chambre dans plusieurs débats importants : notamment en 1967 sur l’introduction de la publicité à l’ORTF, en 1974 sur la dissolution de l’ORTF et sur l’IVG.

De 1979 à 1996, sous la responsabilité de Francette Lazard*, Jacques Chambaz codirigea l’Institut de recherches marxistes (IRM). Il participa activement, notamment dans des colloques et aux « mardis » de l’IRM, à la réflexion sur les enjeux liés à la révolution scientifique et technique, mais aussi sur les sujets d’actualité idéologique et politique. Au XXVIIIe congrès (1994), il intervint ainsi dans la discussion sur le projet de Manifeste, critiquant le caractère ambigu de la formulation sur le « retard ». Sa proposition fut retenue.
De 1996 à 1998, toujours avec Francette Lazard, Jacques Chambaz participa à la création d’Espaces Marx.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19310, notice CHAMBAZ Jacques, Paul, Victor par Claude Willard, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 16 mai 2010.

Par Claude Willard

Jacques Chambaz
Jacques Chambaz

ŒUVRE : Nombreux articles, notamment dans La Nouvelle critique et La Pensée. — L’Europe de Napoléon à nos jours (mythes et réalités), ouvrage collectif, Éd. sociales, 1954. — Le Front populaire du pain, de la liberté et de la paix, Éditions sociales, 1961. — Le Front populaire : la France de 1934 à 1939, en collaboration, Éd. sociales, 1972. — Avec Roger Quillot : Le Front populaire, juin 1936, Éd. du Burin, 1972. — Réalités et stratégie, le PCF, une démarche nouvelle, Messidor, 1990. — La Patience de l’utopie, la civilisation en question, Messidor, 1992.

SOURCES : Arch. comité national du PCF (notes de Jacques Girault et Claude Pennetier). — Interview en 1998 par Claude Willard. — Un dossier dans les archives du Komintern (cote RGASPI, 495 270 9098) a été transmis au RGANI (archives du PCUS) et est inconsultable jusqu’à 75 ans après sa mort.

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