CERVONI Gabrielle [née LETACQ Gabrielle, Jeanne]

Par Jacques Girault

Née le 24 janvier 1892 à Paris (XVIIIe arr.), morte le 14 septembre 1988 au Cannet-Rocheville (Alpes maritimes) ; institutrice ; militante communiste d’Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise).

Fille d’un bijoutier et d’une couturière qui mourut des suites de ses couches, Gabrielle Letacq fut élevée par la sœur de sa mère, aubergiste à Montereau (Seine-et-Marne). Après avoir fréquenté une école privée à Melun (Seine-et-Marne), elle entra à l’École normale d’institutrices de Melun en 1909. Elle exerça dans un village du département en 1913 où elle fut secrétaire de mairie avant d’être nommée à Montereau. Elle exerça par la suite comme professeur de lettres au cours complémentaire de l’Abbé Fleury à Argenteuil à partir de 1931. Mise à la retraite d’office, le 5 novembre 1941, elle réintégra son poste à la suite d’un arrêté préfectoral du 23 octobre 1944, avec rattrapage de carrière, et y demeura jusqu’à sa retraite en 1951. Elle appliquait dans ses classes les méthodes pédagogiques nouvelles et faisait partie du groupe d’Éducation nouvelle.
Son fiancé mourut au front pendant la Première Guerre mondiale. Elle épousa civilement, en novembre 1924 à Paris (XVIIIe arr.), Philippe, Antoine Cervoni, employé au Crédit foncier de France, né le 6 juillet 1895 à Prunelli-di-Fiumorbo (Corse). Leur fille mourut dans des circonstances tragiques quelques mois après sa naissance.
Gabrielle Cervoni, membre du Syndicat national des instituteurs, membre du Parti communiste français, fut active pendant le Front populaire (aide aux grévistes, chorale de la Maison de la Culture, Comité mondial des femmes, Comité contre la guerre et le fascisme, Amis de l’Union soviétique). Avec son époux, elle effectua en août 1936 un voyage en Union soviétique et s’intéressa alors aux méthodes d’éducation. À son retour, elle donna des causeries.
Le couple accueillit une petite Espagnole de quatre ans dont le frère et la sœur étaient dans d’autres familles de la ville. Leur mère, après avoir été internée dans un camp à Rennes, vint pendant quelques mois chez les Cervoni puis retourna en Espagne rejoindre son mari, combattant dans l’armée républicaine qui fut peu après emprisonné. Les relations entre la jeune Espagnole et ses parents ne reprirent qu’après la guerre. La petite Basilia vécut clandestinement chez les Cervoni, qui avaient refusé de la rapatrier, pendant toute la guerre.
Gabrielle Cervoni fut assignée à résidence, le 24 novembre 1940 par arrêté préfectoral et révoquée de l’enseignement par arrêté ministériel du 17 février 1941. Son mari participa à la résistance à Paris où il travaillait tandis qu’elle prenait part aux luttes du Parti communiste clandestin dans la ville.
Membre de l’Union des femmes françaises, Gabrielle Cervoni faisait partie du Comité local de Libération, constitué le 23 août 1944. Déléguée à la commission de révision des listes électorales, membre des commissions de la bibliothèque, de l’instruction publique et des cantines, elle était première adjointe au maire. Le 3 novembre 1944, elle renonça à ces responsabilités en application de la loi du 5 avril 1884 qui interdisait aux instituteurs de faire partie des conseils municipaux. Pourtant elle siégeait toujours lors de la séance du CLL, le 10 janvier 1945, dont elle était la secrétaire adjointe. Non candidate aux élections municipales de mai 1945, elle fut nommée à la commission municipale des œuvres sociales et des colonies de vacances.
Les Cervoni adoptèrent Basilia quand elle se maria en 1955. En 1966, ils allèrent vivre au Cannet-Rocheville (Alpes-Maritimes).
L’Humanité annonça son décès le 17 septembre 1988 ; Le Patriote du 23 septembre 1988 saluait la disparition de cette « communiste exemplaire ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19178, notice CERVONI Gabrielle [née LETACQ Gabrielle, Jeanne] par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 20 décembre 2016.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. mun. Argenteuil (I. Lefeuvre). — Mémoire de recherches de Julien Hervé (Université de Paris 13). — Renseignements fournis par Mesdames Jeannette Hulin, Claire Brard et par sa fille Basilia Gallou.

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