MARTINET Joseph [pseudonyme : Dupont]

Par Régis Le Mer

Né le 13 mai 1903 à Lyon (Ve arr.), mort le le 9 janvier 1986 à Vaulx-en-Velin (Rhône). Maître imprimeur, socialiste (SFIO), résistant.

Plaque :
5, rue Mozart à Villeurbanne
Transférée 1, rue Piatton

Joseph Martinet est né le 13 mai 1903 à Lyon (Ve arr.). Il a passé les premières années de sa vie dans le quartier Saint-Georges à Lyon. Fils de Fleury Martinet et Marie Rostain, sa mère était employée comme bonne ; son père était vannier. Ce dernier, qui était proche des anarchistes, fit la guerre 14-18 à la caserne de la Part-Dieu à Lyon qu’il passa à fabriquer des bonbonnes pour les soldats. Dès l’adolescence, Joseph Martinet, le certificat d’étudeq en poche, fit son apprentissage dans une imprimerie du quartier Berthelot à Lyon.

Avant-guerre, il était encore employé dans la même société et militait à la S.F.I.O. Il fut mobilisé et rejoignit Doaumont (Meuse) où il s’occupait de cartes et de topographie. Dès qu’il revint à la vie civile, à l’été 1940, il installa un petit atelier d’imprimerie dans sa maison à Villeurbanne, située au 5 rue Mozart dans le quartier du Tonkin. Six mois plus tard, il commençait à imprimer des feuilles de la Résistance. Il était aidé dans cette tâche par son épouse Marceline née Vacher (1907-2003).

Henri Frenay, qui montait un mouvement de résistance et savait combien la propagande était nécessaire pour se développer, fut l’un des premiers à faire appel à lui. En effet, les premières feuilles clandestines que Frenay publia étaient tirées à la ronéo, d’abord une cinquantaine d’exemplaires puis rapidement 500. Mais il fallait toujours davantage de journaux et passer par un imprimeur professionnel devint indispensable. Ce fut Eugène Dargaud, militant socialiste, qui mit en contact Joseph Martinet et Berthie Albrecht, adjointe de Frenay. Il imprima ainsi Les Petites Ailes à 3 000 exemplaires dès avril 1941 et deux mois plus tard passa à 6 000 exemplaires puis 20 000. Le journal paraissait tous les dix jours. Les Petites Ailes, un modeste journal composé de trois feuilles piquées en coin n’était pas gaulliste, expliquait Martinet, mais davantage antiallemand.

Frenay apprit que la police savait où était tiré le journal et en connaissait les responsables. Pour brouiller les pistes, il arrêta la publication des Petites Ailes, puis quelques temps après la remplaça par Vérités. La forme s’améliora grâce à Martinet, avec quelques enluminures et des clichés pour les principales rubriques. Martinet s’occupait désormais de toute la chaîne de fabrication, de la mise en page jusqu’à la fourniture de papier et l’impression.

En novembre 1941, nouveau changement. Deux mouvements fusionnèrent : celui de Frenay Vérités et celui de François de Menthon, appelé Libertés qui avait un journal éponyme. Un mouvement fit place à un seul journal, afin de ne pas gaspiller l’énergie et le papier. Les journaux Vérités et Libertés prirent, sur l’idée de Frenay, le nom de Combat. Et le mouvement prit le nom de son journal. Pour parachever l’ensemble, la branche religieuse et spirituelle se sépara pour créer son propre mouvement – et journal – Témoignage chrétien. A la demande de Combat, Martinet imprima le premier Cahier du Témoignage chrétien à 5 000 exemplaires, avant qu’Eugène Pons, un ancien du Sillon, en prit la suite à partir du numéro 4.

Combat devint aussi plus gaulliste. Un jour, des policiers perquisitionnèrent à l’atelier de Martinet, mais ne découvrirent rien de répréhensible. C’est l’avant-veille que Combat était sous presse. Quelques documents compromettants – des écrits subversifs de la plume de Martinet – purent être cachés par Marceline. Cette alerte fut peut-être salutaire, Martinet se fit plus prudent. L’extrême prudence, Martinet l’avait pourtant toujours pratiquée, mais comment être constamment sur le qui-vive quand on passait son temps à imprimer de la prose « subversive » ? En général, Martinet s’arrangeait pour qu’aussitôt les journaux imprimés, on l’en débarrasse. Il avait aussi une cache qui ne fut jamais découverte. Le très grand massif de fleurs dans la cour se soulevait astucieusement et permettait d’y cacher une bonne quantité de journaux. La voisine qui partageait la cour de l’imprimerie du 5 rue Mozart, une vieille dame dont les fenêtres donnaient sur la rue était de mèche avec l’imprimeur. Quand un danger se faisait sentir, il était convenu que les rideaux soient fermés, ce qui signifiait qu’il fallait passer son chemin.

Le mouvement Combat se développa rapidement en quantité et en qualité et se dotait d’un véritable service de propagande : d’un côté il y avait la partie rédaction dirigée par René Cerf-Ferrière et assisté par Jacqueline Bernard, de l’autre une partie impression et diffusion animée par un jeune polytechnicien nommé André Bollier. Joseph et Marceline Martinet apprirent le métier d’imprimeur à ce dernier.

Avec Bollier, Martinet installa une machine à imprimer dans la région de Lyon au-dessus des gorges Crémieu à l’écart de toute habitation, accessible par des petits sentiers. Bollier et Martinet y furent aidés de Josette Bon. Avec l’imprimerie de Crémieu et celle de Martinet à Villeurbanne, le tirage fut presque doublé. Désiré Châtain dit « Dédé », un ancien marin devenu métallo, donnait un coup de main pour le transport. A cette époque André Bollier utilisait aussi un hangar dans le quartier du Tonkin à Villeurbanne situé rue Henri Rolland, pas très loin de chez Martinet. Un jour de mai 1943, Josette Bon y fut « cueillie ». Elle fit plus d’un an de prison avant d’être déportée. L’imprimerie de Crémieu s’avéra trop dangereuse, notamment parce que des patrouilles allemandes passaient à proximité. Par ailleurs, les besoins augmentaient, Bollier décida de s’installer à Lyon, dans une villa de la rue Viala, sous le nom et la raison sociale d’une entreprise ayant pignon sur rue, la « société d’études et de recherches géodésiques ». Martinet fut aussi de cette aventure. Toutes les trois semaines Combat sortait à 300 000 exemplaires. Les mises en page se faisaient souvent chez Martinet à Villeurbanne, l’épreuve et le reste de l’impression rue Viala. Lors de l’arrestation de l’imprimeur Eugène Pons en mai 1944, Martinet fut submergé par la demande. Il essayait malgré tout de répondre présent pour Franc-tireur et Témoignage chrétien.

Par la suite, la plupart des feuilles clandestines de zone sud passèrent sous les presses de Martinet sans distinction idéologique : les « grands » journaux comme Libération et Franc-tireur, les petits comme le journal pivertiste L’Insurgé.

L’imprimerie de la rue Viala « tombait » le 17 juin 1944. Martinet ne s’y trouvait pas : un problème sur une machine rue Mozart le retardait et il n’arriva rue Viala que pour constater la tragédie qui s’y était produite. Malgré tout, la mort dans l’âme, Martinet continua la lutte avec son épouse, croyant lui-même à sa fin proche au point que leur fille fut placée à la campagne. Il continua à imprimer tout ce que produisit la Résistance, vivant dans la peur, mais sans être jamais inquiété, jusqu’à la Libération.

Après-guerre, Joseph Martinet s’impliqua dans le monde associatif, aux Amis des Mouvements Unis de la Résistance (AMUR), continuait à militer la SFIO, et s’occupait en particulier de la vie de son quartier du Tonkin à Villeurbanne. Dans les années 70, le maire de Villeurbanne voulant moderniser et ce faisant « raser » le quartier, Martinet œuvra activement dans le comité de défense et rompit alors avec le Parti socialiste.


Une rue Joseph et Marceline Martinet fut baptisée sur la commune de Feyzin. Joseph Martinet est titulaire de la médaille de la Résistance (décret du 24 avril 1946 ; Journal officiel du 17 mai 1946).

Joseph Martinet est décédé le 9 janvier 1986 à Vaulx-en-Velin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article191030, notice MARTINET Joseph [pseudonyme : Dupont] par Régis Le Mer, version mise en ligne le 1er avril 2017, dernière modification le 30 juin 2017.

Par Régis Le Mer

Plaque :
5, rue Mozart à Villeurbanne
Transférée 1, rue Piatton

SOURCES : CHRD, fonds Quintenelle Ar. 743, fonds Fontanier Ar. 925 . --- ADR fonds du comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale 31J1F4, 31JB24, 31JB65, 31JC110 ; - AN 72AJ46-48. — Archives familiales ; témoignages familiaux et d’amis. — Régis Le Mer, Imprimeurs clandestins à Lyon et aux alentours, 2014. — Dupont, Combats dans l’ombre, 1945. - Sapin, La Guerre des carrefours, rééd 2001.

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