NARMADJI (Céline)

Par Kelma Manatouma

Née le 29 Octobre 1964, présidente de l’Association des femmes pour le développement et la culture de la paix au Tchad (AFDCPT), porte-parole de la coalition « Trop c’est Trop ».

Céline Narmadji, née le 29 Octobre 1964 à Fort Lamy (aujourd’hui N’Djamena) est issue d’une famille modeste, avec un père technicien-agronome au ministère de l’Agriculture et une mère ménagère. Elle est membre de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme (LTDH) depuis 1992 : « Je suis arrivée dans le militantisme quand le régime en place a assassiné Maître Joseph Béhidi, vice-président de la LTDH. J’ai perdu après la guerre de 1979 mon frère aîné dans des conditions non élucidées jusqu’à nos jours ; il m’a fallu beaucoup de gymnastiques, du temps et du courage pour que je puisse m’en remettre et m’engager pour la justice sociale » [1]. Céline Narmadji est depuis 2014 une figure de proue du militantisme au Tchad. La presse nationale la désigne comme la « femme qui dérange et la Rosa Parks tchadienne ».

Depuis 2004, elle préside l’Association des femmes pour le développement et la culture de la paix au Tchad (AFDCPT). Elle organise des activités de formation en faveur des femmes et des enfants dans les régions du Chari Baguirmi, de la Tandjilé, du Mayo Kebbi Est, du Moyen Chari et du Hadjer Lamis sur la santé reproductive, les violences faites aux femmes, le viol, et la traite – c’est à dire l’exploitation des « enfants bouviers » [2], un phénomène répandu dans les zones rurales du Tchad. Céline Narmadji a été la première rapporteure du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation nationale (CSAPR) de 2008 à 2009, puis présidente du Comité d’orientation stratégique et d’analyses politiques du CSAPR de 2009 à 2011. Au niveau africain, elle est membre fondatrice de la Plateforme africaine d’action contre les violences à l’égard des femmes (PAACVF). Elle a été point focal du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC) de 2012 à 2016.
En 2014, elle est élue pour un mandat de six mois porte-parole de la coalition « Trop c’est Trop ! », une plateforme qui regroupe quatre réseaux de jeunes et treize organisations de défense des droits humains. Son mandat a été renouvelé pour la seconde fois en mai 2016. Au nom de cette coalition, Céline Narmadji dénonce les violations des droits humains et la crise économique et sociale que connaît le Tchad. La plateforme a organisé plusieurs actions pour dénoncer la mauvaise gestion des biens publics : des « tintamarres de casseroles et de marmites », une opération « sifflets » et des journées « villes mortes ».

En 2016, la coalition a milité contre la 5ème candidature du président Déby à l’élection présidentielle. Un mois avant l’élection, alors qu’elle prépare avec d’autres militants des manifestations publiques contre la candidature du président Deby, elle est arrêtée et inculpée pour « opposition à une autorité légitime, tentative d’atteinte à l’ordre public, provocation à un attroupement non armé ». Le 14 avril 2016, le tribunal de première instance la condamne à quatre mois d’emprisonnement avec sursis, dont l’interdiction de prendre part à des activités subversives. Elle a été détenue pendant 21 jours à la prison d’Amsinéné avec trois autres militants de la société civile, Nadjo Kaina Palmer, Mahamat Nour Ibedou et Younous Mahadjir.

Après sa libération, Céline Narmadji continue ses actions sur le plan national et international. Elle déclare : « la prison n’a pas atténué notre engagement. Notre combat, c’est d’obtenir un changement durable afin que nos enfants et petits-enfants vivent en paix dans ce pays. Je lutte pour l’avenir des enfants tchadiens, c’est le cri de cœur d’une mère. Je ne serai jamais ministre au Tchad, même s’ils me le proposent. Je persiste et je signe ! Je veux que les citoyens se considèrent comme Tchadiens qu’ils soient nordistes ou sudistes. Les jeunes me disent : ‘Maman, on ne va pas vous laisser tomber, si vous allez en prison pour nous, nous ferons mieux que ça’. Ça me soulage, car je prends de l’âge, je prends une courbe, et il faut que je l’amorce dans la dignité » [3].

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article190868, notice NARMADJI (Céline) par Kelma Manatouma, version mise en ligne le 25 mars 2017, dernière modification le 25 mars 2017.

Par Kelma Manatouma

Sources :
Entretien avec Céline Narmadji, juillet et septembre 2016.
Céline Narmadji, « Mon combat : obtenir un changement durable », Le point Afrique, Septembre 2016.

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