FAVRE Jean, François [pseudonymes dans la résistance : Vallat, Étienne, Bouchet, Vaudrin, Berthier]

Par Eric Panthou

Né le 19 novembre 1910 à Rive-de-Gier (Loire), mort le 7 septembre 1991 à Saint-Priest-en-Jarez (Loire) ; ajusteur ; secrétaire du syndicat CGT des fonderies de Saint-Étienne, membre du Parti communiste (PCF) ; résistant, condamné aux travaux forcés, directeur de la coopérative des mineurs de la Loire.

Jean FAVRE
Jean FAVRE
Portrait de Jean Favre

Jean Favre naquit à Rive-de-Gier (Loire) où son père était ouvrier des forges, avant d’être boulanger. Il eut deux sœurs, dont une fut sympathisante du PCF.
Jean Favre est détenteur d’un certificat d’apprentissage d’ajusteur obtenu à l’école pratique professionnelle. D’abord embauché en 1929 chez Leflaive, une grosse usine de mécanique stéphanoise, il en fut licencié, pour incompatibilité d’humeur. Pendant plusieurs années, le plus souvent chômeur, il circule dans les milieux politiques de la ville, de la Libre Pensée aux groupements anarchistes en passant par le Parti communiste auquel il adhéra. Quand il se fit embaucher à vingt-trois ans en mars 1933 à la compagnie des Forges, fonderies et aciéries de Saint-Étienne, c’est aussi par souci d’engagement militant au sein de la CGTU qui renaissait quelque peu de ses cendres. Il adhéra immédiatement au syndicat, et dès avril 1933 au Parti communiste.
Il ne fut pas vraiment employé dans sa spécialité mais comme “saboteur” de plaque au blindage, un des rares ateliers de mécanique dans l’usine. Jean Favre fut frappé par la faiblesse du niveau de qualification des ouvriers, du niveau de conscience de classe et par la présence d’un grand nombre d’ouvriers âgés, dans une usine à la productivité très réduite.
Il agréga autour de lui une petite équipe d’ouvriers et devient dès 1933 le secrétaire du “syndicat unique”, distinct de la CGTU qui dut attendre juin 1936 pour sortir de la clandestinité. Pendant deux ans et demi, il put bénéficier de la solidarité de ses camarades d’atelier le remplaçant lors de ses postes du soir afin qu’il assura ses harassantes tâches syndicales. Et c’est lui qui allait mener les négociations avec le patron après juin 1936.
Jean Favre fut licencié, consécutivement à sa condamnation à 15 jours de prison pour entrave à la liberté du travail suite à la grève générale du 30 novembre 1938. Il fut le seul ouvrier renvoyé au sein d’une usine qui a pourtant fait grève quasi unanimement.
En 1939 il devient secrétaire du syndicat des métaux de Saint-Étienne.

Il était présenté avant guerre comme militant communiste de premier plan, membre du bureau de la région de la Loire et de la Haute-Loire, secrétaire adjoint du syndicat des métaux (à direction communiste) dans un rapport du commissariat de Saint-Étienne en date du 11 février 1941. Il était dit dans ce rapport qu’il était « très intelligent et sérieux, jouirait de la confiance des dirigeants du parti et serait demeuré en liaison avec certains d’entre eux. »
En fait, au niveau politique, il fut secrétaire de sa cellule d’entreprise de 1934 à 1935, puis secrétaire d’une section en 1938-1939 avant d’être élu au bureau régional de février 1939 à la guerre. Il avait suivi les cours de l’école fédérale du parti en 1938.

On vanta plus tard sa mémoire exceptionnelle qui lui permit d’apporter un témoignage précieux sur ses années à la Fonderie. Alors que le syndicat accueillait plus de 80% des ouvriers à l’issue des grèves de l’été 1936, Favre insistait pourtant entre le décalage avec un syndicalisme de masse et un syndicat manquant de cadres et militants investis. Il pensait aussi que le principal acquis de juin 1936 et des grèves, ce fut la grille de qualifications issue de la convention collective qui mit fin à l’arbitraire dans le fixement des salaires.

Lors de la déclaration de guerre, il fut mobilisé, d’abord à Montpellier puis à Clermont-Ferrand. Il reprit le contact avec le parti en décembre 1939 alors qu’il était en permission à Saint-Étienne. Son dernier employeur dans la Loire était à Saint-Paul-en-Jarez.

Il partit se faire embaucher aux Ateliers Industriels Aéronautiques d’Aulnat, à côté de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), à compter du 21 mai 40. Il appartenait aux premiers noyaux de résistants mais choisit de ne pas entrer dans la clandestinité. Sa 1ére tâche fut la diffusion des journaux et tracts, regrouper le Parti. Il rejoignit le Front national à Clermont-Ferrand en avril 1941. Il agit à Clermont-Ferrand sous le pseudonyme d’Étienne et vécut 120 rue Anatole France à l’hôtel Martin, à Clermont-Ferrand de son arrivée jusqu’à son arrestation le 21 octobre 1941.

Jugé comme un ouvrier passable, on le présenta comme l’animateur d’un noyau d’éléments communistes soupçonnés de reconstituer une cellule. Il fut considéré par la police comme l’un des cadres du parti clandestin à Clermont-Ferrand en 1941 avant sa fuite le 20 octobre, veille de la date à laquelle plusieurs dizaines de militants sont perquisitionnés, arrêtés. Depuis son arrivé, il avait partagé sa chambre avec Joseph Ramier alias Baunier, lui aussi envoyé de Saint-Étienne pour réorganiser le Parti à Clermont-Ferrand. Les deux hommes s’étaient déjà côtoyés à Saint-Étienne.

Son nom figurait dans les noms codés trouvés sur un autre militant communiste de la Loire, Frédéric Sauvignet, envoyé dans le Puy-de-Dôme courant 1941. Favre fut mis en cause par un autre militant, à qui il remit à plusieurs reprise des tracts pour les distribuer.
Il fut mis en état d’arrestation le 21 octobre 1941, déféré au parquet militaire dans le cadre de l’enquête à Clermont-Ferrand sur les menées communistes. Il reconnut en avoir effectué le tirage dans la tonne de Pierre Corneloup, de complicité avec Mioche, qui paraît avoir le rôle de responsable technique du secteur. Il déclara après guerre avoir nié tout sauf le tirage des tracts, afin de protéger le propriétaire du local.
Après guerre Favre déplora les imprudences commises alors, qui permirent un coup de filet avec plusieurs dizaines d’arrestations. Il rappela aussi la faiblesse de la formation des cadres de la Résistance, le manque d’informations dont ils disposaient, ce qui concourra à ces arrestations.
Il critiqua aussi sévèrement l’utilisation des “bios”, leur trop grand nombre, le fait qu’elles ne soient pas toujours codées, facilitant les arrestations quand elles étaient découvertes. Il nota aussi à propos de ces bios qu’elles “circulent trop souvent entre les mains de camarades qui ne devraient jamais les voir, parce qu’ils en font parfois un profit personnel.”

Il fut condamné à 15 ans de travaux forcés par la Section spéciale du Tribunal militaire permanent de la 13e Division militaire, le 27 novembre 1941. Il resta à la prison militaire de Clermont-Ferrand jusqu’au 7 décembre 1941 avant d’être transféré à la prison de Bellevue, à Saint-Étienne. Là, il participa à l’organisation politique des prisonniers. Il fut chargé de la Solidarité.
Il fit partie des 32 détenus qui purent s’évader de la prison la nuit du 25 au 26 septembre 1943 après une opération menée par les FTP. Il se cacha en banlieue pendant 3 jours puis à la Ricamarie (Loire). Il fut amené à remplir 3 bios en un mois (octobre 1943) par des personnes différentes (1 syndical, 1 FTPF, 1 Parti). Mais il ne reçut aucune affectation. Il fallut alors que Favre proteste violemment pour que le Commissaire aux effectifs Régional « l’embauche » pour aller remonter le camp Pépin dans les monts du Forez, qu’il appelle le "plateau de Gourgon". Ce camp avait été dispersé par une attaque de GMR, un mois auparavant. Il fut chef du Camp Pépin de décembre 1943 à mars 1944.

Puis il rejoignit les maquis de l’Allier le 16 mars 1944. Il semble qu’il fasse partie de l’État-Major départemental FTP de l’Allier dès sa création (15 juin 1943) en qualité de commissaire aux effectifs régional (CER), une responsabilité plus politique que militaire ou organisationnelle. Il se présente comme commandant de la 203éme compagnie FTP de la région 2, Allier.
Il organisa et participa à des attaques de convois, des sabotages et diverses actions dans la Loire, le Puy-de-Dôme et l’Allier jusqu’au 15 juin 1944. A cette date, l’état-major FTP inter-région "A" (Loire, Haute-Loire, Allier, Puy-de-Dôme, Cantal) le nomme Commissaire régional aux effectifs, chef de Bataillon.
Le département fut séparé en 4 secteur et Favre fut responsable, sous le titre de commandant "Vallat", du secteur de Montluçon. Il participa à la libération du département et en particulier de Montluçon, le 26 août 1944. Il donne comme effectifs disponibles 1156 francs(tireurs pour les groupes de villes et 2662 partisans répartis dans 11 camps.
A dater du 2 septembre 1944, il fut adjoint au 1er Bureau de l’état-major FFI de l’Allier puis à dater du 14 novembre il fut chargé de l’organisation et l’administration de l’école des cadres de Châtel-Guyon (Puy-de-Dôme). Il suivit ensuite un stage au CPOS de Castres (Tarn) puis fut affecté au COI 113, caserne Assac à Clermont-Ferrand. Il a été démobilisé le 28 août 1945.
Son dossier de résistant le présente comme un officier d’élite, d’une très haute conscience professionnelle, travailleur acharné, ayant obtenu un rendement parfait de ses hommes, très aimé et respecté de ses subordonnés et camarades, excellent organisateur, cheville de l’état-major département FTP. Dans un département où le rassemblement des courants de résistance au sein des FFI fut difficile et tardif, il est indiqué que "par sa largeur de vue et sa compréhension, a grandement aidé constitution de l’état-major de l’Allier FFI."
Il fut homologué FFI avec une durée de services allant du 26 septembre 1943 au 6 septembre 1944. Il fut homologué capitaine à compter du 31 janvier 1945 et intégré lieutenant le 1er juin 1945.

Après guerre il vécut à Saint-Étienne et devint directeur de Société Coopérative d’Alimentation des Travailleurs du Sous-sol (la SCATS). Créée à Albertville en Savoie, la SCATS choisit Saint-Étienne pour installer son siège et son entrepôt central à partir de mars 1944. Dorénavant, Jean Favre n’occupe plus aucune responsabilité au sein du PCF ou de la CGT. Il fut néanmoins considéré par la direction départementale du PCF en 1950 comme “un excellent réalisateur et un militant intègre et dévoué”.
Il fut adhérent au syndicat de l’alimentation. Il resta un militant de toujours du Parti communiste et adhéra à la FNDIRP.
Jean Favre décéda le 7 septembre 1991 à Saint-Priest-en-Jarez (Loire).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article190414, notice FAVRE Jean, François [pseudonymes dans la résistance : Vallat, Étienne, Bouchet, Vaudrin, Berthier] par Eric Panthou, version mise en ligne le 13 mars 2017, dernière modification le 23 décembre 2018.

Par Eric Panthou

Jean FAVRE
Jean FAVRE
Portrait de Jean Favre

SOURCES : SHD Vincennes, dossier de résistant de Jean Favre : GR 16 P 218904 .— Questionnaire biographique de Jean Favre, 10 mars 1949 (archives du Comité national du PCF) . — Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296W100 : Rapport du commissaire de Police Judiciaire Pigeon à Monsieur le Commissaire divisionnaire Chef de la 2éme Section à l’Inspection Générale des Services de Police Judiciaire, le 13 octobre 1941. — Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296W100 : Note, Vichy, le 26 octobre 1941. — Arch. dép. du Puy-de-Dôme : Déposition Louis Guista, employeur de Jean Favre à Clermont-Ferrand, 31/10/41. — Acte d’accusation de Joseph Ramier et Louis Cuoq, Section spéciale du Tribunal militaire permanent de la 13éme Division militaire, séant à Clermont-Ferrand, 22 janvier 1942 (archives privées Roger Champrobert) .— Daniel Colson, « Les aciéries de Saint-Étienne et les accords de 1936. Grille de qualification et émergence du social dans l’entreprise », dans Yves Cohen et Rémi Baudouï (éd.), Les chantiers de la paix sociale (1900-1940), Fontenay-aux-Roses, ENS Éditions, 1995, p. 311-328 . — Joseph Sanguedolce, Résistance : de Saint-Étienne à Dachau, Paris, éditions sociales, 1973 .— Henri-Férréol Billy, Le camp FTP Casanova, http://histoire-et-genealogie.over-blog.com/2016/07/le-camp-ftp-casanova-partie-1.html : Notice sur JABEAUDON Georges, Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l’Allier, http://www.afmd-allier.com/PBCPPlayer.asp?ID=944506 . — état-civil.

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