BERTHAUD Marcelle (Alouette, Églantine)

Par Jean-Paul Salles

Née 23 septembre 1918 à Lyon (Rhône), morte à La Rochelle (Charente-Maritime) le 12 janvier 2013 ; institutrice, militante du SNI et de l’ÉÉ ; membre des Faucons rouges d’octobre 1934 jusqu’à la guerre ; secrétaire administrative de la SFIO du Rhône de 1944 à 1947. Militante de la LC/ LCR/NPA de 1972 à sa mort ; candidate aux élections législatives de 1973 à La Rochelle-île de Ré.

Née à Lyon, Marcelle Berthaud est morte à La Rochelle à 95 ans. Elle était la fille de Joanny Berthaud, charpentier en fer, accidenté du travail en 1908. De nouveau blessé en 1915 dans l’usine où il était mobilisé, il fut après la guerre un des fondateurs et le trésorier national du mouvement "Les Mutilés et Invalides du Travail". Il était de sensibilité anarchiste puis socialiste de gauche. Son frère Gabriel, typographe, né en 1912, était socialiste, initiateur du groupe Faucons rouges à Lyon en 1934. Marcelle, élève à l’École Primaire Supérieure, adhéra en octobre 1934 à ce groupe d’enfants, mixte, ce qui était rare à l’époque. Munie du Brevet supérieur, elle commença à enseigner comme institutrice suppléante en octobre 1937 à Oullins (Rhône) dans un cours préparatoire de 60 élèves. Pendant la guerre, anti-nazie mais pas anti-allemande, encore moins anti-boche, elle n’eut pas l’occasion de faire de la résistance, n’ayant rencontré de résistants qu’à la fin de la guerre. De 1944 à 1947, elle prit un congé pour convenances personnelles, ce qui lui permit d’être secrétaire administrative à la fédération SFIO du Rhône. À partir de janvier 1947, elle travailla à la Maison d’enfants de l’Entraide française, dirigée par Jacques Lacapère, responsable du Mouvement de l’Enfance ouvrière (MEO) lié aux Faucons rouges et à la IIe Internationale. On y pratiquait une pédagogie différente, avec égalité entre garçons et filles, petits et grands, autodiscipline.
Elle redevint institutrice à la rentrée 1950, affectée dans un village de l’Ain. Mariée en 1951 avec un homme qui se révéla alcoolique et violent, elle lui échappa en 1965, grâce au poste que lui trouva Jacques Lacapère aux Brises Marines à Ars-en-Ré. C’était une maison qui accueillait les enfants à problèmes, surtout familiaux. Y étaient pratiquées des méthodes actives, avec l’approbation des Inspecteurs de l’Éducation nationale. Elle se voyait plus comme « accompagnatrice » que comme « enseignante », n’hésitant pas à expliquer aux élèves comment on faisait les enfants, ce qui lui valut quelques problèmes avec le Maire de la commune. Militante de l’École Moderne (Méthode Freinet) et de l’École Émancipée (ÉÉ), elle contribua localement à la création et à l’animation de ces deux regroupements. Le mouvement de Mai 68 eut même un écho et des partisans à l’île de Ré non encore reliée au continent par un pont. C’est à ce moment-là que Marcelle rencontra d’autres instituteurs « gauchistes ». L’un d’eux faisait l’aller et retour quotidien à La Rochelle par le bac et rapportait les informations.
Après Mai 68, elle milita au Mouvement mondialiste anti-impérialiste (MMAI), créé et animé par Raymonde Étienne, bientôt militante du PC. Elle connut Rouge et la Ligue communiste (LC) lors des élections présidentielles de 1969. La candidature Krivine a eu un grand impact sur elle. Après avoir contribué à créer le Secours Rouge en Charente-Maritime, avec quelques ami(e)s instituteur(trice)s, ils décidaient de créer la Ligue communiste dans ce département. Elle fut la candidate de la Ligue aux élections législatives de 1973, avec André Durand, lui aussi instituteur, comme suppléant. Elle ne fera pas un meilleur score que les 91 autres candidats de la Ligue, à savoir moins de 1% des voix, mais Alain Krivine fit salle comble à La Rochelle et la cellule grossit, du fait de l’adhésion notamment de nouveaux instituteurs, Catherine Bourgeois, Jean-Paul Gardré, Suzanne Tallard (aujourd’hui au PS, députée de la 2e circonscription de Charente-Maritime de 2012 à 2017).
Toujours passionnée par l’international, Marcelle Berthaud milita au Comité Chili après le coup d’État de Pinochet et fut active dans la campagne pour la libération de Hugo Blanco, le leader péruvien, membre de la IVe Internationale. Elle noua avec lui des liens étroits. En 1984, elle fit partie d’une brigade de solidarité au Nicaragua sandiniste.
Bien qu’ayant pris tardivement conscience du problème des femmes, comme elle le dit elle-même, elle s’engagea dans la création du MLAC et d’un groupe femmes à La Rochelle. De même, particulièrement concernée par le problème des femmes battues, elle se mobilisa pour qu’un hébergement d’urgence leur soit offert. Le Secrétariat d’État à la condition féminine et la Mairie, dirigée par Michel Crépeau, ont pris le relais et dans les années 80 à La Rochelle, information et accueil étaient offerts aux femmes en difficulté dans le cadre du Centre d’Information des Femmes (CIDF). Elle mit également beaucoup de temps, toujours de son propre aveu, à s’informer sur l’homosexualité : « Moi, j’avais 40 ans quand j’ai appris que l’homosexualité existait ». C’est grâce à ses camarades de la LCR, Philippe Pignarre notamment, qu’elle fut informée. Elle participa à plusieurs manifestations parisiennes peu avant la victoire de François Mitterrand en 1981. Ayant vécu l’expérience catastrophique, disait-elle, d’un mari alcoolique, le puritanisme des Faucons rouges par rapport à l’alcool et au tabac lui convenait, et elle s’y est tenue jusqu’à ses derniers jours.
Elle s’est impliquée également dans la construction de l’organisation de jeunesse de la LCR, les Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR). À partir de 1979, elle a accueilli pendant 5 ans les stages d’été des JCR dans sa maison située à Luay, un hameau du village aunisien de Genouillé. Les stagiaires arrivaient à la gare de Surgères et étaient ensuite acheminés en voiture jusqu’à Luay. La maison était sommairement équipée, les jeunes militant(e)s s’organisaient collectivement, alternant tâches d’intendance et exposés politiques. Marcelle Berthaud n’ayant pas d’enfants, elle a légué cette maison à la LCR, plus précisément à une société civile immobilière baptisée Les Alouettes. Elle en a gardé la jouissance jusqu’à sa mort, des militant(e)s parisien(ne)s y venant passer des vacances. Bien que provinciale, c’était une figure très connue et estimée par de nombreux(ses) militant(e)s de la LCR. Un message d’Alain Krivine fut lu lors de sa crémation.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article189831, notice BERTHAUD Marcelle (Alouette, Églantine) par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 22 février 2017, dernière modification le 23 février 2017.

Par Jean-Paul Salles

SOURCES : Archives Départementales de Charente-Maritime, fonds Jean-Paul Salles 176 AJ, notamment la collection d’ ÉÉ 17, revue du Groupe départemental de l’École Émancipée. — Vincent Boucault, « Alouette » révolutionnaire perpétuelle », quotidien La France (La Nouvelle République), 26 mars 1988. — « Alouette fêtait ses 70 printemps », Rouge, n° 1325, 20-26 octobre 1988. — Ségolène Bendada, La solidarité internationale à La Rochelle de 1961 à 1995, Université de La Rochelle, Maîtrise, 2001. -Pierrick Cariou, La Ligue communiste révolutionnaire en Charente-Maritime dans les années 1970, Université de La Rochelle, Maîtrise, 2003. — Jessica Lathus, Féminisme et LCR de 1968 à 1978, Université de La Rochelle, Maîtrise, 2004. — Jean-Paul Salles, « La Rochelle et la Charente-Maritime en Mai 68 », revue Écrits d’Ouest, n° 14, 2006. -Entretiens réalisés avec Marcelle Berthaud par Pierrick Cariou et Jean-Paul Salles les 16 novembre 1999 et 26 juin 2001, in J.-P. Salles, La Ligue communiste révolutionnaire et ses militant(e)s (1968-1981). Étude d’une organisation et d’un milieu militant, Université de Paris I, Thèse de Doctorat, 2004, Tome 3, pp. 569-578. — Paroles d’Alouette, avec M. Berthaud pour ses 90 printemps, DVD réalisé par le Cercle d’Études sociales, Bordeaux, 2007 (film de Bertrand Girard et Jean-Paul Chaumeil). — Philippe Pignarre, "L’Alouette s’est envolée", notice nécrologique, in Tout est à nous, n°179, 24 janvier 2013.

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