CASATI Marc

Par Jacques Dalloz

Né le 8 octobre 1900 à Lyon (Rhône), mort le 19 juin 1986 à Paris (XVIe arr.) ; professeur ; membre du CVIA et du comité central de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) (1935-1940) ; figure de l’anticolonialisme dans les années 1930 ; militant PSU au début des années 1960.

La famille paternelle de Marc Casati était d’origine italienne (région de Côme). De religion protestante, titulaire du baccalauréat, le père de Marc Casati se lança dans les affaires. Il n’y connut pas la réussite. Après des études lyonnaises, Marc Casati devint agrégé d’histoire en 1925. Il fut en poste successivement à Constantine (1924-1925), à Guéret (1925-1927), à Tournon (1927-1928), à Grenoble (1928-1929) avant d’être nommé en Indochine. Professeur au lycée Chasseloup-Laubat de Saïgon de 1929 à 1933, il s’y fit remarquer par son militantisme syndical et politique. Élu président des fonctionnaires français de Cochinchine, il défendit activement les droits de ses mandants en un temps où le mécontentement était vif du fait des réductions de traitements opérées en 1931. Casati commit des articles anticolonialistes et milita au sein de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme qu’il allait représenter au congrès national de 1933. Cette même année, il mena à la victoire une liste de gauche aux élections municipales de Saïgon. Cet activisme n’était pas apprécié du gouverneur général (« la place de tels fonctionnaires, perpétuels contempteurs systématiques de l’autorité française, quelle que soit cette autorité, n’est pas en Indochine »). Il fut muté d’office en métropole. Ainsi, son élection comme maire de Saïgon ne fut que symbolique. À son retour d’Extrême-Orient, Casati contacta différents hommes politiques pour leur faire comprendre le problème indochinois. De tous, c’est Doriot* qui lui sembla avoir la meilleure perception des questions coloniales. Casati fut nommé à Beauvais en 1934, puis en 1935 à Paris, au lycée Janson-de-Sailly. Dès son arrivée en France, il appartint à la Ligue de la Paix, avec Marc Sangnier, Robert Jospin et Valois. Il participa désormais surtout à la direction de la Ligue des droits de l’Homme comme à celle du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA).
Marc Casati fut élu membre non-résident du comité central de 1935 à 1940, étant le dernier entrant par ordre d’élection au congrès de 1935. Au congrès suivant de la Ligue en 1936, délégué de la section de Dakar, il intervint pour que le complément de la résolution du congrès condamne la colonisation comme « un attentat aux droits de l’homme ». Il soutint ensuite les positions pacifistes qui le situaient dans la minorité de la Ligue, signant par exemple dans les Feuilles libres du 25 janvier l’Appel à la Ligue des droits de l’Homme, initié par Léon Émery* et co-signé par douze membres du comité central (Félicien Challaye*, Georges Michon*, Gaston Bergery*, Francis Delaisi*, André Philip*, Georges Pioch*, Magdeleine Paz*, René Gérin*, Marc Casati, Julien Barthélemy, Élie Reynier*, René Château*) et par des militants de la paix de province (Lucien Cancouët*, Arthur Goldschild*, Goudchaux-Brunschvig, Michel Alexandre*, Maurice Weber, Robert Morel, Henri Cerclier*, Marcel Mercier et Jean Bouvet). Mais, s’il s’associa à la demande de condamnation des procès de Moscou avec les minoritaires, il ne démissionna pas de ses responsabilités en 1937, comme le firent Gaston Bergery, Félicien Challaye, Léon Émery, Georges Michon, Magdeleine Paz*, Élie Reynier et Georges Pioch*. Au congrès de 1937, il s’en expliqua en disant, selon le rapport de congrès : « Je tiens à être là le jour où, avant la guerre ou après la guerre, on nous demandera de faire l’union sacrée, pour qu’il y ait au moins un membre du comité central qui se refuse à le faire. »
Son influence fut plus notable dans le CVIA pour lequel il rédigea La France en face du problème colonial qui parut en 1936, cosigné par les trois dirigeants du comité (Alain, Rivet, Langevin). Solidement charpenté, l’opuscule exposait clairement l’histoire de la colonisation française et les structures de l’empire. La troisième partie proposait au Front populaire un programme et un calendrier. Il fallait commencer par une amnistie politique et l’octroi des grandes libertés démocratiques. Puis une commission se réunirait, composée de parlementaires, de chefs des partis réformateurs et de représentants qualifiés des peuples coloniaux. Étudiant tous les aspects de la question, cette commission proposerait une série de réformes. La politique coloniale du Front populaire déçut Casati. Dès le 27 janvier 1937, il s’inquiétait auprès du ministre Moutet : le programme colonial du Front populaire se réduisait à la constitution d’une commission d’enquête parlementaire ; or, celle-ci n’était même pas réunie ; Casati demanda une politique résolument novatrice, en particulier pour l’Indochine et l’Afrique du Nord où la situation imposait des décisions rapides. Casati avait fait entériner les termes de cette lettre par le CVIA. Le 27 octobre 1937, le bureau de celui-ci adoptait une motion Casati protestant contre la répression au Maroc (« la raison essentielle de l’agitation est que les promesses faites n’ont pas été tenues et que les réformes profondes attendues par les populations coloniales n’ont pas été faites »). Au sein du CVIA, Casati se montrait très actif. Il participait régulièrement aux réunions du bureau, y assurait certaines fonctions de secrétariat. Il représenta le CVIA au « Congrès contre la guerre, le fascisme et l’impérialisme » qui se tint à Bruxelles du 31 octobre au 2 novembre 1936. Il fit des tournées de propagande en province. Le CVIA ayant reçu un temps d’antenne, Casati fut le premier à parler en son nom à la radio. Le 27 janvier 1937, il intervenait sur le thème « les intellectuels et le fascisme » (« nous espérons que tous les intellectuels seront groupés dans leurs syndicats à l’intérieur de la CGT »). À plusieurs reprises, il prit position sur la guerre civile espagnole. En 1936 il approuva la politique de non-intervention menée par Blum. En juillet 1937, le CVIA se divisa sur la question de la paix par la médiation. Casati s’opposa à cette dernière et polémiqua sur ce sujet avec Michel Alexandre. À la veille du conflit mondial, Casati concentra son activité militante sur la sauvegarde de la paix et sur la critique des injustices coloniales. En mars 1939, il fut un des fondateurs du Bureau de défense des peuples colonisés. En juillet, celui-ci protesta contre la répression menée à Saïgon, dénonçant notamment l’arrestation de gérants de journaux. À son retour d’Indochine, Casati s’était marié à une demoiselle Jahan, de six ans sa cadette, fille d’enseignant et sévrienne. Professeur de lettres, son épouse était l’auteur d’une grammaire. Casati lui-même avait du goût pour la littérature. Le couple fréquentait intellectuels et écrivains.
Jusqu’au bout, il tint un discours pacifiste. En juillet 1939, lors de la dernière réunion de la LDH à Mulhouse six semaines avant la déclaration de guerre, il appelait à une politique de « fermeté pour la paix » : « Ce n’est pas en préparant la guerre qu’on sauvera la paix. On nous propose une politique d’alliances, de blocs qui mènera fatalement à la guerre. On critique la politique de Daladier ; si le chef de gouvernement était Blum ou Thorez, on aurait une politique de fermeté qui mènerait encore plus sûrement à la guerre (Mouvements de réprobation). Dans cette guerre des impérialismes, les travailleurs ont tout à perdre et rien à gagner. Nous ne voulons pas mourir pour Dantzig, nous ne voulons pas nous battre pour Djibouti et défendre l’impérialisme français contre l’impérialisme italien ; nous ne voulons pas nous battre pour les jetons de présence des administrateurs de Suez. On préconise l’alliance russe qui, avant-guerre, nous a déjà menés au désastre et nous y mènera sûrement encore. La paix ne sera préservée que par des concessions (Mouvements violents, la fin de l’intervention se perd dans le bruit). » Il aurait été franc-maçon.
Incorporé au début du conflit mondial, Casati ne resta pas longtemps dans l’armée. Sa myopie le fit réformer. Il fut durement affecté par la mort de sa femme au début de l’occupation. Le couple n’avait pas d’enfant. Tout en poursuivant son enseignement à Janson, Casati participa à des activités de résistance. Nommé proviseur au lycée de garçons de Troyes, il fut membre du Comité départemental de Libération clandestin de la Marne au titre des personnalités. C’est sans doute là qu’il se lia avec le futur inspecteur général d’histoire-géographie Louis François. Casati refusa, semble-t-il, d’être un préfet de la Libération. Sous la IVe République l’engagement politique de Casati fut discret. On le vit par exemple, en 1947, apporter un appui financier à l’association France-Vietnam. Hostile à la poursuite de la guerre d’Algérie comme au retour au pouvoir du général de Gaulle, Casati adhéra en 1958 à l’UGS. Ensuite membre du PSU, il participa à quelques campagnes électorales dans le XVIe arrondissement. Jusqu’à la fin de sa carrière, il continua d’enseigner à Janson. Depuis 1953, il professait en classes préparatoires. Il prit sa retraite en 1965, mais resta attaché au lycée encore quatre ans comme contractuel. Casati passa ses derniers mois à Sainte-Perrine, hôpital de long séjour situé dans son arrondissement, où il mourut.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18880, notice CASATI Marc par Jacques Dalloz, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Jacques Dalloz

ŒUVRE : La France face au problème colonial, CVIA, 1936.

SOURCES : Arch. Nat., Z6/1917, scellé 331. — BDIC, Fonds LDH, F Rés. 798/19 : Mulhouse. — Arch. Alice Kahn. — Arch. du Grand-Orient de France. — Cahiers des droits de l’Homme, 25 mars 1935, 10 mai 1936, 1er mai 1939. — Nicole Racine-Furland, « Le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (1934-1939). Antifascisme et pacifisme », dans Le mouvement social, n° 101, octobre-décembre 1977, p. 87-113. — Wendy Ellen Perry, Remembering Dreyfus : The Ligue des droits de l’Homme and the Making of the Modern French Human Rights Movement, thèse de l’Université de Nord-Caroline, 1998 — Emmanuel Naquet, La Ligue des droits de l’Homme : une association en politique (1898-1940), thèse d’histoire, IEP de Paris, 2005. — Fichier des adhérents de l’UGS. — Notes de Gilles Morin.

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