CARTIER Marcel

Par Gilles Vergnon

Né le 24 août 1894 à Ardentes (Indre), mort le 1er août 1965 à Ville-d’Avray (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) ; professeur agrégé de philosophie ; secrétaire de la fédération de la Drôme du Parti socialiste SFIO (janvier 1934-septembre 1935, novembre 1945-août 1947) ; député de la Drôme (1947-1958).

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

Issu d’une famille aisée (le père, René Cartier, était médecin et fils de médecin, et la mère, Gabrielle Périgaud, sans profession à son mariage, était fille d’un ouvrier mégissier devenu patron d’une entreprise de cuirs et peaux), catholique pratiquante mais laïque, Marcel Cartier suivit un cursus scolaire classique : études secondaires au lycée de Châteauroux, où il reçut l’enseignement de Jacques Chevallier qui lui donna le goût de la philosophie, puis études universitaires à Paris (licence de philosophie en 1914), où il reçut l’enseignement d’Alain dans la khâgne du Lycée Henri-IV. Abonné à L’Humanité, le jeune Marcel Cartier suivit les discours de Jaurès à la Chambre des députés. Mobilisé en 1915, il termina la guerre avec le grade de lieutenant et la Croix de guerre. C’est en Alsace, où il a été nommé professeur (Sarreguemines, Colmar, Saverne), qu’il rencontra son épouse, professeur d’italien, Laure Poletti. Mariés en 1922, ils eurent trois enfants.

Cartier adhéra à la SFIO et passa l’agrégation en 1926. Après un bref retour au lycée de Châteauroux (1927-1929), il enseigna au lycée de Tournon (Ardèche) de 1929 à 1937, puis au lycée Émile-Loubet de Valence de 1937 à 1940. Sa vie politique se confondit désormais avec celle de la fédération SFIO de la Drôme, dont il fut l’un des cadres les plus actifs, pendant près de trente ans. Il milita aussi à la Ligue des droits de l’Homme, et se vit confier le secrétariat de la section drômoise de la Fédération confédérée de l’enseignement, constituée dans la Drôme, le 16 juin 1932.

Proche alors de la « Bataille socialiste », Marcel Cartier, délégué aux congrès nationaux de Paris (juillet 1933) et Toulouse (mai 1934), élu secrétaire fédéral en janvier 1934 (il y resta une année), s’engagea vigoureusement au côté des « planistes », faisant adopter par la fédération, en accord avec Jules Moch*, une motion entièrement calquée sur le texte du « plan du travail » belge d’Henri De Man. Après Munich, dans les débats sur la politique extérieure du socialisme, tandis qu’à la Fédération de la Drôme Marius Moutet défendait la thèse de Léon Blum*, Marcel Cartier, selon une expression de Jules Moch, « mit au profit de celle de Paul Faure les trésors d’une dialectique doctrinale aiguisée » et, à la veille du congrès national de Nantes, il fut suivi par la majorité, dans sa Fédération. Pacifiste, il fut délégué fédéral de la motion Redressement en février 1939.

Déplacé d’autorité à Digne en décembre 1940, il enseigna dans le lycée de cette ville. Il fut inquiété après une manifestation qui eut lieu le premier mai 1942. Son fils fut incarcéré et il fut révoqué lui-même sur dénonciation de quelques élèves pour « antipétainisme ». Arrêté à deux reprises, il fut interné par les Allemands. Il participa, modestement semble-t-il, du fait de la surveillance que lui valait sa notoriété, à la résistance dans les Hautes-Alpes. Il appartint au comité local de Libération de Digne et présida sa commission d’épuration.

Réintégré, il reprit son poste au lycée de Valence en décembre 1944 et sa place à la fédération socialiste. Responsable à la propagande au bureau fédéral, il remplaça en novembre 1945 Louis Bouchier* aux fonctions de secrétaire fédéral. Il incarnait alors avec fermeté l’orientation nationale de la SFIO, méfiance vis-à-vis des communistes et liquidation des « comités d’entente » prônés par ceux-ci, tout en ne cachant pas ses réticences devant l’alliance avec le MRP, difficile à défendre dans « un vieux département anticlérical » (lettre à Daniel Mayer, 1er février 1946).

Candidat en deuxième position sur la liste socialiste derrière Marius Moutet en octobre 1945, juin et novembre 1946, après que celui-ci ait été élu au Conseil de la République, Cartier conduisit la liste socialiste aux législatives partielles de mars 1947. Il fut alors élu député, puis réélu en 1951 et 1956. Il appartint aux commissions de l’Éducation nationale et des affaires économiques.

Cartier céda son poste de secrétaire fédéral à Expert* en août 1947, mais appartenait au bureau fédéral en 1951. Il participa à la rédaction du rapport de la délégation française à la conférence des Partis socialistes ayant accepté le principe de l’aide américaine en mars 1948.

Dans la vie interne de la SFIO, Cartier prit position en 1954 contre la CED, avec la majorité de sa fédération, et prononça au congrès extraordinaire du 23 mai 1954 un rapport contre la construction d’une « petite Europe » qui entérinerait la division de l’Allemagne : la motion contre la CED, appuyée par Marius Moutet* et Maurice Pic*, était approuvée par 56 voix contre une et deux abstentions. La fédération de la Drôme se prononça aussi, entre autres à son initiative, contre les sanctions et rejeta ainsi, pour la première fois, en juin 1954, le rapport d’activité national par 31 voix contre 3 et 6 abstentions.

Marcel Cartier, qui était proche des minoritaires de la tendance Depreux-Verdier opposée à la politique de Guy Mollet* et Robert Lacoste* en Algérie, fut indiscipliné dans le vote étendant les pouvoirs spéciaux en Algérie le 20 juillet 1957. Il versait une cotisation régulière au Comité socialiste d’études et d’action pour la paix en Algérie en 1957. Il s’opposa au retour du général de Gaulle et à la constitution de la Ve République. Il fit partie des cinquante députés qui rejetèrent le 1er juin 1958 l’investiture du général, et, au congrès fédéral du 7 septembre, il s’opposa à Marius Moutet recommandant l’adoption du projet de constitution. Mais il n’obtint alors que 8 mandats contre 59.

Sympathisant du PSA, il ne rejoignit pas ses rangs, malgré de nombreuses sollicitations (lettres d’Édouard Depreux, Alix Berthet), du fait des premières atteintes de la maladie qui l’emportera. La Volonté Socialiste du 10 janvier 1959 annonça son « retrait de la vie publique pour état de santé » et rendit hommage sous la plume d’O. Vergne (Louis Bonhomme) à son « intransigeance » et sa « clairvoyance ».

Doté, selon les Renseignements généraux, d’une réputation de « probité totale », Marcel Cartier fut souvent, dans son propre parti, accusé d’un « sectarisme » qui ne semble pas avoir été autre chose qu’une grande intransigeance républicaine. Il fut l’auteur de très nombreux articles dans La Volonté socialiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18846, notice CARTIER Marcel par Gilles Vergnon, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 6 juin 2010.

Par Gilles Vergnon

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Nat., F7/15503, n° 4379 ; 72 AJ/95 ; F/1cII/108/A. — Arch. Dép. Drôme, 518 W 169 ; 176, 192. — Arch. fédération de la Drôme du PS. — Arch. André Seurat. — Arch. D. Mayer, 3 MA 28. — Arch. OURS, correspondance avec les fédérations. — « Hommage à Marcel Cartier », Bulletin de l’amicale des anciens élèves du lycée de Châteauroux, 1966. — La Volonté socialiste (1933-1940 et 1944-1959). — Notice DBMOF, par Roger Pierre. — Lettre et documents de Laure Caumont-Cartier, 17 décembre 1996. — Notes de Gilles Morin.

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