BACUVIER Léonce, Jules, Joseph, Ildephonse

Par Jacques Girault

Né le 7 mars 1900 à Hombleux (Somme), mort le 30 juillet 1963 à Caen (Calvados) ; professeur puis proviseur ; militant syndicaliste.

Fils d’un employé des contributions indirectes, Léonce Bacuvier, dont la famille habitait Caen, fut bachelier en 1917. Élève de l’École normale supérieure (1919-1923) dans la section scientifique, après quatre mois de service militaire, il fut reçu à l’agrégation de physique (1923).

Professeur au lycée d’Amiens (Somme, 1924-1928), Bacuvier devint censeur aux lycées de Troyes (Aube, 1928-1930) puis de Montpellier (Hérault, 1930-1931). Il obtint un poste de proviseur aux lycées de Charleville (Ardennes, 1931-1933) puis de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, octobre 1933- novembre 1933). Mais il avait demandé à intégrer un poste de professeur en raison des ennuis rencontrés à Charleville. Les heurts avec l’Inspecteur d’Académie lui donnaient le sentiment qu’il était inapte pour des responsabilités administratives. Il reprit un poste de professeur aux lycées de Carcassonne (Aude, 1933- 1934), Buffon à Paris (1934-1936) puis Louis-le-Grand (1936-1937). Son tempérament se révélait dans les vœux exprimés lors d’une inspection en 1936 : il souhaitait "Ne plus remplir de notice. Ne pas être proposé pour les palmes académiques".

L’inspecteur général l’encouragea à revenir à l’administration. Léonce Bacuvier fut nommé proviseur au lycée de Châteauroux (Indre) en octobre 1937 avant d’être muté, le mois suivant, au lycée de Douai, malgré une intervention du député-maire socialiste Louis Deschizeaux, qui évoquait les désirs des professeurs et des parents d’élèves pour qu’il soit maintenu. Dans sa lettre au ministre, Bacuvier se félicitait des manifestations de sympathie de l’amicale et du syndicat des professeurs de l’établissement qu’il quittait. Il gagna Douai. Pourtant l’inspecteur d’Académie ne tarda pas à le critiquer, dénonçant sa tendance "dans des notes par trop cavalières de faire la leçon à l’administration académique ou même l’administration centrale".

Mobilisé le 26 août 1939 dans les transmissions, Léonce Bacuvier participa aux combats en mai-juin 1940. Fait prisonnier, interné au camp de Leuzigen en Suisse (21 juin 1940-4 février 1941), démobilisé le 5 février 1941, il fut rapatrié. Le 1er avril 1941, l’autorité allemande refusa de le voir regagner Douai. Aucun poste de proviseur n’étant vacant, il reprit un poste de professeur de physique au lycée Voltaire à Paris (mai 1941-septembre 1941) puis un poste de proviseur au lycée Faidherbe à Lille (Nord, octobre 1941-1948). Ce lycée était occupé par les troupes allemandes alors qu’il y avait une centaine d’élèves internes pour préparer les grandes écoles et le métier d’instituteur. Le Préfet du Nord, dans son rapport, le 28 novembre 1942, vantait la tenue parfaite du lycée, alors que Bacuvier enseignait aux candidats aux grandes écoles militaires (Saint- Cyr, Navale, Polytechnique) et fréquentait régulièrement les responsables de l’Oberfeldkommandantur. Il précisait que « son attitude personnelle à l’égard de la révolution nationale ne donne lieu à aucune remarque défavorable ».

Léonce Bacuvier se maria alors à Tourcoing (Nord) en septembre 1942 avec un professeur de mathématiques. Le couple eut quatre enfants.

A la Libération, Léonce Bacuvier, à la suite d’une accusation devant le Conseil académique d’enquête, passa devant une commission d’épuration et fut "blanchi" le 11 juillet 1945, sa promotion étant seulement retardée. Le procès-verbal indiquait qu’il ne s’était pas rendu « coupable de propagande en faveur du gouvernement de Vichy » et qu’il paraissait, « en toute circonstance, avoir exercé avec correction ses fonctions de proviseur ». Aussi fut-il nommé proviseur en région parisienne pour vouloir « réparer les regrettables erreurs commises à la Libération », selon un inspecteur. Pourtant la nomination de son épouse n’arrivant pas, il resta trois années à Lille avant d’être nommé à la tête du lycée Lakanal à Sceaux (Seine) en octobre 1948.

Léonce Bacuvier, membre actif de l’Amicale générale des proviseurs et directrices des lycées français, de la commission exécutive lors de sa transformation en syndicat des proviseurs et directrices de lycée, adhérent de la Fédération de l’Éducation nationale, fut chargé des fonctions d’ordonnateur secondaire du lycée de Savigny (Seine-et-Oise/Essonne) à partir d’avril 1954. Il entra en conflit avec des parents d’élèves pour avoir protégé un surveillant général qui avait été insulté par un parent. Mais très vite la situation se dégrada et de nombreux parents d’élèves se plaignirent de sa grossièreté. Le manque de places dans les classes primaires augmentait les motifs de heurts. Le ministre constatait ce climat défavorable mais ne pouvait envisager de mutation pour Bacuvier, irréprochable sur le plan administratif, qui se caractérisait par trois qualités essentielles : labeur, franchise, parfaite loyauté. Des parents le soutenaient, mais son esprit parfois très fantasque et pointilleux, les relations assez difficiles avec le personnel et les familles appelaient une décision. Aussi, en juin 1956, après avis de la Commission administrative paritaire, par nécessité de service et sans avancement, était-il nommé proviseur au lycée de Beauvais (Oise). Son épouse, jusqu’alors en disponibilité, retrouvait un poste de professeur certifiée de mathématiques dans cet établissement.

Bacuvier prit sa retraite en 1962 et se retira à Caen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article188388, notice BACUVIER Léonce, Jules, Joseph, Ildephonse par Jacques Girault, version mise en ligne le 6 janvier 2017, dernière modification le 6 janvier 2017.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F17/27917, F17/26865 (dossier Fabre). — Presse syndicale. — Sources orales. — Willemin, (Émilie), Naissance du syndicalisme des personnels de direction des établissements d’enseignement de second degré classique et moderne jusqu’en 1969, Mémoire de maîtrise, Université de Paris 13, 2000.

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