CARRIER Jean-Paul [CARRIER Paul, Eugène, dit]

Par Gilles Morin

Né le 23 mai 1917 à Paris (Ve arr.) ; administrateur d’un bureau de voyage ; résistant ; militant socialiste SFIO de la Seine, fondateur du Parti socialiste autonome, puis militant du PSU.

Jean-Paul Carrier, titulaire du baccalauréat et d’une licence en Droit, résida pratiquement toute sa vie sur la rive gauche de la Seine, entre le XIVe et le Ve arrondissement. Militant socialiste proche des pivertistes, étudiant, il effectua une mission dans l’Espagne Républicaine, avec Colette Audry semble-t-il. En 1940, il fut rédacteur au cabinet du préfet d’Ille-et-Vilaine. Il fut exempté du service militaire le 5 avril 1937 (confirmé le 31 octobre 1939). Il appartint au groupe de pionniers de la Résistance, dit réseau du Musée de l’Homme et fut homologué, après la guerre, membre des Forces françaises libres à partir du 15 septembre 1940 (carte n° 10 544). Arrêté par le SD allemand le 28 février 1941, il subit près d’un an d’emprisonnement, rue des Saussaies, aux prisons de la Santé, du Cherche-Midi et enfin à Fresnes, avant d’être condamné dans le procès du réseau en 1942 à trois ans d’emprisonnement par un tribunal allemand. Transféré à la maison centrale de Clairvaux, il s’évada le 25 juillet 1942. Recruté par Lucie Aubrac*, il reprit aussitôt du service dans le mouvement Libération-Sud, dont il fut chef adjoint de la région lyonnaise, chargé de l’action politique. Il s’évada de France, sur ordre de son réseau, en novembre 1942, fut détenu six mois dans des geôles espagnoles, puis rejoignit la France Libre. Il s’engagea dans les Forces françaises libres à Casablanca le 24 août 1943, puis fut muté dans les rangs du BCRA, devenu la DGSS, puis la DGER, et fut volontaire pour des missions particulièrement dangereuses. Il fut enfin chef de secrétariat particulier du directeur général des Services spéciaux, du 1er juin 1944 au 31 juillet 1945. Pour son action, il fut décoré de la Croix de guerre, de la médaille de la Résistance et fut fait chevalier de la Légion d’honneur.

Après la Libération, Jean-Paul Carrier participa à la campagne d’Allemagne, puis à l’Occupation de celle-ci. Il fut démobilisé le 8 novembre 1945. Il restait un militant de la SFIO à Paris et fut même candidat à la commission exécutive en 1947. Attaché aux cabinets des ministres socialistes de l’Information, Gaston Defferre et Albert Gazier, en 1946-1947, il fut ensuite secrétaire général de l’Information française en Autriche (1947-49). Il était présent à Prague lors de la prise de pouvoir des communistes, participant, avec Guy Mollet*, au transfert des cendres d’Otto Bauer. Par la suite, il travailla dans une société d’import-export, puis ouvrit une agence de voyages à Paris : « Voir et connaître ». Ces activités ne semblent pas avoir été incompatibles avec des rapports discrets avec les Services secrets.

Toujours militant socialiste, Jean-Paul Carrier se montra très vite résolument opposé à la politique algérienne de Guy Mollet et Robert Lacoste. Pour le congrès SFIO de Lille, en juin 1956, il fut signataire d’un texte de militants de la Seine revendiquant ouvertement l’indépendance, avec Maurice Laval*, Baranton* et André Weil-Curiel. Il fut ensuite l’un des initiateurs du Comité socialiste pour la Paix en Algérie, fondé en janvier 1957. La première réunion préparatoire se serait tenue chez lui, selon le témoignage d’Édouard Depreux*. Après le retour au pouvoir du général de Gaulle, favorable à la scission, dans une lettre collective à Daniel Mayer, cosignée notamment par Michel Rocard et Serge Hurtig, il se montrait très critique envers la modération des responsables de la minorité. Lors du congrès SFIO de septembre 1958, lorsque les minoritaires décidèrent de scissionner, il leur apporta l’aide technique de son agence de voyage. C’est dans ses locaux que furent tirées les premières circulaires du Parti socialiste autonome. Il fut élu membre de la première commission administrative permanente (CAP) du PSA en septembre 1958. Il était encore membre du bureau de la fédération de la Seine et de la commission exécutive (CE) de la 14e section de ce parti. Délégué par la fédération de la Seine au congrès du PSA à Montrouge en mai 1959, il se représenta à la CAP, mais fut simplement élu à la délégation permanente du parti. Durant toute cette période, il fut responsable du service d’ordre du PSA avec Alain Savary*.

Jean-Paul Carrier demeura quelques années au Parti socialiste unifié, né de la fusion du PSA, de l’Union de la gauche socialiste et de Tribune du communisme. Il fut membre de la CE de la fédération de la Seine du PSU en 1960, puis membre du secrétariat interfédéral (Paris-Seine-Banlieue), crée au congrès fédéral des 10-11 décembre 1960, responsable à la propagande en juillet 1961 et membre de la commission nationale de propagande du PSU en décembre 1963.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18815, notice CARRIER Jean-Paul [CARRIER Paul, Eugène, dit] par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 20 avril 2015.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. de Vincennes, Bureau Résistance, dossier d’homologation des services, notes de Jean-Claude Carrier. — Arch. Nat., 581 AP, fonds M. Osmin et A. Seurat. — Arch. OURS, dossiers Seine, fonds C. Fuzier. — Daniel Mayer, Les Socialistes dans la Résistance, PUF, 1970, p. 12. — Bulletin intérieur de la Fédération de Paris du PSU, juillet 1961. — Tribune du Socialisme. — Tribune socialiste, 4 février 1961, 24 février 1962. — Bulletin intérieur de la Fédération de Paris du PSU, juillet 1961. — Gilles Morin, L’opposition socialiste à la guerre d’Algérie, de la SFIO au PSU, histoire d’un courant politique (1954-1960), thèse d’histoire, Université de Paris I, 1992. — Entretien avec Jean-Paul Carrier.

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