DISSOUBRAY René [alias DUBREUIL Roland]

Par Daniel Grason

Né le 28 mars 1920 à Sainte-Marguerite-lès-Aumale (actuellement Morienne), arrondissement de Dieppe (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; instituteur, professeur ; résistant ; déporté.

Fils d’Alexandre Dissoubray, ingénieur agricole, et d’Émilienne Cosson, sans profession, René Dissoubray titulaire du CEP et du Brevet supérieur exerçait la profession d’instituteur. De la classe 1940, recrutement de Rouen, il a été mobilisé le 18 juin 1940 au Centre d’Organisation d’armement hippomobile à Angoulême (Charente), puis muté au Groupement 34 à Mézières-en-Braine (Indre). Démobilisé, il habita Rouen, reprit son métier d’instituteur à l’école Jean-Jaurès au Grand-Quevilly.
Il retrouva ou fut contacté par « Pierre Kara » Salomon Tinkelman, une ancienne connaissance de nationalité bulgare de l’Institut de Chimie à Rouen qui habitait dans la ville au 8 rue des Carmes. En juin 1941, René Dissoubray accepta de distribuer des tracts du Parti communiste. Pendant les vacances qu’il passait chez son père à Sainte-Marguerite, il apprenait qu’un membre du groupe également sujet bulgare était arrêté par la police allemande. Par précaution, il demanda un congé pour maladie à l’administration, et quitta Rouen à destination de Paris le 1er novembre 1941 muni d’une fausse carte d’identité fournie par « Pierre Kara ».
Le 10 novembre il fut embauché comme employé de bureau aux Assurances Maritimes 2 rue du 4 septembre à Paris (IIe arr.), il vivait 5 rue Bellier-Dedrouvre à Paris (XIIIe arr.). Par ses sœurs Yvonne et Madeleine il avait le nom d’un camarade à contacter à Paris Léon Marcovici, celui-ci lui présenta Siméon Lernovici. « Pierre Kara » dota René Dissoubray d’une nouvelle fausse carte d’identité française au nom de « Roland Dubreuil ». Il lui proposa d’effectuer un travail de renseignements pour les « Troupes populaires », il accepta.
Le 28 novembre 1942 des policiers de la BS2 interpellaient Siméon Lernovici, Jules Miline et Marceline Gruwier. Siméon Lernovici portait sur lui un télégramme adressé à « Roland Dubreuil », un rendez-vous lui était fixé rue Arago à proximité près de la station de métro Robespierre à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis).
Trois inspecteurs de la BS2 arrêtèrent René Dissoubray à son domicile, les policiers saisissaient différents papiers ayant traits à la propagande éditée par le Parti communiste : le Bulletin d’informations daté du 19 novembre 1942, deux brochures, une photographie d’un nommé José Gomez, un livret militaire au nom de Pierre Desjardins, une carte d’identité et une carte d’assurances sociales au nom de Dubreuil Roland et une carte grise de vélo au nom de Edgar Lefébure. Ce dernier avait été impliqué dans l’initiative du 31 mai 1942 du Parti communiste rue de Buci à Paris (VIe arr.). Il fut arrêté le jour-même, jugé et condamné à mort, il avait été guillotiné le 23 juillet 1942 dans la cour de la prison de la Santé.
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales, tabassé à plusieurs reprises René Dissoubray affirma ignorer la raison du rendez-vous que lui avait fixé Siméon Lernovici.
Incarcéré à la prison de Fresnes, il a été déporté le 28 juillet 1944 au départ de Compiègne à destination de Neuengamme (Allemagne). Le convoi de mille six cents cinquante-deux hommes comprenait trente-neuf « personnalités otages » dont René Dissoubray. Après avoir partagé le sort commun des autres déportés pendant le transport, ils ont été immatriculés dans la même série et furent isolés dans deux Blocks avec leurs vêtements et leurs objets personnels. Ils sont exemptés de travail au camp et dans les Kommandos extérieurs et peuvent se réunir librement. Le 12 avril 1945, les déportés étaient évacués à Theresienstadt, puis le 30 avril à Brezani d’où ils furent libérés le 8 mai 1945.
Le 31 mars 1945 René Dissoubray vint de Rouen et témoigna devant la commission d’épuration de la police. Il reconnut sur photographies les trois inspecteurs qui l’arrêtèrent. Il resta onze jours dans les locaux des Brigades spéciales, il déclara : « J’ai subi plusieurs interrogatoires au sujet de mon activité j’ai été frappé par [Gaston] Barrachin à coups de nerf de bœuf sur les cuisses ». Un autre inspecteur le frappa violemment lors d’un autre interrogatoire.
René Dissoubray porta plainte contre les inspecteurs qui le frappèrent et ceux qui s’étaient rendus coupables de vols : « Il m’a été dérobé des draps, des couvertures, mon appareil de TSF, mon violon, ma bicyclette, mes vêtements, un coupon de tissus destiné à la fabrication d’un costume, tout mon linge de corps, mes chaussures et différents autres objets ». Jugé en octobre 1945, l’inspecteur Gaston Barrachin a été condamné à mort et fusillé.
René Dissoubray a été homologué Déporté interné, résistant et F.F.I. Ses deux sœurs Yvonne et Madeleine participèrent activement à la Résistance.
Il vint habiter 166 rue de la Jarry à Vincennes (Seine, Val-de-Marne), professeur, il s’adressa au Parquet de la Seine, 4e Section Presse en novembre 1967, il faisait part de son intention de publier un périodique ayant pour titre Revue générale de l’enseignement des déficients auditifs qui serait imprimé par l’Institut National des Jeunes Sourds de Paris.
Par décret du 21 avril 2006, René Dissoubray a été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur, et décoré de la Croix de Guerre 1939-1945 avec palme.

Il s’était marié le 14 avril 1949 à Paris (XVe arr.) avec Wita Glanc, dont il divorça en janvier 1954 pour se remarier le 18 septembre 1954 à Paris (Ve arr.) avec Paulette Léonie Potin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article188053, notice DISSOUBRAY René [alias DUBREUIL Roland] par Daniel Grason, version mise en ligne le 16 janvier 2017, dernière modification le 16 janvier 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 112 BS2 carton 20, 1W 0188, KB 8, KB 10. – Bureau Résistance GR 16 P 186614. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’Occupation, Éd. Perrin, 2001. – JO n° 95 du 22 avril 2006. — État civil.

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