CARPENTIER René, Lucien

Par Odette Hardy-Hémery

Né le 2 août 1928 à Sangatte (Pas-de-Calais), mort le 9 mai 1997 à Trith-Saint-Léger (Nord) ; employé de bureau ; militant communiste et syndicaliste du Nord ; maire, conseiller général et député (1990-1997).

Le père de René Carpentier, Henri Adolphe Carpentier, travaillait aux Ciments Lafarge à Sangatte. Il fit trois ans de service militaire en 1911, puis quatre ans de guerre de 1914 à 1918 qui lui valurent six citations, la Croix de guerre et la Médaille militaire. Après 1918, il reprit son travail à la cimenterie Lafarge, fut accidenté à la main droite (amputation de trois doigts), mais continua à travailler dans cette entreprise jusqu’en 1944. La mère de René Carpentier, Albertine Tracot, était mère au foyer et élevait ses neuf enfants ; elle était croyante non pratiquante. Le père n’avait aucune appartenance syndicale ni politique.
René Carpentier, comme ses frères et sœurs, souffrit beaucoup pendant l’Occupation, du fait de la proximité des côtes : il perdit ses plus belles années. Les innombrables alertes l’empêchèrent de faire des études régulières : il ne put passer son certificat d’études. Il fut également très frappé par les souffrances endurées par son père pendant la Première Guerre mondiale et par son frère, Henri Carpentier*, pendant la Seconde. Deux de ses frères, Roger et Claude, firent en outre la guerre d’Algérie.
En février 1944, les Allemands, escomptant le débarquement sur les côtes du Nord, en évacuèrent la population dans la Nièvre. Ce n’est pourtant pas dans cette direction que partit la famille Carpentier, mais à Maing (Nord), près de Valenciennes : l’aîné des frères, Fernand, lors de son service militaire à Cambrai en 1939, avait en effet lié connaissance avec des habitants de cette commune qui les hébergèrent.
En 1945, René Carpentier entra comme lamineur à l’usine de Trith-Saint-Léger (Nord) de la Société métallurgique de l’Escaut, dite Métalescaut. Son frère cadet, Roland, travailla dans la même entreprise, puis entra à Usinor-Valenciennes (usine de Trith-Valenciennes). Dès son entrée à l’usine, René Carpentier se syndiqua à la CGT. En 1953, il fut blessé aux yeux par une projection d’acier en fusion. Ayant un œil brûlé, il fut affecté aux bureaux de Métalescaut et, à la fin de son activité, se trouvait au service commercial. Délégué du personnel, il fut élu au comité d’entreprise de 1956 à 1969.
L’ascension politique de René Carpentier fut rapide. En 1959, le maire de Trith-Saint-Léger, Florent Gilles, souhaitait la présence d’un Carpentier au conseil municipal. Henri Carpentier*, président de la commission des œuvres sociales d’Usinor Trith, refusa. René Carpentier accepta et fut élu la même année conseiller municipal : il était alors sympathisant du Parti communiste. Membre du Mouvement de la paix depuis 1957, il fut envoyé en 1960 à Moscou au congrès mondial de la paix et adhéra en 1961 au Parti communiste. Il devint membre du comité fédéral du Nord en 1966 et fut élu conseiller général du canton de Valenciennes-sud en août 1967. Depuis 1965, il était premier adjoint à Trith-Saint-Léger.
En 1971, il devint maire de Trith-Saint-Léger et le resta jusqu’en 1996, année où il demanda à être remplacé pour raisons de santé. Élie Salengros*, premier adjoint depuis 1977 et conseiller général depuis 1988, lui succéda. René Carpentier fut réélu conseiller général du canton de Valenciennes-sud en 1970, 1976, 1982 et jusqu’en 1988. De 1982 à 1988, il fut vice-président du conseil général à l’environnement et à la qualité de la vie. Administrateur du SIAN et du SIDEN, il siégea de nombreuses années au conseil d’administration de l’agence de l’eau Artois-Picardie. Ses interventions furent très appréciées et, en 1984, il fut élevé au grade de chevalier de l’Ordre national du Mérite pour ses activités en direction de l’environnement. Outre son activité au sein de multiples associations, René Carpentier présida, de 1971 à 1996, le Syndicat intercommunal à vocations multiples (SIVOM) de Trith-Saint-Léger et environs, regroupant quinze communes du canton de Valenciennes-Sud.
Il connut donc une ascension foudroyante de 1959 à 1968, année où il fut député suppléant de la 19e circonscription, d’abord aux côtés d’Henri Fiévez de 1968 à 1973, puis de Gustave Ansart de 1973 à 1990. Il avait à cœur la défense de la population ouvrière et fut présent à toutes les manifestations du Parti communiste. Henri Fiévez déclara publiquement à son sujet, au parc Bayard de Denain : « J’ai toujours eu à tous les moments, sans que je le demande, la présence de René Carpentier. » Mais il est certain qu’il suivit la ligne de Gustave Ansart* qui le forma pendant les dix-sept années de son mandat de député. Gustave Ansart*, militant auparavant dans le secteur de Maubeuge, Louvroil et Haumont, commença à être connu dans le Valenciennois en 1968. Il forma avec René Carpentier une équipe dont le dynamisme, l’esprit d’ouverture et de concertation étaient appréciés de tous. René Carpentier, avec une véritable intelligence des situations, comprit que leurs deux ambitions sociales conjuguées leur permettraient de faire de grandes choses dans toute la circonscription : René Carpentier et Gustave Ansart étaient toujours ensemble à toutes les manifestations, concerts, spectacles, qu’ils ponctuaient d’un discours. La véritable caractéristique de cette équipe fut son ouverture : chacun, quelle que soit son appartenance politique, était reçu, écouté et aidé. Le 21 septembre 1990, après le décès de Gustave Ansart, il devint député de la 19e circonscription jusqu’à la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997. Il continua à travailler dans le même esprit qu’au temps de sa collaboration avec Gustave Ansart.
Homme d’ouverture, il était également très attaché à la culture dont il comprit qu’elle était indispensable à la formation de l’homme. Il développa cette activité dans sa ville dans de multiples directions : création d’un office culturel, d’une médiathèque, développement de l’école de musique et des arts plastiques par le biais de la formation avec des intervenants qualifiés et par des expositions souvent représentatives de l’art contemporain. Par exemple, furent multipliées les expositions « éphémères » pour lesquelles des artistes extérieurs venaient réaliser une œuvre (tapisserie, rocher sur un mur, arbre planté dans le parc du château Alnot) qui ne durait que le temps de l’exposition. L’ensemble fit de Trith-Saint-Léger, à son niveau, une ville avant-gardiste des arts contemporains au sens large. Une collaboration étroite avec le corps enseignant permit de faire réaliser par les élèves de maternelle et de primaire des ateliers de lecture, d’écriture, de peinture, d’arts plastiques, des activités musicales et sportives, en particulier de la natation, dans le cadre des programmes de l’Éducation nationale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18771, notice CARPENTIER René, Lucien par Odette Hardy-Hémery, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Odette Hardy-Hémery

SOURCES : Arch. fédération communiste du Nord. — Renseignements fournis par la municipalité de Trith-Saint-Léger et la famille de l’intéressé. — États civils de Sangatte et de Trith-Saint-Léger.

ICONOGRAPHIE : Fournie par la famille de l’intéressé.

Version imprimable Signaler un complément