CARPENTIER Raphaël, Léon

Par Madeleine Singer

Né le 25 octobre 1929 à Merville (Nord) ; employé mécanographe, permanent syndical, conseiller en formation continue ; membre de la commission administrative de l’UD-CFTC puis CFDT du Nord (1960-1966), conseiller prud’hommes d’Armentières (Nord) de 1961 à 1966, secrétaire de l’Union régionale CFDT chimie (1966-1971).

Raphaël Carpentier
Raphaël Carpentier

Raphaël Carpentier était le second des trois enfants de Raphaël, Henri Carpentier, électricien, qui avait épousé Nathalie, Marguerite Demurrez. Celle-ci était doubleuse dans un tissage d’Armentières qui, à l’époque, comptait de 300 à 400 salariés. Après la naissance de Raphaël, elle devint mère au foyer. Les parents de Raphaël Carpentier étaient tous deux catholiques : le père pratiquant occasionnel, la mère pratiquante régulière. Le père adhéra au Rassemblement du peuple français (RPF), fondé en avril 1947 par le général de Gaulle. Raphaël Carpentier perdit de bonne heure sa mère, tuée en mai 1940 lors d’un bombardement allemand. Aussi fut-il « adopté par la nation » en vertu d’un jugement rendu par le Tribunal civil de Lille (Nord) de juin 1941. Son père, gravement blessé au cours d’un bombardement anglais en 1944, mourut à son tour en 1956. Ses parents ayant quitté Merville, Raphaël Carpentier fréquenta une école primaire privée d’Armentières, l’école Saint-Roch ; il fit sa communion solennelle, obtint le certificat d’études primaires, puis, l’année suivante, un certificat d’études complémentaires. Il poursuivit ses études dans un collège privé d’Armentières, le collège Saint-Charles, et entra à seize ans chez un notaire de la ville, Me Dissaux, où il fut coursier et employé aux écritures. Trois ans plus tard, il fit à Roubaix (Nord) un stage de Formation professionnelle accélérée (FPA) ; il obtint le CAP de menuisier et partit au service militaire en octobre 1949. Secrétaire du bureau de recrutement de Valenciennes (Nord), il fut responsable du Foyer du soldat, siège de l’aumônerie militaire. Ce service militaire dura dix-huit mois car il fut prolongé de trois mois à cause de la guerre qui avait éclaté en juin 1950 entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.
À son retour à Armentières, il fut pendant quatre ans employé mécanographe dans une entreprise textile de la ville, puis passa en 1955, en qualité de technicien de planning, chez Agache, entreprise textile de Pérenchies (Nord). En 1958, il devint permanent, secrétaire général de l’Union locale CFTC d’Armentières. En 1966, il ne garda qu’un mi-temps à cette UL, consacrant l’autre à l’Union régionale chimie CFDT dont il fut permanent à temps complet à partir du 1er janvier 1968. En 1971, il se reclassa dans le monde du travail : d’abord conseiller en formation continue, ensuite chef du service emploi-formation auprès de l’Association interentreprises pour la formation professionnelle dont le siège était dans la Maison des professions, sise d’abord à Roubaix, puis à Marcq-en-Barœul (Nord). Il fut salarié de cet organisme jusqu’à sa retraite en 1991.
Raphaël Carpentier avait épousé en avril 1951 Suzanne, Émilienne Rondelez, dactylo, qui avait été présidente fédérale jociste pour Armentières. Elle quitta son emploi quand, en 1954, ils adoptèrent deux enfants : un garçon qui fut agent de l’Assedic ; une fille qui fut aide-soignante. Le couple, mal logé à Armentières, participa à l’Association de défense des mal-logés de cette ville ; Raphaël Carpentier fut le vice-président de cette Association vers 1960. Lui et sa femme purent enfin, en 1970, faire bâtir une maison à Houplines (Nord).
Raphaël Carpentier avait été louveteau, puis scout. En 1946, il entra à la JOC et devint président fédéral d’Armentières jusqu’à son mariage. Avec sa femme, il milita alors au Mouvement de libération ouvrière (MLO) et vendit dans le quartier le journal Vie populaire. Le MLO ayant une branche familiale, l’Association populaire familiale (APF), ils en firent partie et furent co-responsables du service des machines à laver dans leur quartier Saint-Roch. Toutefois, c’est le syndicalisme qui absorba bien vite toutes les énergies de Raphaël Carpentier. Il avait adhéré à la CFTC dès son premier emploi en 1945. Dix ans plus tard, en arrivant chez Agache à Pérenchies, il fut élu délégué du personnel, membre du comité d’entreprise et du comité central d’entreprise. Il fut en même temps responsable du syndicat ETAM (employés, techniciens, agents de maîtrise) d’Armentières. Quand il devint permanent CFTC le 1er septembre 1958, il ne put évidemment conserver ces fonctions. Il participa alors au soutien et à l’animation des sections syndicales CFTC aussi bien à Bailleul (Nord) qu’à Lestrem (Pas-de-Calais), à Nieppe (Nord) ou à Armentières. Trois ans plus tard, il fut élu conseiller prud’hommes CFTC à Armentières et le resta jusqu’en 1966, tout en étant administrateur du Comité interprofessionnel du logement (CIL) d’Armentières au titre de la CFTC-CFDT. Il représenta en même temps les salariés parmi les membres dirigeants du comité armentièrois d’aide au logement, instance suscitée par le CIL. C’est aussi à cette époque, vers 1967, qu’il se préoccupa de la mise en place d’une allocation d’adoption pour les parents adoptifs, avec l’appui de Maurice Schumann, revenu dans le gouvernement comme ministre d’État, et de Charles Vanhemelrick, administrateur auprès de la Caisse d’allocations familiales d’Armentières.
Le rôle de Raphaël Carpentier s’accrut encore lorsque, le 1er janvier 1968, ayant quitté le secrétariat de l’UL d’Armentières, il se consacra complètement à l’Union régionale chimie CFDT. Il milita pour l’implantation d’un vapocraqueur, procédé de distillation du pétrole qui produit du propylène, du butadiène, etc., matières indispensables à la fabrication d’objets en plastique. En même temps, il soutenait et animait les sections syndicales d’entreprises CFDT dans les diverses usines chimiques de la région : Lesieur et BP à Dunkerque (Nord) par exemple. Il obtint notamment, avec le concours d’Oscar Delache*, que les Féculeries de Lestrem passent de la convention collective agricole à celle de la chimie, ce qui valorisait considérablement les salaires. En 1968 il fut élu membre du conseil et du bureau de la Fédération CFDT des Industries chimiques ; il y siégea jusqu’à son retour à la vie professionnelle en 1971.
Raphaël Carpentier militait aussi sur le plan interprofessionnel. Dès le congrès de l’Union départementale CFTC du Nord, les 18-19 juin 1960, il fit partie du conseil de l’UD, étant l’un des trois membres désignés par l’UL d’Armentières ; il siégea en même temps à la commission administrative car Armentières était l’une des neuf UL les plus importantes qui y étaient représentées de plein droit. Or, la commission administrative se réunissait chaque mois, sauf en juillet-août. Lors de l’assemblée générale de l’UD, le 27 mai 1961, il fut le rapporteur de la commission économique. À partir du congrès de 1966, il se contenta de siéger au conseil car le secrétariat régional de la chimie lui donnait beaucoup de travail. Mais il resta l’un des deux secrétaires de la commission économique de l’UD et prit à ce titre la parole lors du congrès des 29-30 octobre 1966. Lors de l’assemblée générale de l’UD des 28-29 octobre 1967, il fut le rapporteur de la commission consacrée aux « problèmes économiques de l’emploi ». Il fut président de la commission des jeunes de l’UD et organisa pour eux des voyages en Allemagne et en Italie. Membre également de la commission de formation de l’UD, il anima des sessions de formation : Écoles normales ouvrières (ENO), etc. Enfin, lorsque l’assemblée générale de l’UD, le 19 avril 1970, prépara le congrès confédéral, il présida l’un des trois groupes de travail consacrés à la stratégie CFDT : « contexte et objectifs à court et moyen terme ». Par ailleurs, dans les années 1965-1970, il fut l’un des secrétaires de l’Union des syndicats CFDT de la métropole, puisqu’il était membre du comité d’expansion de la Métropole Nord, c’est-à-dire d’un groupe de réflexion qui contribua au lancement de la Communauté urbaine de Lille.
Son retour à la vie professionnelle en 1971 modifia évidemment ses responsabilités. Raphaël Carpentier resta adhérent à la CFDT en s’affiliant au syndicat régional des conseillers en formation continue. Délégué aux réalisations sociales de l’Association régionale de formation des employeurs et cadres dirigeants, il se vit ensuite confier des représentations au titre patronal auprès de divers organismes sociaux paritaires, tout en gardant de très bonnes relations avec les représentants de syndicats de salariés. De 1977 à 1991, il fut vice-président de la CPAM de Tourcoing (Nord), président de la commission de recours gracieux de cette caisse ainsi que de sa commission d’action sanitaire et sociale. De 1980 à 1991, il fut vice-président de l’Assedic de Roubaix-Tourcoing-Halluin (Nord). Enfin, de 1985 à 1991, il siégea à la commission technique d’orientation et de reclassement professionnel (COTOREP) à l’Inspection du travail, ainsi qu’au Groupement interprofessionnel régional pour l’emploi des handicapés du Nord-Pas-de-Calais (GIRPEH).
Raphaël Carpentier ne s’était pas contenté d’assumer tant de responsabilités dans le cadre de sa profession. Pendant trois ou quatre ans, avant 1971, il fit partie des équipes ouvrières du MRP d’Armentières, aux côtés d’André Heurtaux et de Georges Delfosse* ; il programma des stages de formation des militants de ces équipes. Il fut, de 1968 à 1973, président de l’Association des parents d’élèves de l’école privée Saint-Roch d’Armentières. Dans cette ville, il avait été, vers 1970, cofondateur et dirigeant du Centre de soins Schweitzer.
Quand il fut à la retraite, il adhéra au syndicat CFDT des retraités d’Armentières. Mais la mort de sa femme et son état de santé l’éloignèrent des activités sociales.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18770, notice CARPENTIER Raphaël, Léon par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 août 2015.

Par Madeleine Singer

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SOURCES : Arch. CAMT, Roubaix, comptes rendus des congrès et assemblées générales de l’UD CFTC-CFDT du Nord (1948-1970). — Questionnaire rempli par R. Carpentier pour le Maitron, août 2002. — Interview de R. Carpentier par Gilbert Ryon, 13 septembre 2002. — Réponses de G. Ryon à un questionnaire, 4 octobre 2002. — Lettre de R. Carpentier à M. Singer, 9 novembre 2002. — État civil.

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