RICHEPIN Jean, Auguste, Ernest, Jules

Par Julien Lucchini

Né le 4 février 1849 à Médéa (Algérie), mort le 12 décembre 1926 à Paris ; écrivain, poète naturaliste, membre de l’Académie française ; un temps proche des libertaires.

Biographie nouvelle

Petit fils de paysans de l’Aisne, fils d’un médecin militaire et d’une Beauceronne, Jean Richepin eut une enfance et une adolescence mouvementées et marquées par les nombreux déménagements de la famille.

À l’issue de brillantes études secondaires à Douai (Nord), et après un passage au lycée Charlemagne de Paris (IVe arr.), il fut reçu à l’École normale supérieure et fréquenta les cours de la rue d’Ulm. Une anecdote, qui relève sans doute de la légende, raconte que, renvoyé de l’école, Jean Richepin avait installé un commerce ambulant de marrons sur le trottoir d’en face avec, en guise de publicité, un écriteau portant l’inscription « ancien élève de l’École normale supérieure ». La même histoire, qui se raconta longtemps chez les élèves de l’école, affirme que la direction réintégra vite ce commerçant encombrant. Quoiqu’il en soit, Jean Richepin sortit licencié de lettres de l’école en 1870. Durant ses études, Jean Richepin s’était déjà fait remarquer dans le Quartier latin, au sein des cénacles littéraire – avec certains de ses condisciples, il avait fondé le groupe des « Vivants » en opposition aux parnassiens – comme des cafés, où il dépensait en boisson le peu d’argent dont il disposait alors.

Alors que la France et la Prusse étaient en guerre, Jean Richepin s’engagea chez les francs-tireurs et combattit dans l’est du pays. De retour à Paris à la fin 1870, il assista, sans y prendre part, à l’épisode de la Commune de Paris au printemps 1871. Il semble qu’il fut néanmoins profondément marqué par l’événement et, dans la période qui suivit, il se prit d’enthousiasme pour l’œuvre et l’engagement de Jules Vallès.

Dans la période qui suivit, Jean Richepin collabora à divers journaux et, surtout, mena une vie itinérante, exerçant divers métiers. Aussi fut-il, un temps, professeur, matelot, avant de devenir docker à Naples (Italie) puis à Bordeaux (Gironde). De retour dans la capitale, il se consacra à sa poésie et, en 1876, il publia La chanson des gueux, qui lui assura la postérité et le rendit célèbre. Le recueil fit scandale et Jean Richepin comparut devant la justice pour outrage aux mœurs. Après jugement, il fut condamné à un mois de prison, qu’il purgea à Saint-Pélagie (Paris, Ve arr.) ainsi qu’à 500 francs d’amende.

À sa sortie de prison, Jean Richepin reprit ses activités littéraires et devint un auteur prolixe, salué par certains de ses contemporains, vivement critiqué par les autres. Sans jamais être un militant, par méfiance autant que par conviction, Jean Richepin fut néanmoins proche de cercles libertaires. Lecteur du Révolté puis des Temps nouveaux de Jean Grave, il vit certains de ses textes insérés dans le supplément littéraire de l’organe anarchiste-communiste. En 1891, alors que Jean Grave lui avait écrit pour lui demander l’autorisation de reproduire certains textes, Jean Richepin lui répondit qu’il le lui autorisait gracieusement, trop heureux d’être lu par le public « le plus vivant, le seul où les idées semées fleurissent en actes ». En 1908, Victor Méric dressa, dans Les Hommes du jour, un portrait enthousiaste de l’écrivain, saluant en lui « le plus grand poète de la Révolte et de la Misère ». Son œuvre, notamment dans Les balsphèmes, témoignait également d’un anticléricalisme et d’un athéisme profonds.

En 1908, Jean Richepin fut élu à l’Académie française. Victor Méric fit alors part de sa satisfaction à voir les « gueux » ainsi reconnus. Néanmoins, comme il le déplora dans le même article, les convictions de Jean Richepin avaient évolué vers des formes plus consensuelles, le « roi des gueux » ayant même renoué avec la religion chrétienne. La reconnaissance de ses pairs et son entrée au palais de l’Institut de France l’avaient éloigné de ceux dont il s’était fait le chantre et Jean Richepin ne côtoya plus les cercles militants libertaires. Installé à Montchauvet (Seine-et-Oise, Yvelines), il fut élu maire de la commune en 1912 et le demeura jusqu’en 1919. En 1914, il se présenta, sans succès, aux élections législatives pour la première circonscription de Vervins (Aisne), sous l’étiquette Alliance démocratique et Fédérations des gauches.

Décédé en 1926, Jean Richepin fut inhumé à Pléneuf-Val-André (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Il était père de deux fils : Jacques (1880-1946), poète et chansonnier, et Tiarko (1884-1973), compositeur.

Un temps oubliée, l’œuvre de Jean Richepin fut redécouverte par le grand public dans la seconde moitié du XXe siècle, grâce notamment à Georges Brassens qui, en le mettant en musique, remit en valeur deux des plus beaux textes du poète : « Oiseaux de passage » et « Philistins ». Une rue de Paris fut baptisée en son honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article187655, notice RICHEPIN Jean, Auguste, Ernest, Jules par Julien Lucchini, version mise en ligne le 13 décembre 2016, dernière modification le 8 février 2017.

Par Julien Lucchini

ŒUVRE CHOISIE : La Chanson des gueux, 1876. — Les Blasphèmes, 1884. — Les Litanies de la mer, 1894. — La Bombarde, 1899. — Les Glas, 1922.

SOURCES : Jean Grave, Mémoires d’un anarchiste, Paris, Sextant, 2009. — Collection des Temps nouveaux. — Les Hommes du jour, n° 30, 1908. — Julien Lucchini, « Les Temps nouveaux et “l’idée” libertaire. La propagande anarchiste d’un hebdomadaire de la Belle Époque (1895-1914) », mémoire de maîtrise d’histoire, université Paris 1, 2012. — Notice biographique sur le site de l’Académie française. — Sites Internet.

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