CARÈME René, Lucien

Par Jean-Marie Conraud

Né le 27 juin 1928 à Boismont (Meurthe-et-Moselle) ; électricien dans la sidérurgie ; permanent de la JOC (1949-1953) ; secrétaire général du syndicat CFTC de la sidérurgie lorraine (1960-1963), trésorier de la Fédération nationale de la Métallurgie CFDT (1965-1968) ; maire socialiste de Grande-Synthe (Nord) de 1971 à 1992 ; conseiller régional Nord-Pas-de-Calais (1979-1992).

René Carème en 1983
René Carème en 1983
[Coll. privée Jean-Marie Conraud]

Issu d’une famille installée à Réhon (Meurthe-et-Moselle) depuis 1936, René Carème, dont le père était ouvrier d’entretien des voies de chemins de fer, était le deuxième de sept enfants. Après avoir obtenu le cerrtificat d’études primaires, il commença sa vie professionnelle comme ouvrier agricole en Belgique. En octobre 1943, il entra en apprentissage aux forges de la Providence à Réhon et obtint le CAP de monteur électricien en juin 1947.

C’est pendant cette période qu’il entra à la JOC. Son père avait lui-même adhéré, pendant la guerre, au Mouvement populaire des familles (MPF), dont la majorité des membres étaient issus de la JOC. En 1945, René Carème prit la parole pour la première fois en public à l’occasion de l’élection d’un délégué des jeunes au centre d’apprentissage. Il fut associé l’année suivante à l’équipe fédérale jociste du secteur de Longwy-Villerupt. Il fit son service militaire au CIMT 232 à Mourmelon, puis à Versailles, de mai 1948 à janvier 1949.

Embauché à son retour comme électricien aux établissements Cardot à Douzy (Ardennes), il rejoignit dès mars 1949 l’équipe de permanents de la JOC chargée de la province jociste d’Alsace-Lorraine-Ardennes et assuma plus particulièrement la charge des groupes d’apprentis. Il quitta cette responsabilité en 1953 pour se marier le 4 septembre avec Marie-Thérèse Riethmuller*, elle-même permanente de la JOCF et, par la suite, militante des APF et du Parti socialiste. Le couple eut six enfants.

René Carème retrouva un emploi d’électricien aux Forges de Wendel à Jœuf (Meurthe-et-Moselle). Dans cette entreprise où le syndicalisme était mal toléré, il monta une section syndicale CFTC. En juillet 1954, il fut exclu de l’atelier central pour avoir fait partie de la délégation CFTC qui discutait de la convention collective de la sidérurgie avec la chambre patronale. En décembre, il fut élu délégué au comité d’entreprise, puis délégué du personnel l’année suivante. De 1955 à 1958, il fut secrétaire du comité d’entreprise, puis du comité central. Il était en même temps engagé à l’Action catholique ouvrière (ACO).

Proche d’Eugène Descamps, il travailla dès lors au développement de la CFTC dans la sidérurgie lorraine. En décembre 1958, il fut détaché comme permanent du syndicat des métaux de Meurthe-et-Moselle et du syndicat régional CFTC de la sidérurgie dont il fut secrétaire général de 1960 à 1963. Il fut aussi membre du bureau de la Fédération de la métallurgie (1958-1968).

En 1959, René Carème fut nommé président de l’Union départementale CFTC de Meurthe-et-Moselle. Il joua un rôle important dans la préparation du congrès extraordinaire de 1964 qui consacra l’évolution de la CFTC, devenue CFDT. Il siégea au conseil confédéral de 1959 à 1967. Administrateur de la caisse d’allocations familiales de Meurthe-et-Moselle, au titre de la CFTC, de 1955 à 1962, il fut aussi vice-président de l’Assedic sidérurgie (1961-1964).

En juin 1963, il quitta la Lorraine pour devenir secrétaire de la Fédération de la métallurgie, chargé de suivre la branche « sidérurgie », la région Bourgogne et la trésorerie fédérale. Parallèlement, il fit partie du comité consultatif de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1964-1965, ainsi que des commissions régionales de la sidérurgie pour l’application du plan social lié aux restructurations.

Souhaitant mettre fin à son mandat fédéral, il se mit en quête d’un emploi dans son industrie d’origine. Après bien des difficultés, il fut embauché à Usinor Dunkerque comme électricien P2 au service des ponts roulants, le 23 septembre 1968. Il fut ensuite muté à la régulation du service « énergie » en tant qu’électricien automaticien. En 1969, il fut choisi comme délégué syndical, puis membre du comité d’établissement, enfin délégué du personnel en 1970. Il siégea également au comité central d’entreprise et fut responsable du comité de liaison CFDT du groupe Usinor (1969-1971). La préretraite mit fin à sa carrière professionnelle en décembre 1982.

René Carème s’était présenté à Jœuf aux élections municipales de 1959, sur une liste où figuraient des militants communistes. Cette alliance lui avait valu de vives critiques de l’évêque de Nancy, Mgr Pirolley, qui le menaça d’excommunication. « C’est moi l’évêque, pas vous ! », lui avait-il dit au cours d’une rencontre. Et René Carème de rétorquer : « C’est moi qui vis avec les travailleurs, pas vous ! » La liste de gauche recueillit 1 400 voix et n’eut pas d’élu, alors que la liste sortante, soutenue par de Wendel, obtenait 1 800 voix. En janvier 1970, René Carème adhéra au Parti socialiste et fut élu maire de Grande-Synthe l’année suivante. Vice-président, chargé des problèmes d’urbanisme et de la communauté urbaine de Dunkerque en 1971, membre du bureau syndical de l’Association d’études du littoral Calais-Dunkerque en 1974, vice-président aux finances de la communauté urbaine en 1977, président fondateur de l’Association du centre de santé des Grands-Synthois en 1978 et du groupement d’éducation permanente de Grande-Synthe en 1979, il fut aussi membre de la commission « habitat » et cadre de vie du VIIIe Plan.

Membre de la commission exécutive fédérale du Parti socialiste de 1974 à 1976, René Carème représenta le département au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (1979-1992). Réélu maire de Grande-Synthe en 1977, 1983 et 1989, il démissionna en 1991 pour préparer la relève. André Demarthe le remplaça. Son fils, Damien Carème, devint maire socialiste de cette commune en 2001 et conseiller régional en 2004.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18676, notice CARÈME René, Lucien par Jean-Marie Conraud, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 décembre 2008.

Par Jean-Marie Conraud

René Carème en 1983
René Carème en 1983
[Coll. privée Jean-Marie Conraud]
René Carème en 1951
René Carème en 1951
[Coll. privée Jean-Marie Conraud]

ŒUVRE : Combat d’un militant, une interview de Christian Aguerre et Philippe Nouveau, Éditions ouvrières, 1977, 150 p. — Combats d’un maire, Lyon, Chronique sociale, 1993, 154 p.

SOURCES : Renseignements communiqués par l’intéressé. — Arch. JOC, fichier des anciens permanents (É. Belouet). — Jean-Marie Moine, René Boudot : le feu sacré ; un ouvrier chrétien du Pays-Haut, 1907-1990, Metz, Éditions Serpenoise, 1997.

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