CARCASSONNE Roger, David

Par Gilles Morin

Né le 15 juin 1903 à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), mort le 28 novembre 1992 ; avocat ; militant socialiste SFIO ; conseiller général de Salon (1937-1982) ; président du conseil général des Bouches-du-Rhône (1950-1951) ; conseiller de la République, puis sénateur (1946-1971) ; délégué à l’Assemblée parlementaire européenne.

[Sénat]

Fils d’Edmond Carcassonne, commerçant juif qui exploitait une maison d’huiles et savons remontant à 1830, et de Marthe Crémieux, Roger Carcassonne débuta ses études secondaires au lycée Mignet, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Il fut contraint d’abandonner les études à la mort de son père pour se consacrer à la bonne marche de l’entreprise familiale et fut donc tout d’abord commerçant. Il les reprit huit ans plus tard, à la Faculté de droit de cette ville, et, licencié en droit, ouvrit en 1932 un cabinet d’avocat à la Cour d’appel d’Aix qu’il conserva jusqu’en 1972. Il épousa Marie Veilex le 15 février 1930.

Roger Carcassonne adhéra, en 1925, au Parti socialiste SFIO « dont il approuvait entièrement le programme ». Au congrès fédéral de ce parti qui se tint à Miramas (Bouches-du-Rhône) au début de juillet 1933, il vota pour la motion Paul Faure (Petit Provençal, 3 juillet). Il fut secrétaire, puis trésorier de la section SFIO à Salon, qui comptait 200 membres en 1934, et secrétaire de la section de la Ligue des droits de l’Homme dans cette ville.

En octobre 1931, il fut candidat au conseil général dans le canton de Salon contre le maire de Salon, Louis Rodin, radical-socialiste. Il obtint 1 623 voix au premier tour et 2 026 au second, contre 2 309 à son adversaire, sur 6 278 électeurs inscrits et 4 529 votants. Il prit sa revanche en octobre 1937 où il battit Rodin, ayant recueilli 2 210 voix au premier tour et 3 581 au second sur 4 220 votants et 6 994 électeurs inscrits. Dans la conjoncture du Front populaire, il bénéficia au second tour du désistement de Rodin et du candidat communiste Isidore Blanc*. Un rapport du sous-préfet d’Aix du 24 juin 1938 évoque ses qualités et son intelligence et prédit - avec justesse - « qu’il se fera certainement une place au sein du conseil général ». En effet, Roger Carcassonne en devint le secrétaire avant 1939.

À la veille de la guerre, dans les années 1937-1939, Carcassonne, « le sympathique avocat de Salon » (Provence socialiste, 9 avril 1937), était considéré comme « le lieutenant » de Fabien Albertin*, député de la 2e circonscription d’Aix, et faisait à ses côtés une active propagande autour de l’étang de Berre.

Membre de la classe 1923, Carcassonne fut mobilisé comme soldat de première classe en 1939-1940 au 203e RIA. Pendant l’Occupation, il appartint à un mouvement de Résistance sous le pseudonyme de Leduc. Selon le témoignage de Félix Gouin, Carcassonne fut l’un des premiers à réorganiser, avec Daniel Mayer, le parti SFIO clandestin, à la fin de 1940 et au début de 1941. Il fut arrêté par la Gestapo et emprisonné à Nancy (Meurthe-et-Moselle) « sous prétexte, écrit-il, qu’il était juif et communiste ». Interné le 19 mai 1944, il s’évada deux jours plus tard, revint dans les Bouches-du-Rhône et participa à la Résistance locale. Il devait par la suite être président d’honneur de la section de Salon du Mouvement de libération nationale.

Sur le plan municipal, il ne put s’imposer. Déjà candidat contre Rodin, en 1931, il avait obtenu 1 480 voix, à la tête de la liste socialiste. Après la Libération, il fut élu conseiller municipal de Salon-de-Provence de 1945 à 1959, mais ne put gagner la mairie. Après plusieurs échecs dans cette commune (1945, 1947, 1959, 1965), il se présenta sans plus de succès à Miramas pour les municipales de 1971.

Par contre, il se fit rapidement une place au niveau départemental et national. Il avait été réélu conseiller général du canton de Salon le 23 septembre 1945, avec 5 262 voix contre 3 746 au communiste Isidore Blanc. Il fut réélu généralement avec une majorité confortable, par exemple en 1951, au premier tour avec 51 % des voix, et en 1958, avec 57 % des suffrages. Il fut constamment réélu, y compris aux élections de mars 1976 où il rassembla 36 % des voix au premier tour, devant son concurrent communiste (27 %) et où il l’emporta au second tour avec 67 % des suffrages exprimés. Président du conseil général des Bouches-du-Rhône en août 1950 (il était prévu de longue date qu’il allait succéder à Lasalarié*), il garda cette fonction jusqu’au renouvellement de 1952, puis fut deuxième questeur en novembre 1957. Devenu doyen des conseillers généraux français, Roger Carcassonne ne se représenta pas aux élections cantonales de 1982 à Salon-de-Provence.

Le 8 novembre 1946, Carcassonne fut élu conseiller de la République et siégea ensuite, sans discontinuité, au Sénat où il fut secrétaire du groupe socialiste en janvier 1949 et juge à la Haute Cour de Justice. Réélu à quatre reprises (7 novembre 1948, 19 juin 1955, 26 avril 1959, 23 septembre 1962), il ne se représenta pas au Palais du Luxembourg le 1er octobre 1971. Il était membre des commissions des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées en 1962.

De 1952 à 1955, il fut vice-président de l’assemblée commune du pool charbon-acier et vice-président de la commission de l’aide aux pays en voie de développement. Il fut rapporteur des traités de Paris sur le Pool charbon-acier et du traité de Rome sur le Marché commun. Puis, à partir de 1958, il fut délégué à l’Assemblée parlementaire européenne et à nouveau juge à la Haute cour de justice.

Carcassonne était discret au plan national : on le repère comme membre de la commission des Affaires internationales en 1959 et il fut le premier signataire d’une motion fédérale au congrès national de 1960. Dans la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, il joua un rôle également discret en apparence mais probablement essentiel. Il fut secrétaire fédéral adjoint en 1950-1953 et en 1966 au moins. Quelle place avait-il dans le système Defferre ? Carcassonne n’était pas dans le premier cercle de Gaston Defferre au sens où il ne s’occupait pas de Marseille, mais les deux hommes semblent avoir eu les meilleures relations. Notable et parlementaire bien implanté, il avait pour le député-maire la même importance que le député-maire d’Arles, Charles Privat : ils étaient des relais indispensables de la domination de Gaston Defferre sur le département. On le vit bien après la défaite de Defferre à la présidence de la République en 1969, lorsque son contrôle sur la fédération s’affaiblit.

Roger Carcassonne était officier de la Légion d’honneur, commandeur dans l’ordre national du Mérite. Sportif, il participa à des courses automobiles et pratiqua le rugby. Il fut président de l’Automobile-Club et de la société hippique de Salon.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18661, notice CARCASSONNE Roger, David par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 26 novembre 2008.

Par Gilles Morin

[Sénat]

ŒUVRE : Articles dans L’Espoir de Salon et Le Provençal.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, III M 56 (rapport cité) et 57 ; V M2/282 et M5/290, M6/11379. — Arch. Nat., F/1cII/237, 255, 284 ; F/1cIV/151 et 157 ; CAC, 19830172, art. 72 et 101. — Arch. FJJ/6EF73/2. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 40 et 116. — H. Coston, Dictionnaire de la politique française, t. 2, La Librairie française, 1972. — Nouveau dictionnaire national des contemporains, Éd. Robin, 3e édition, 1964. — Le Petit Provençal, 26 octobre 1931, 11, 13 et 18 octobre 1937. — Le Provençal, 15 mars 1982. — Renseignements fournis par le militant lui-même en réponse au questionnaire. — Notice DBMOF, par Antoine Olivesi. — Notes d’Anne-Laure Ollivier.

Version imprimable Signaler un complément