Née le 10 novembre 1905 à Vilkaviskis près de Kowno (Lituanie), morte le 25 janvier 1989 au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) ; métallurgiste, puis employée de librairie ; militante du Parti communiste belge, puis français ; syndicaliste, membre de la CGTU, puis de la CGT des métaux ; élève de l’École léniniste internationale à Moscou ; résistante, arrêtée, incarcérée à la prison centrale de Rennes ; déportée à Ravensbrück en avril 1944, transférée ensuite au kommando d’Holleischen.

Issue d’une famille juive de six enfants, dont le père, Michel (né à Wolhyn) employé de commerce, gagnait peu, elle connut durant sa jeunesse des conditions de vie difficiles. La mère s’appelait Sarah Diechnitly.Ses parents s’efforcèrent cependant d’assurer à leur progéniture une véritable instruction. Son père préféra « souffrir toutes les privations du monde pourvu que les enfants aillent à l’école ». Tous ses frères et sœurs finirent leurs études secondaires, sauf Basi, qui, bien que considérée comme la meilleure élève et, à ce titre, exonérée de frais de scolarité, fut renvoyée de l’école à l’âge de seize ans, en raison de son attitude jugée trop révoltée, surnommée alors « l’enfant de Lénine », bien qu’ignorante du bolchevisme. Pendant quatre à cinq mois, elle travailla dans une fabrique de savon, d’où elle fut renvoyée pour avoir participé à un mouvement de protestation. Après l’obtention de ses examens, auxquels ses professeurs réussirent à la convaincre de se présenter en qualité d’externe, elle resta encore neuf mois chez ses parents ; ne trouvant pas de travail, elle donna alors quelques cours particuliers pour gagner sa vie, puis décida en juillet 1924 d’émigrer en Belgique, munie d’un passeport lituanien délivré à Kowno. Une fois à l’étranger, elle n’eut plus de nouvelles de sa famille, mais apprit cependant que son frère avait été emprisonné pour activité révolutionnaire. Elle arriva à Liège le 7 octobre 1924, via Berlin, et bénéficia de l’Association de la société des étudiants juifs.
À Liège, Basi Reisbaum travailla dans l’entreprise de fabrication d’armes de guerre Heristal, jusqu’en 1925, comme décolleteuse, tout en poursuivant des études à la faculté de chimie, qu’elle voulut abandonner, en raison de la difficulté à mener ces deux activités de front. Ses professeurs l’en dissuadèrent et lui procurèrent une bourse. Dès lors, elle travailla à l’usine seulement l’été, quatre à cinq mois par an. Elle fut membre pendant deux ans de la CGT belge, puis adhéra au syndicat unitaire des métaux à partir de 1928. Elle milita également dans la Kultur Fareyn, organisation culturelle juive, contrôlée par les communistes, qui la firent adhérer au Parti en avril 1927. Peu après, elle fut nommée au comité du rayon de Liège, puis, au tournant de l’année 1928-1929, au bureau du rayon de cette ville. Elle ourait fait un séjour à Paris en 1929. Enfin, au début de 1930, elle devint membre du bureau fédéral de Liège et dirigea la cellule d’Ougrée Marihaze. Absorbée par ses tâches de militante, elle finit par abandonner ses études.
Basi Reisbaum fut expulsée de Belgique par une décision du 22 mai 1930 en raison de son arrestation au cours d’une manifestation lors de la « Journée Rouge » du 1er août 1929. Elle arriva en France le 24 mai 1930, munie de son passeport visé par le Consulat de France à Verviers (Belgique). Installée à Paris, elle commença à travailler au Matériel téléphonique à Boulogne comme décolleteuse et rejoignit le syndicat unitaire des métaux. Connue sous le pseudonyme de Thérèse, elle adhéra alors au PCF, recommandée par de Boeck du bureau politique du PC belge, et fut cooptée au comité du 14e rayon, tandis qu’elle créait dans son usine, où aucun ouvrier n’était organisé, une cellule de quinze à vingt membres et une section syndicale. Elle fut renvoyée en août 1930 à la suite de l’action menée contre la loi sur les assurances sociales et retrouva un emploi à la Compagnie générale des téléphones et des télégraphes (CGTT). Membre de la cellule de l’usine, elle diffusa un journal, mais ne parvint pas à développer les organisations ouvrières. Elle devint membre du bureau du 6e rayon du Parti communiste de la région parisienne, secrétaire chargée de l’agit-prop., remplacée dans ses fonctions, au moment de son départ pour Moscou, par le militant Pierre Forestier. Elle vécut dans différents hôtels parisiens avec le militant communiste polonais Abraham Tropper, ouvrier spécialisé. En le 22 septembre 1930, elle contracta un « mariage blanc », à Vitry-sur-Seine, avec Louis Capitaine, manœuvre spécialisé, membre du PC français depuis 1925, secrétaire d’une cellule Renault, dans le but d’acquérir la nationalité française et de se soustraire ainsi aux mesures d’expulsion, dont pouvait faire l’objet tout étranger manifestant une activité politique subversive. Les témoins étaient des militants communistes : le décorateur Jean Nicolas et Henri Lavalette. Un divorce fut prononcé en 1950.
En juillet 1931, elle suivit l’école des propagandistes de la région parisienne du Parti communiste. Elle fut arrêtée dans le XVe arrondissement, à la fin du même mois, pour avoir distribué au personnel d’Édoux-Samain le journal de la cellule d’entreprise, Le Bolchevik des Ascenseurs. Les services du ministre de l’Intérieur envisagèrent alors à son encontre une action en déchéance de nationalité, en raison de son activité politique. Malgré leurs multiples interventions auprès de la Chancellerie, le ministère de la Justice ne crut pas bon de donner une suite favorable à leur demande. Membre de la commission exécutive du syndicat unitaire des métaux du XVe arrondissement, elle fut embauchée par la suite dans une usine de TSF, où elle était la seule militante communiste et où elle travailla jusqu’à son départ en URSS pour y suivre une formation.
Arrivée à Moscou en septembre 1931, elle participa à l’École léniniste internationale, sous le nom de Thérèse Petit, aux côtés notamment de six autres militants parisiens : Albert Dalmas*, Gaston Dourdain*, Auguste Gillot*, Edgar Monceaux*, Jean Paumard* et Émile Zellner*, et fut l’objet d’appréciations élogieuses. Fidèle à la ligne du parti, elle affirma, dans son autobiographie rédigée alors, avoir lutté contre les « tendances [qu’elle jugeait] nettement opportunistes » de la direction du 14e rayon.
En décembre 1932, à son retour en France, elle fut affectée à la commission de propagande de la région parisienne du PCF et employée comme agitatrice dans les usines de Paris et de la banlieue immédiate, considérée alors par les services de la préfecture de police comme particulièrement dangereuse pour la sûreté de l’État. Elle aurait tenté à cette époque de se faire embaucher chez Renault et chez Sauter-Harley.
Elle fut accusée d’avoir soutenu l’opposition trotskysante dirigée par la militante Vera, dans le rayon de Boulogne-Billancourt, en demandant le désistement de Jacques Duclos* en faveur du candidat socialiste (sans que l’on sache à quelle élection). Mais le même rapport interne du 25 mai 1933 notait qu’elle se détachait de cette opposition.
Le 11 octobre 1934, elle réussit à entrer, comme ouvrière sur machine, à la Manufacture d’armes de Levallois (Seine, Hauts-de-Seine), usine dépendant du ministère de la Défense nationale (anciennement usine Hotchkiss nationalisée en 1937), et y resta jusqu’au 30 novembre 1938, date à laquelle elle fut licenciée pour avoir essayé d’entraîner le personnel dans la grève déclenchée par la CGT. Au cours de ces quatre années, elle fit preuve d’une grande activité révolutionnaire, fut élue en 1936 secrétaire adjointe du syndicat du personnel civil de la Manufacture d’armes de Levallois et, d’après la direction, chef de la cellule communiste qui fonctionnait au sein de cet établissement, jusqu’à son licenciement. En janvier 1939, elle tenta de la reconstituer, regroupant les militants continuant à y travailler. De décembre 1938 à juin 1940, elle fut employée par M. Deleau, armurier, rue de Charenton à Paris (XIIe arr.), alors qu’elle habitait avec sa fille Irène, née en octobre 1936, dans un appartement situé dans la même rue. En août 1940, elle fut inscrite au fonds de chômage du XIIe arrondissement, mais demeurait chez des amis en banlieue parisienne.
Après l’interdiction du Parti communiste en septembre 1939, elle reprit contact avec ses camarades de la Manufacture d’armes de Levallois, afin de réorganiser le Parti communiste dans la clandestinité. C’est ainsi qu’elle participa à la formation des premiers Comités populaires. Par application de l’article 3 de la loi du 22 juillet 1940, elle fut déchue, en novembre de la même année, de la nationalité française. Elle refusa de se faire recenser comme juive, conformément à la législation antisémite en vigueur. En raison de son activité politique déployée en France, elle fit l’objet, en janvier 1941, d’un refus de séjour. Alors placée sous le régime de la surveillance renforcée, elle fut astreinte à se présenter périodiquement à la Préfecture de Police. En mai 1941, elle fut affectée au Front national, avec pour mission la diffusion du matériel de propagande appelant la population à réagir contre l’occupant et fut chargée de collecter des fonds pour venir en aide à ses camarades emprisonnés et à leurs familles en difficulté. Elle prit contact avec les milieux intellectuels, notamment à la Sorbonne, et participa à la diffusion de leurs journaux illégaux.
Autorisée à résider en France jusqu’au 16 juillet 1942, elle rejoignit la clandestinité, prit le pseudonyme de Madeleine et la fausse identité de Marthe Lobjeois, plaçant sa fille Irène en nourrice. Venue renforcer le Mouvement national contre le racisme (MNCR), elle participa au sauvetage d’enfants juifs. Au cours d’une filature débutée par la police en mars 1943 contre l’organisation clandestine parisienne de la MOI, elle fut repérée par des inspecteurs de la 3e section des renseignements généraux de la Préfecture en compagnie de Beila Weinraub, agent de liaison de Louis Gronowski-Brunot, un des responsables de la direction nationale de la MOI. Une vague d’arrestations fut décidée le 14 avril, au cours de laquelle 21 d’entre eux furent appréhendés, tandis que Basi l’était, le lendemain, à son domicile clandestin, rue Ledru-Rollin à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Interrogée, elle fut ensuite envoyée au dépôt sous l’inculpation de menées communistes, de faux et usage de faux en matière de carte d’identité, d’infraction à la loi sur les étrangers et à la 8e ordonnance allemande relative au port d’un insigne par les Juifs. L’organisation clandestine du Parti communiste retira de sa nourrice, par mesure de sécurité, sa fille Irène, pour la confier alors à des militants de Bagnolet.
Par mandat de dépôt du 28 avril 1943, elle fut incarcérée dans l’attente de son procès à la prison de la Petite Roquette. Là, elle suivit des cours d’allemand, dispensés par d’autres militantes communistes également détenues. Elle fut condamnée le 19 novembre par la section spéciale de la Cour d’appel de Paris à deux ans de prison et à 1 200 francs d’amende.
Elle purgea sa peine à la prison centrale de Rennes, avant d’être déportée au camp de Ravensbrück en avril 1944. Elle fut transférée en juin 1944 au kommando d’Holleischen (Tchécoslovaquie), dépendant du camp de concentration de Flossenbürg, pour y travailler dans une usine d’armement, où elle pratiqua le sabotage ; sa maîtrise de l’allemand lui permit de servir d’interprète à ses camarades codétenues, jusqu’à sa libération en mai 1945.
De retour de déportation, elle recouvra la nationalité française, retrouva son appartement de la rue de Charenton et travailla à nouveau à la Manufacture d’armes de Levallois, où, membre de la cellule du Parti communiste de l’entreprise, elle devint secrétaire de la section syndicale.
Elle envoya en colonie de vacances sa fille Irène une première fois avec la CCE de l’UJRE, puis les années suivantes dans les colonies des mairies communistes de Bagnolet et d’Ivry. C’est naturellement que celle-ci suivit par la suite l’engagement politique de ses parents. En 1948, Madeleine fut renvoyée de l’usine pour des raisons politiques. Membre du Comité de défense de l’Humanité de son arrondissement, elle vendait ce journal tous les dimanches. En 1949, elle divorça de Louis Capitaine et se remaria au militant communiste Lucien Réta un an plus tard. Elle eut du mal à retrouver du travail, alors qu’elle désirait rester à la base et demeurer en contact avec les ouvriers qu’elle entraînait dans les luttes revendicatives. Elle fut embauchée ensuite dans une petite usine métallurgique, la SIOP dans le XVIIe arr., où était également employé son mari. Militante communiste, elle participa notamment à la manifestation contre la venue du général Rigdway à Paris, le 28 mai 1952. Inquiétée par la police, elle fut renvoyée de son entreprise peu après, au moment de l’affaire dite du « complot des Pigeons ». Puisqu’elle connaissait le russe, le parti lui proposa alors de venir travailler à la librairie du Globe. Depuis les années 1950, demeurant au Plessis-Robinson (Seine, Hauts-de-Seine), elle militait dans la cellule communiste de son quartier et participait aux mobilisations en faveur de la paix en Algérie.
Membre de l’ANACR, dont le comité départemental des Hauts-de-Seine lui décerna la médaille « Résistance et Fidélité », adhérente à l’Amicale de Ravensbrück et à la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes, elle était médaillée de la Croix du combattant volontaire de la Résistance et titulaire de la carte du Combattant 1939-1945. Mais la décoration dont elle était la plus fière fut celle qu’elle reçut en 1987 à l’ambassade de l’Union Soviétique lors d’une réception à l’occasion du 70e anniversaire de la Révolution d’Octobre, « en reconnaissance de sa contribution personnelle à la défense des conquêtes de la Révolution et à la fidélité de son amitié à l’Union soviétique ». Veuve de son second mari, Lucien Réta, titulaire d’une pension de victime civile de la guerre 1939-1945, elle percevait également la retraite du combattant.
Décédée le 25 janvier 1989, à l’âge de quatre-vingt-trois ans, elle fut inhumée dans la sépulture de famille au cimetière du Plessis-Robinson le 31 janvier 1989.

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 8467, dossier Capitaine Thérèse consulté par Claude Pennetier ; 517 1 998. — Arch. Nat. Natural. 19770855 art. 4 dos. n° 4151 X 30 Reisbaum Basé, épouse Capitaine ; 19940472 art. 79 dos. n° 7016 Reisbaum Basé ; 19940508 art. 425 Fichier central de la Sûreté nat. ; Z4 art. 88 dos. 586 Instruction de la section spéciale de la Cour d’appel de Paris contre Capitaine Basi et tous autres (arrêt du 19 novembre 1943). — Arch. Belges. — Arch. PPo. BA 2440 Occupation allemande, rapports mensuels d’arrestations, répression des juifs communistes (rapport du 27 avril 1943 de la 3e section des RG), Gª C 11 dos. Capitaine Louis. — Arch. du PCF, microfilm 394. — Fonds privé Irène Capitaine. — Entretien avec Irène Capitaine en août 2005. — Rudi Van Doorslaer, Enfants du ghetto, Juifs révolutionnaires en Belgique (1925-1940), Bruxelles, Éditions Labor, coll. Archives du futur/Histoire, 1997, p. 47-49. — Louis Gronowski-Brunot, Le Dernier grand soir, 1980, Seuil, p. 168. — Note de Corinne Jaladieu sur sa présence à la prison de Rennes.
Bibliographie : Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Autobiographies, autocritiques, aveux dans le monde communiste, Belin, 2002. — Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Le Sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du "moi", Presse universitaires de Rennes, 2014. — Bernard Pudal, Claude Pennetier, Le Souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français, Les éditions de l’Atelier, 2017 : le chapitre 9 lui est consacré. .

Lynda Khayat

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