Né le 7 septembre 1935 à Louga (Sénégal). Haut-fonctionnaire, puis premier ministre (1970-1980), et président du Sénégal (1981-2000) ; Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (2003-2015).

Abdou Diouf est né le 7 septembre à Louga, ville située sur la ligne du chemin de fer entre Dakar et Saint-Louis et très tôt insérée dans l’orbite de la vie politique saint-louisienne. Son père, Ndiaye Diouf d’origine sérère et peule, était né à Saint-Louis, électeur dans les Quatre Communes, et fonctionnaire des postes de profession. Sa mère, Coumba Dème, était d’origine toucouleur et wolof. Abdou Diouf reçut une éducation saint-louisienne notamment par sa grand-mère paternelle. Il grandit entre Louga, Mbacké et Linguère où son père est successivement affecté, mais surtout Saint-Louis où il fait ses études, d’abord à l’école coranique, puis à l’école Brière-de-l’Isle et au lycée Faidherbe où il est admis en 1948. Ses premiers contacts avec la politique ont lieu dans les années 1950 au lycée Faidherbe, dans le contexte de la rivalité entre le BDS de Senghor et la SFIO de Lamine Guèye. Elève, Abdou Diouf lit la presse politique pour sa tante Toutane Basse, militante responsable des femmes senghoristes de Saint-Louis, ville alors aux mains des laministes.
Après son baccalauréat, obtenu en 1955, Diouf s’installe à Dakar pour entamer des études de droit à l’Institut des Hautes Etudes, qui devient en 1957 l’université de Dakar. Il devient le président de l’Amicale scolaire et universitaire de Louga puis président de la Coordination des associations scolaires et universitaires du Sénégal. Alors que l’ « africanisation » des cadres est à l’ordre du jour après le vote de la loi-cadre de 1956, il passe le concours pour entrer à l’Ecole de la France d’Outre-Mer à Paris. Diplômé de la dernière promotion de l’ENFOM (1958-1960), il y rédige un mémoire particulièrement critique sur l’institution maraboutique, ce qui lui sera reproché par la suite une fois devenu président. Dans ses mémoires, Abdou Diouf confesse avoir été à cette époque « sous le charme de l’idéologie marxiste » et « au bord de l’athéisme ». À l’ENFOM, il se lie aussi d’amitié avec Habib Thiam qui deviendra, bien plus tard, son premier ministre, et assiste à quelques activités de la FEANF.
De retour au Sénégal en 1960, Abdou Diouf devient l’adjoint de Jean Collin au secrétariat général du gouvernement, puis brièvement secrétaire général au ministère de la Défense alors détenu par le président du Conseil Mamadou Dia. En décembre 1961, alors qu’il n’a encore que 26 ans, il est nommé gouverneur du Sine et Saloum, où, de son propre aveu, il est accueilli avec méfiance en raison de son jeune âge. Lors de la crise entre le président Senghor et le président du Conseil Mamadou Dia en décembre 1962, Abdou Diouf se fait remarquer en refusant l’acte d’allégeance au président Senghor exigé de tous les gouverneurs de région. Il est relevé de ses fonctions de gouverneur mais Senghor ne lui tient néanmoins pas rigueur de cet épisode, le nommant directeur de cabinet aux Affaires étrangères fin décembre 1962 puis directeur de cabinet à la présidence de la République en juin 1963, dans le cadre du régime présidentiel né de la nouvelle Constitution de 1963.
En tant que directeur de cabinet du président Senghor, puis secrétaire général de la présidence à partir de février 1964, il s’occupe notamment des questions diplomatiques et des relations avec les chefs religieux, et prend une part importante à l’organisation du Festival mondial des arts nègres en 1966. Après la crise de 1968 et la contestation estudiantine, Senghor le nomme ministre du Plan et de l’Industrie puis en fait son premier ministre en 1970, poste qu’il occupe jusqu’au départ de Senghor de la présidence fin 1980. En tant que Premier ministre, Diouf mène les délicates tractations autour du nouveau Code de la famille (1972) et connaît des relations parfois heurtées avec certains chefs religieux en particulier le khalife général de la confrérie mouride Abdoul Ahad Mbacké.
La transmission du pouvoir à Diouf le 31 décembre 1980 fut minutieusement préparée par Senghor, mais suscita de nombreux tiraillements entre héritiers présomptifs au sein du Parti Socialiste. Comme son prédécesseur et ses successeurs, Diouf cumule ses fonctions de président de la République avec celle de secrétaire général du parti (puis président du parti à partir de 1996). Malgré la continuité presque filiale dans la dévolution du pouvoir entre le premier et le second président du Sénégal, la présidence Diouf marque une rupture progressive, parfois qualifiée de « désenghorisation » : pluralisation du champ politique avec le rétablissement du multipartisme intégral, libéralisation de la presse écrite puis radiophonique, réconciliation avec Cheikh Anta Diop et une partie de la gauche, Etats Généraux de l’Education. Mais sa présidence a aussi été marquée par le développement du conflit en Casamance, la genèse puis l’échec de la Confédération de Sénégambie avec la Gambie (1982-1989), le plan d’ajustement structurel, les crises électorales de 1988 et 1993, les interventions militaires en Gambie (1981) et Guinée-Bissau (1998), le conflit évité de justesse avec la Mauritanie en 1989, les conséquences douloureuses de la dévaluation du franc CFA en 1994 ou encore l’assassinat de Me Babacar Sèye.
Personnage sobre, discret, modéré jusqu’à l’excès, Abdou Diouf a incarné l’ethos du haut fonctionnaire ayant le « sens de l’Etat », mais aussi une forme d’immobilisme face aux urgences sociales et économiques et une déconnection avec les mutations générationnelles et culturelles du pays profond, qui seront sanctionnés dans les urnes en 2000. Battu au deuxième tour de l’élection présidentielle le 19 mars 2000 par la coalition de l’opposition rassemblée derrière Abdoulaye Wade, il concède sa défaite et signe ainsi la première alternance électorale démocratique du Sénégal indépendant.
Retiré de la vie politique du Sénégal, il devient en 2003 Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, poste qu’il l’occupe jusqu’en 2015. Musulman n’affichant pas ouvertement d’affiliation confrérique, il est marié depuis 1963 avec Elisabeth Diouf, de confession catholique, avec qui il a eu quatre enfants, Pedro, Habib, Fabienne et Yacine

SOURCES :
Abdou Diouf, Mémoires, Paris, Seuil, 2014. ; Momar-Coumba Diop, Mamadou Diouf, Le Sénégal sous Abdou Diouf, Etat et Société, Paris, Karthala, 1990. ; Mody Niang, Abdou Diouf. 40 ans au cœur de l’État socialiste au Sénégal, Paris, L’Harmattan, 2009. Lamine Tirera, Abdou Diouf : biographie politique et style de gouvernement, Paris, L’Harmattan, 2006.

SOURCES SONORES :
Abdou Diouf : entretiens avec Philippe Sainteny, Frémeaux & associés, Vincennes, 2005 (3 CD)

Etienne Smith

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