LOSSERAND Sigismond

Par Romain Delmas

Né le 5 décembre 1845 à Seythenrx (Haute-Savoie ), mort le 15 novembre 1888 à Tours (Indre-et-Loire) ; tailleur de limes ; libre penseur ; militant socialiste de Tours (Indre-et-Loire).

Losserand fut sans doute un des militants socialistes les plus énergiques à Tours dans les années 1880. Anticlérical déterminé et écouté, il luttera tout le long de sa vie contre les congrégations religieuses et pour l’amélioration des conditions ouvrières. Reconnu comme un excellent orateur, y compris par ses adversaires, l’action de Losserand s’inscrit typiquement dans le courant des Libres Penseurs, courant qui s’est implanté en Indre-et-Loire au début des années 1880 (Chinon et Bourgueil en 1879, Amboise, Montlouis et Bléré entre 1880 et 1881…).
Après une enfance difficile et des patrons parfois violents, Losserand arrive à Tours en 1878, il a 23 ans. Ouvrier limier de formation, dès son arrivée il créé une société coopérative des ouvriers en lime (dont il deviendra le directeur en août 1882) et milite auprès des travailleurs pour qu’ils s’organisent en chambre syndicale. Trois ans plus tard, en 1881, c’est chose faîte. Cette année-là, il adhère au groupe d’études sociales « La Sentinelle », groupe socialiste prônant la Révolution Sociale.
L’année suivante, le 4 juin 1882, il est élu sur la liste Républicaine Anticléricale Groupes Républicains Réunis du Dr Fournier. Il est le seul ouvrier des listes républicaines. Plus tard dans l’année, se tournant vers un socialisme réformiste, il rejoint Paul Brousse au sein de la Fédération Nationale des Travailleurs Socialistes de France (dont il sera, par ailleurs, un des délégués au IXe congrès des socialistes des 2 au 8 octobre 1887 à Charleville).
A la suite de son élection, Losserand deviendra donc conseiller municipal de Tours de 1882 à 1888 (puisqu’il sera réélu en 1884 et en 1885), année de sa mort. Durant les six années où il siégera au Conseil, il n’aura de cesse de combattre le poids des écoles religieuses (et des églises) au sein de l’agglomération, militera pour une éducation laïque et gratuite (création d’écoles, de maternelles, intégration des filles dans l’éducation républicaine) et cherchera à influencer la mairie pour la cause ouvrière. Membre de la commission des finances, il luttera également pour que soient reconnus la pénibilités des travaux, et cherchera à plusieurs reprises à lever des fonds pour les plus démunis. Il intégrera, un an avant sa mort, en juin 1887, un « Conseil Général des intérêts ouvriers ».
C’est en candidat socialiste « parti ouvrier » indépendant qu’il se présente en mai 1888, lors du 1er tour des élections municipales de Tours. Sans l’appui de ses précédents soutiens, c’est un échec.
Quelques mois plus tard, de plus en plus miné par la tuberculose, il meurt le 15 novembre 1888 à son domicile, à 43 ans.
Afin de montrer l’importance de Losserand dans le spectre politique tourangeau de cette époque-là, notons seulement qu’à son enterrement civil, l’ensemble des militants socialistes de Tours étaient présent ainsi que l’ensemble du Conseil Municipal. Rappelons également qu’il était de coutume, jusqu’en 1898 au moins, pour les militants syndicalistes et socialistes, de venir sur sa tombe chaque année (après la création de la Bourse du Travail, une délégation ira déposer des fleurs sur sa tombe et en 1897 les anarchistes et les membres du PSR ont même affublé celle-ci du drapeau rouge). De la même manière, lorsqu’un chantier de la Chevalerie du Travail française fut ouvert à Tours en octobre 1895, le nom de Losserand lui fut donné. Rappelons enfin qu’en 1901 la rue de SaintSymphorien est débaptisée afin de voir le nom de Losserand définitivement attaché à celui de la ville.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article185832, notice LOSSERAND Sigismond par Romain Delmas, version mise en ligne le 5 octobre 2016, dernière modification le 5 octobre 2016.

Par Romain Delmas

SOURCES : Archives Départementales d’Indre-et-Loire (séries 10M et 1M). — Archives Municipales de Tours (Bulletins municipaux). — Humbert, Les Possibilistes], p. 75. — M. Dommanget, La Chevalerie du Travail française, 1893-1911, Lausanne, 1967, p. 376. — Philippeau, La Bourse du Travail de Tours et le mouvement ouvrier, 1880 - 1904, mémoire de maîtrise, bibliothèque d’Histoire, Tours —

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