HERMER Raymond, Marie, Jules

Par Jean Louis Ponnavoy

Né le 29 décembre 1903 à Rennes, (Ille-et-Vilaine), fusillé après condamnation à mort le 21 août 1944 à Heilbronn (Allemagne) ; musicien ; résistant du réseau SR Alliance.

Raymond Hermer était le fils de Pierre Marie, lithographe, âgé de 32 ans et de Amélie Ernestine Delalande dit Pernier, âgée de 25 ans. Il se maria le 4 avril 1929 à Limoges (Haute-Vienne) avec Jeanne Marie Madeleine Maurice Penot.
Ayant appris la musique, Raymond Hermer remporta le premier prix de violon du Conservatoire Régional et s’apprêtait à poursuivre ses études musicales au Conservatoire national de Berlin lorsque la guerre éclata le 2 août 1914.
Réformé au conseil de révision, il travailla dans le commerce tout en étudiant le saxophone. Il fit partie de différents orchestres parisiens de musique légère puis d’orchestres se produisant sur des paquebots et parcourut ainsi une grande partie du monde.
Appelé sous les drapeaux le 2 septembre 1939, il fut à nouveau réformé et au début de l’Occupation, il devint musicien à l’orchestre de Radio-Rennes.
En juillet 1943, il fit la connaissance à Rennes de Pierre Le Tullier, chef du secteur, dans le réseau de renseignements militaires « Alliance », qui sachant que l’orchestre de Raymond Hermer jouait pour les soldats allemands hospitalisés, lui proposa une mission de renseignements auprès de ces derniers. Raymond accepta et entra donc dans l’organisation comme agent P2, avec le matricule « S11 ». Grâce à la musique il parvint à recueillir des renseignements sur les différentes unités allemandes stationnées dans la région rennaise, en observant les véhicules militaires et les uniformes des visiteurs de l’hôpital. Il put également se procurer des informations sur les systèmes de défense de l’île de Jersey et sur les travaux d’aménagement entrepris par l’occupant. Il était en contact avec d’autres membres de l’organisation comme le radio René Lebre et les frères Jean et Yves Le Bastard de Villeneuve
Il joua même un rôle de « boîte aux lettres et de courrier » dans tout le secteur de Bretagne, refusant d’être remplacé après l’arrestation d’autres camarades.
Il fut lui-même finalement arrêté le 2 octobre 1943 à son domicile puis déporté vers l’Allemagne au départ du camp de Compiègne (Oise) le 16 décembre 1943 et incarcéré à la prison de Kehl-am-Rhein (Bade-Wurtemberg). Le 28 février 1944, la Gestapo de Strasbourg transmit le dossier d’accusation d’espionnage concernant Raymond Hermer et six autres coinculpés du réseau, au Tribunal de guerre du Reich qui y apposa les tampons « secret » et « affaire concernant des détenus » ainsi que la mention « NN » (Nacht und Nebel-Nuit et Brouillard) et il fut transféré à la prison de Freiburg-im-Breisgau. Il fut jugé les 20 et 21 juin 1944 par le 3e Senat (chambre) du Tribunal de guerre, présidé par le juge Karl Schmauser. Accusé d’espionnage au profit d’une puissance ennemie, il fut condamné à mort. Le jugement fut confirmé à Torgau par l’amiral Max Bastian le 10 juillet et il fut transféré à la prison de Schwäbisch Hall (Bade-Wurtemberg), où il fut mis dans une cellule individuelle. La grâce du Führer Adolf Hitler fut refusée le 17 juillet.
Dès lors l’affaire était consommée et le 18 août, le directeur de la prison fit le tour des cellules pour annoncer aux condamnés qu’ils seraient transférés dans la nuit du 20 au 21 août et que leurs affaires personnelles devraient rester sur place. On leur fit remplir une étiquette indiquant leur adresse en France afin qu’elles soient restituées à leurs familles. Tous comprirent quel sort leur était réservé.
Raymond Hermer et 23 autres codétenus furent conduits en camionnette par groupes de huit, le 21 août à l’aube à la caserne Schlieffen, à Heilbronn (Bade-Wurtemberg). Ils furent fusillés au champ de tir d’Heilbronn après avoir reçu l’assistance d’un prêtre, mais en refusant d’avoir les yeux bandés. Ils moururent courageusement en criant "Vive la France". Ils furent inhumés dans le cimetière de Sonthein-Neckar. Le dernier vœu des 24 condamnés « d’être enterrés en France » fut exaucé par le réseau "Alliance" qui fit rapatrier les corps en juin 1947, à Strasbourg.
Il fut homologué comme chargé de mission de 3e classe avec le grade de sous-lieutenant. Il fut décoré à titre posthume de la Croix de guerre avec citation à l’ordre de l’Armée et de la Médaille de la Résistance.
Il obtint la mention "Mort en déportation" par arrêté du 1er juin 1994.
Une rue de Rennes porte son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article185775, notice HERMER Raymond, Marie, Jules par Jean Louis Ponnavoy, version mise en ligne le 3 octobre 2016, dernière modification le 4 octobre 2018.

Par Jean Louis Ponnavoy

SOURCES : Auguste Gerhards Tribunal du 3e Reich, archives historiques de l’armée tchèque, à Prague, Le Cherche Midi, Paris 2014.— Livre Mémorial des Déportés de France de la F.M.D. tome 1.— Mémorial de l’Alliance, 1948.— Wikipédia Réseau Alliance et camp de concentration de Natzweiler-Struthof.— Site ADIV 6ETP2/49, Mémoire de granit, mars 2016.— Les déportés du réseau Alliance arrêtés ou nés en Bretagne.— Mémorial Genweb.

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