CANONGE Camille, Édouard

Par Alain Dalançon

Né le 5 novembre 1908 à Barre-des-Cévennes (Lozère), mort le 6 mars 1982 à Montpellier (Hérault) ; professeur de mathématiques ; militant socialiste chrétien et syndicaliste, responsable départemental du Tarn du SPES (1937-1940), membre de la commission exécutive, puis de la commission administrative du SNES (1944-1949), de son bureau national (1949-1959), de la CA de la FGE puis de la FEN (1946-1959) et de la FEN-CGT, membre du bureau de l’Union locale CGT de Castres et de l’UD du Tarn.

Fils d’Albert Canonge, pasteur protestant dans le village de Barre-des-Cévennes, et d’Alix Rosalie de Lamarche, ancienne professeur d’école normale, Camille Canonge fut élevé à Privas (Ardèche) avec ses frères (Jean-Pierre et Henri) et sœurs dans l’esprit du protestantisme cévenol et républicain. Après avoir commencé ses études secondaires en 1920 au collège de Salins (Jura), il les poursuivit à celui de Privas (Ardèche), non loin de Chomérac, où son père fut pasteur de 1921 à 1935.

Après le baccalauréat obtenu en 1925, il fit des études supérieures de mathématiques à la Faculté des Sciences de Grenoble (Isère), tout en étant de 1925 à 1927 maître d’internat au lycée Champolion de cette ville. Licencié et diplômé d’études supérieures en 1929, il alla préparer l’agrégation de mathématiques à la Faculté des Sciences de Strasbourg, en bénéficiant d’une bourse. Admissible en 1930 et 1931, il obtint un poste de professeur délégué aux lycées de Belfort (territoire de Belfort) en 1931 puis de Mulhouse (Haut-Rhin) en 1932, avant d’aller effectuer dans le régiment d’artillerie divisionnaire de cette ville une année de service militaire (1933-1934), qu’il termina comme brigadier. Admissible une troisième fois à l’agrégation en 1934, il fut nommé professeur délégué au collège Jean-Bart à Dunkerque (Nord), avant d’obtenir un poste de professeur titulaire au collège Jean-Jaurès de Castres (Tarn) à la rentrée 1935. Après avoir été mobilisé au camp des Milles (Bouches-du-Rhône) en août 1939, il revint enseigner dans cet établissement qui devint lycée, où il demeura jusqu’en 1959.

Il fut ensuite muté, ainsi que son épouse, au lycée Joffre de Montpellier (Hérault), où il prit sa retraite à la fin de l’année 1968. Camille Canonge s’était en effet marié le 20 août 1930 avec une professeure de mathématiques, également bi-admissible à l’agrégation, qui enseigna successivement aux lycées de jeunes de filles de Mulhouse, de Dunkerque, puis le rejoignit à Castres, au collège de jeunes filles, à partir de 1937. Odette, avec laquelle il eut quatre enfants, militante elle-même, partagea ses idées, ses engagements et ses combats, tout en restant discrète.

Protestant, humaniste avant tout, Camille Canonge essaya toute sa vie de concilier sa foi et son engagement politique et syndical, en restant fidèle, selon Jean-Jacques Kirkyacharian, « à des valeurs spirituelles fondamentales et au Peuple ». En février 1936, dans Terre nouvelle (organe des chrétiens révolutionnaires), il signa un article intitulé « Dieu ou Schneider ». Il avait été touché par le courant suivant les analyses de Karl Barth, prépondérant dans la Fédération française des associations chrétiennes et étudiantes. Néanmoins il était étranger aux querelles et aux sectarismes théologiques ; il écrivait à Kirkyacharian en 1950 : « Je crois en Dieu, le Dieu de Jésus, de Saint-François, de Luther, de Calvin, de Gandhi, de Schweitzer et de Barth. »

Avant la Seconde Guerre mondiale, Camille Canonge fut responsable, dans le département du Tarn, du Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire affilié à la Fédération générale de l’enseignement CGT. À la Libération, il fut un acteur militant du renouveau espéré d’une sorte de communion des travailleurs rassemblés dans la CGT. La rencontre des croyants et des incroyants, le théâtre populaire, les espoirs mis dans le Plan Langevin-Wallon vibraient en lui de façon puissante et enthousiaste. Il s’investit donc pleinement dans la fusion de son collège classique avec des sections modernes et techniques, milita pour le développement rapide de l’Union des syndicats du second degré de la FGE, et fut secrétaire du syndicat unique de l’enseignement du Tarn. Il défendit avec passion ces idées dans la section locale et les instances nationales du Syndicat national de l’enseignement secondaire, dont il fut secrétaire adjoint de la section académique de Toulouse et membre de la CE nationale de 1945 à 1948, ainsi que dans la Fédération de l’Education nationale, dont il fut secrétaire du syndicat départemental et membre suppléant de la commission administrative nationale en 1946 et 1947. Il siégeait en même temps, en tant que représentant du personnel, en mars 1945 (enseignements masculins, licenciés scientifiques) au Conseil de l’enseignement du second degré et à son Conseil permanent (membre suppléant). En outre, il fut élu au conseil d’administration national de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, lors de sa constitution, le 8 décembre 1946, et réélu suppléant au CA, lors de la première assemblée générale, en juillet 1947.

En 1948, Camille Canonge défendit le maintien du SNES et de la FEN à la CGT dont il était membre du bureau de l’union locale et de l’Union départementale du Tarn. Il fut élu à la CA nationale du SNES sur la liste des « cégétistes ». Espérant que l’autonomie ne serait que provisoire, il défendit la double affiliation à la FEN-CGT dont il fut un des responsables nationaux non-communistes, très lié à sa secrétaire générale Jacqueline Marchand. Il s’éleva vigoureusement, en 1953, contre l’intervention du Parti communiste français dans les affaires internes de la FEN-CGT et notamment la décision de son bureau politique de janvier 1954. Comme plusieurs « cégétistes » non-communistes, il continua d’adhérer à titre individuel à la CGT durant de nombreuses années, après ce qu’il considérait comme un sabordage de la FEN-CGT imposé de l’extérieur. Il estimait que la confédération était « la maison de tous » et que chacun devait y conserver sa liberté de vote.

Dans le SNES (classique et moderne), Camille Canonge siégea à la CA et au bureau national de 1949 à 1959 sur la liste B dont il était un des principaux militants. N’ayant pas admis que Louis Guilbert et Marcel Bonin soient allés proposer aux autonomes, en 1955-1956, d’être sur une liste commune, sans le dire à leurs camarades de courant, il fut co-leader de la liste B aux élections de 1956 avec Guilbert et Gilbert Tessier. Durant cette période 1945-1959, il défendit dans le SNES tout ce qui pouvait concourir au rassemblement et au renforcement du syndicalisme et du service public d’éducation laïque, aussi bien dans le domaine éducatif, en se faisant l’avocat d’une réforme s’inspirant du plan Langevin-Wallon, que dans le domaine corporatif, en plaidant pour la titularisation et la promotion interne des enseignants, en particulier des professeurs certifiés bi-admissibles dans le corps des agrégés.

Muté à Montpellier, Canonge abandonna les premières places dans les instances dirigeantes du SNES ; il n’était plus qu’en 17e position sur la liste B aux élections à la CA de 1960. Il ne souhaita pas être secrétaire de la section académique mais accepta d’être secrétaire du S1 du lycée de garçons (150 syndiqués). Les événements de 1968 furent pour lui une révélation douloureuse ; selon le témoignage de Pierre Antonini, il lui aurait dit : « J’ai assassiné mes élèves », se reprochant une certaine sévérité.

Successivement membre de l’Union des chrétiens progressistes, de l’Union progressiste, de l’Union de la gauche socialiste, du Parti socialiste unifié, mais peu intéressé par la politique politicienne, militant de la Ligue des droits de l’Homme, Camille Canonge eut l’itinéraire politique d’un partisan de l’union de la gauche, résolument antifasciste et anticolonialiste. Aussi condamna-t-il l’intervention soviétique en Hongrie en 1956 qui divisa les ex-cégétistes au congrès de la FEN et s’associa-t-il à Montpellier au socialiste Pierre Antonini et deux militants communistes, Henri Pupponi et Jean-Pierre Kahane, pour envoyer une lettre – non rendue publique – à Janos Kadar, le 18 juin 1958, protestant contre l’exécution d’Imre Nagy.

Durant la guerre d’Indochine, il avait manifesté pour empêcher un train de militaires de partir, ce qui lui valut d’être traduit en tribunal correctionnel. Durant la guerre d’Algérie, il manifesta son engagement pour la paix et l’indépendance de l’Algérie et fut plastiqué par l’OAS (comme Antonini et Emmanuel Le Roy Ladurie secrétaire de la section du PSU).

C’était aussi un passionné du jeu d’échecs : il guida le développement du club « Montpellier-Échecs » et le fit participer en 1964 à son premier concours européen à Bordeaux.

Membre du Groupement des retraités de l’enseignement secondaire, bouleversé par la disparition inattendue de son épouse dans les années 1970, affecté par des problèmes cardiaques, Camille Canonge passa les derniers mois de sa vie, très diminué, dans une maison de retraite municipale. Ses obsèques civiles eurent lieu dans la stricte intimité.

« Rebelle aux honneurs mais prêt à tous les sacrifices », il avait, selon Antonini, une « extraordinaire bonté et un sens aigu de la justice et de la rectitude ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18574, notice CANONGE Camille, Édouard par Alain Dalançon, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 février 2018.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Arch. Nat., F17/29112. — Arch. IRHSES (notamment fonds Jacqueline Marchand et André Drubay). — Arch. du PCF (dossier de Jean-Pierre Kahane). — Annuaires de l’Éducation nationale. — Dossier établi par André Drubay. — Renseignements fournis par Pierre Antonini et Jean-Jacques Kirkyacharian. — site intrent "echec 64". — Notes de Jacques Girault et d’André Lainé.

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