CANCE René [CANCE Louis, René, Pierre]

Par Jacques Girault

Né le 29 avril 1895 à Laroquebrou (Cantal), mort le 30 juillet 1982 à Draguignan (Var) ; instituteur ; militant et élu communiste en Seine-Inférieure [Seine-Maritime] ; conseiller général du 3e canton du Havre (Seine-Inférieure) de 1937 à 1939, puis de 1945 à 1953 ; maire du Havre (1956-1959, 1965-1971) ; député (1945-1953, 1956-1967).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956]

Fils d’un ouvrier sabotier d’opinions radicales, René Cance reçut les premiers sacrements catholiques. En 1900, son père vint travailler à Paris comme garçon de restaurant. Sa mère était alors concierge à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine). Ils achetèrent un café, rue du Bac, puis retournèrent dans leur région d’origine vers 1908. Alors propriétaire, son père devint maire de Biars-sur-Cère (Lot) et le demeura jusqu’à son décès en 1919.

René Cance obtint le brevet élémentaire à l’École primaire supérieure de Saint-Céré, puis devint instituteur suppléant à Mayville (Seine-Inférieure) où les élèves étaient des enfants d’ouvriers de l’usine Schneider. Il adhéra alors au syndicat affilié à la CGT. Mobilisé dans l’infanterie dans le Gers en août 1914 sur sa demande alors qu’il avait été réformé, sur le front, le 9 mai 1915, caporal fourrier, il refusa avec le 7e régiment de monter en première ligne. Affecté dans la région de Saint-Mihiel, blessé à Verdun, il fut fait prisonnier, le 15 juillet 1918, dans la Marne. Envoyé au camp de Kassel, il travailla dans une mine de sel à Heimboldshausen. En septembre 1918, il fit, en son nom et celui de deux autres prisonniers, une requête écrite au représentant de l’Espagne à Kassel pour protester contre les conditions de travail qu’ils subissaient au mépris des accords franco-allemands du 15 mars 1918, signés à Berne, concernant les prisonniers. Par la suite, il assista à la débâcle allemande et aux événements révolutionnaires. Libéré le 15 janvier 1919, il fut démobilisé à Cahors quelques mois plus tard. Il adhéra à l’Association républicaine des anciens combattants et reprit son travail d’instituteur à Montivilliers (Seine-Inférieure) avant d’être nommé au Havre en 1920, école de Graville, où il enseigna jusqu’en 1939.

René Cance s’était marié civilement en août 1923 avec une institutrice, Gabrielle Fautrat, fille d’un ouvrier métallurgiste et d’une ouvrière, qui avait, en dernière année d’École normale, abandonné, avec ses camarades, l’argent de son voyage de fin d’année pour les enfants russes. Il adhérait, comme son épouse, au Syndicat national.

En conflit avec un de ses collègues, radical, ami de Meyer, maire de la ville, Cance fut dénoncé comme membre de la CGTU. En 1933, il participa au congrès international pour la Paix à Paris, salle Pleyel. Il cotisait régulièrement aux collectes du Secours rouge international et adhérait, en 1933, aux Amis de l’Union soviétique dont il devint le secrétaire local. Dans ce cadre, il reçut Krebs en 1933 chez lui comme d’autres réfugiés politiques allemands. Plus tard, ce dernier, sous le nom de Valtin, dans Sans patrie ni frontière, devait décrire le foyer des Cance qu’il considérait comme le représentant de l’Internationale communiste dans le port. La presse locale et nationale s’empara alors de l’affaire, le dénonçant comme « ancien espion de la police soviétique » (L’Écho de Normandie, 17 mars 1948) ou comme un des « agents secrets d’une puissance étrangère » (L’Aurore, 8 juin 1948). Cance protesta vivement lors de la séance du conseil municipal du 22 mars 1948. Un procès fut intenté. Le tribunal correctionnel du Havre condamna des journaux locaux et l’éditeur de Valtin à une amende et exigea la suppression des passages concernant Cance (p. 201). La réédition de l’ouvrage en 1976 respecta ce jugement. Le nom de Cance (sans prénom) avait déjà été donné à la Gestapo en 1937 : « Joue le même rôle que Zils [Ernest Zils, d’Anvers] en Belgique » (accueil instructeurs internationaux, relais pour reprendre contact avec le parti communiste français, adresse pour envois d’argent). Son adresse, 58 rue Mont-Mirail, était fournie. (Bundes archiv, Berlin, Z/C 16125 Bd 1, traduit par Constance Micalef). En fait il habitait au 57.

Cance avait adhéré au Parti communiste français en 1932. Candidat communiste au conseil général dans le canton de Bolbec en octobre 1934, Cance obtint environ 300 voix. Secrétaire du comité local Amsterdam-Pleyel, membre du comité de la région de la Basse-Seine depuis 1934, puis du bureau de la région devenue région de la Seine-Inférieure, il lança alors L’Avenir du Havre, « hebdomadaire politique et d’information du Rayon communiste », le démarchage publicitaire étant fait bénévolement par son beau-père Édouard Fautrat tandis que la mise en page était faite sur sa table de salle à manger. Il fut le premier secrétaire de la section communiste du Havre lors de sa création sous le Front populaire. En mai 1936, au deuxième tour des élections législatives, le candidat communiste se désista pour le maire radical-socialiste Meyer qui refusa. Cance organisa alors, comme secrétaire du comité local de Front populaire, la protestation du Parti communiste. Toutefois, il refusa de se réjouir comme les socialistes, souhaitant continuer à « collaborer loyalement » avec les radicaux (rapport du 30 avril 1937). Le 17 octobre 1937, lors du deuxième tour, devenu candidat du Front populaire dans le 3e canton du Havre pour le conseil général, il l’emporta avec 2 357 voix contre 1 887 face au maire Meyer, à la suite du désistement socialiste et de l’appel de la fédération radicale-socialiste en sa faveur. Meyer fut débouté par le conseil de Préfecture interdépartemental, le 13 novembre 1937, d’un recours en annulation. Il devint le premier conseiller général élu comme communiste dans le département et fut membre de la troisième commission (chemins vicinaux, routes, chemins de fer, tramways, transports automobiles, aviation). Il participa au congrès international du Rassemblement universel pour la Paix à Bruxelles.
Non mobilisé à la déclaration de la guerre, Cance, déchu de son mandat, fut déplacé en résidence surveillée à Gournay-en-Bray (Seine-Inférieure) en décembre 1939. À l’arrivée des troupes allemandes, il partit pour le Lot, puis revint en Normandie en août 1940. À la suite d’un arrêté préfectoral du 19 novembre 1940, l’inspecteur d’académie le nomma à Évricourt (Oise). Il fut alors responsable du Parti communiste clandestin dans l’Oise (janvier 1940-juillet 1941), en relation avec André Pican*, puis entra dans l’illégalité.

Cance, envoyé dans la Somme sous le pseudonyme de « Pierre », fut le secrétaire de l’organisation (août 1941-mai 1942), puis occupa les mêmes responsabilités en Indre-et-Loire (juin 1942-août 1942). Travaillant dans une imprimerie clandestine dans le XIVe arrondissement de Paris en septembre 1942, pendant quelques mois, il fut coupé de tout contact en raison de dénonciations, habitant chez Odette Joyeux, une amie d’enfance. Le 24 novembre 1942, il fut embauché dans l’usine Ferrodo à Saint-Ouen comme ouvrier spécialisé sur machine qu’il dut quitter pour des raisons de sécurité. Le 10 mars 1943, il devint démarcheur chez Carnoy, entreprise d’achat et de vente d’usines, rue de Metz à Paris, qu’il quitta quand il retrouva le contact avec le Parti. Il logeait alors chez le mathématicien Jacques Hadamard, parti aux USA. Muni de faux papiers, il rejoignit son frère à Biars (Lot) ; en contact avec Fernand Dupuy*, il fut envoyé en Corrèze comme secrétaire interrégional du Front national pour la région 5 (Corrèze, Indre, Creuse, Haute-Vienne, Dordogne), le 28 septembre 1943. Il commanda notamment un maquis FTPF d’avril à août 1944. En août 1944, il resta dans le département pour diriger L’Avenir de la Corrèze, journal du Front national à partir du 29 août, et pour mettre en place les comités de Libération.

Cance, réintégré dans l’Éducation nationale à compter du 1er janvier 1945, regagna la Seine-Inférieure en février 1945 et entra au Comité local de Libération du Havre.

Par la suite, Cance occupa, pendant quelques mois, la responsabilité de secrétaire fédéral du PCF à Rouen, puis demeura membre du comité (jusqu’à son décès) et du bureau (jusqu’en 1964) de la fédération communiste.

Élu député dès la première Assemblée constituante, Cance fut réélu régulièrement. Battu en 1953, il fut réélu député de la 7e circonscription (3e et 4e cantons du Havre) en décembre 1958. Au premier tour, il obtint 19 149 voix sur 57 605 inscrits et 44 437 votants et l’emporta le dimanche suivant, avec 21 053 voix sur 45 165 votants alors que le candidat socialiste qui s’était maintenu perdait 400 voix. Il retrouva son siège dès le premier tour, le 18 novembre 1962, avec 20 557 voix sur 58 013 inscrits et 38 403 votants. En 1967, il demanda « avec insistance » à ne pas être représenté et Duroméa* lui succéda. À l’Assemblée, il participait notamment aux travaux de la commission des Affaires sociales.

Cance devint le vice-président du conseil général, le 29 octobre 1945. Il participait à la deuxième commission (assistance, lois sociales, commerce et industrie). Élu troisième vice-président le 30 septembre 1948 par 29 voix sur 50 votants et 7 bulletins blancs, il le resta jusqu’au 30 mars 1949. À ce moment, il devint le vice-président de la cinquième commission (commission des finances), responsabilité qu’il conserva jusqu’au 17 octobre 1951. Il demeura membre de cette commission qui se transforma en 1955 (finances, impôts, instruction publique, personnel départemental, établissements départementaux). Il cessa de siéger dans l’assemblée départementale en 1958.

Élu au conseil municipal du Havre en octobre 1947, Cance fut sans cesse réélu par la suite. Après un accord avec le Parti socialiste SFIO, il devait être choisi comme maire de la ville en octobre 1947. Cependant, un socialiste SFIO, élu avec les voix de la droite, fut très vite remplacé.

Cance devint maire en 1956 à la suite d’un nouvel accord avec le Parti socialiste SFIO et ne fut pas réélu en 1959. Il retrouva le siège de maire en 1965 et le conserva jusqu’en 1971. Lors des élections de 1971, la liste communiste s’intitulait « liste René Cance », mais ce dernier avait annoncé qu’il ne serait plus maire de la ville. Il resta conseiller municipal et devint plus tard maire honoraire.

Membre du comité central au congrès du Parti communiste du Havre en 1956, à la commission centrale de contrôle financier en 1959, réélu en 1961, Cance ne le fut pas au congrès de 1964. Il suivit, de 1956 à 1960, les fédérations de Meurthe-et-Moselle, puis du Calvados. Il représenta le PCF au 2e congrès de PC Guadeloupéen les 1er et 2 avril 1961.

Après la guerre, Cance joua un rôle important dans la presse havraise. Directeur de L’Avenir normand, journal communiste, il était aussi un des sept « associés » issus de la Résistance dans la direction du Havre libre où il écrivait périodiquement.

Cance possédait une maison à Trans-en-Provence (Var) près de son fils, Pierre Cance*, qui habitait à Draguignan.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18544, notice CANCE René [CANCE Louis, René, Pierre] par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 octobre 2019.

Par Jacques Girault

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956]
[Assemblée nationale, Notices et portraits]
Gabrielle Cance
Gabrielle Cance

SOURCES : RGASPI, Moscou, 517, 1, 1815, 1863, 1896, 1908 ; 495 270 4188. — Arch. conseil général de Seine-Maritime (R. Barbe). — Arch. comité national du PCF. — Presse nationale, avec notamment l’évocation de l’affaire Valtin, Le Monde, 28 mars 1975, l’Humanité, 28 mars 1975. — Renseignements et documentation fournis par l’intéressé et par sa famille. — Le Monde, 1er-2 août 1982. — Constance Micaleff, Le Roman de Jan Valtin sans patrie, ni frontière, comme sujet d’histoire politique, DEA, Paris I, 2002. — Notice DBMOF. — DPF 1940-1958, op.cit. — Notice DBK, René Cance.

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