ZHOU Fohai 周佛海

Par Jacques Manent et Yves Chevrier

Né le 29 mai 1897 à Yuanling, Hunan ; mort en prison à Nankin en avril 1948. Membre fondateur du P.C.C., qu’il quitta en 1924 ; écrivain, directeur du Département de la propagande du G.M.D., rallié pendant la guerre au gouvernement pro-japonais de Wang Jingwei.

Du communisme à la collaboration, l’itinéraire de ce grand exégète du sunyatsénisme illustre avant tout — comme celle d’un Wang Jingwei (汪精衛) — la perversion carriériste, d’un nationalisme très ardent. Fils d’un militaire sans fortune, orphelin de bonne heure, Zhou dut à de brillants succès scolaires d’être envoyé au Japon poursuivre ses études. Il y reste de 1917 à 1924, ne rentrant en Chine qu’à deux reprises : la première en 1918, afin de marquer sa désapprobation à l’encontre de la politique anti-chinoise du gouvernement de Pékin (alors inféodé au Japon) ; la seconde en juillet 1921, afin de représenter les étudiants chinois du Japon lors du premier congrès du P.C.C. réuni à Shanghai. Sa modération l’oppose alors à Zhang Guotao (張囯燾), partisan d’une révolution ouvrière et dictatoriale à la russe, qui effraie l’idéal démocratique fort vague et fort peu marxiste de Zhou. Cet idéal, il l’a puisé au hasard de ses études à l’Université impériale de Kyoto, sous l’influence d’un de ses professeurs d’économie : Kawakami Hajime, traducteur de Marx en japonais et l’un des relais essentiels entre la gauche chinoise des années 1910 et le socialisme européen (voir Zhu Zhixin (朱執信)). Au reste, le tout premier marxisme chinois est pétri de contradictions qui rendent fort banal l’éclectisme de Zhou. Mais en 1921, la fusion des petits groupes provinciaux (et d’exilés) qui aboutit à la fondation du P.C.C. s’opère sur la base d’un refus de tels compromis, hérités du 4 mai. Ceux qui, tel Zhou (voir aussi Li Hanjun (李漢俊) et Chen Gongbo (陳公博)), se refusent à suivre aveuglément le modèle russe (ou, ce qui revient au même, à l’interpréter dans ce sens-là) constituent la première opposition politique à l’intérieur du tout nouveau P.C.C. C’est ainsi que contre la majorité « sectaire », qui suit Zhang Guotao, Zhou Fohai aurait préconisé — à ses dires — une alliance avec le G.M.D., devançant ainsi la stratégie que Maring Hans ne parviendra à imposer qu’à l’issue du IIIe congrès du P.C.C. (juin 1923). Le tournant du Front uni aurait dû satisfaire Zhou Fohai : c’est pourtant alors — en 1924 — qu’il se sépare du P.C.C. après être rentré (du Japon) à Canton la même année. Rupture obscure, qu’expliquent sans doute des rivalités personnelles, et qu’il a justifiée par un argument politique : la convergence et la fusion (partielle) des deux partis ne rendaient plus nécessaire l’adhésion au P.C.C. Toujours est-il que Chiang Kai-shek, « patron » de l’Académie militaire de Huangpu (voir Blücher) ou Zhou a enseigné quelque temps en 1924, le nomme (en octobre 1926) directeur de la branche wuhanaise de l’Académie. Rejeté par la droite du G.M.D., qui se méfie de ses antécédents, il est un instant tenté par l’expérience de « gauche » dont Wuhan est le théâtre jusqu’en juillet 1927 (voir Borodine et Wang Jingwei (汪精衛)). Mais c’est finalement à Chiang Kai-shek qu’il se rallie.
Ces choix, et de bonnes relations, vont faire de lui, au terme de dix années de pouvoir nationaliste, l’un des idéologues en chef du régime et le chef de sa propagande. En janvier 1928, il a fondé à Shanghai le Xinsheng yuekan (Mensuel de la Vie nouvelle) ; en avril de la même année, il a pris la direction des éditions Xinsheng shudian. Ces deux instruments de la propagande officielle vont lui permettre de soutenir Chiang Kai-shek en présentant le chef du régime de Nankin comme le « continuateur de l’œuvre de Sun Yat-sen (孫逸仙) » à travers une étude approfondie de la pensée et des écrits du fondateur de la République chinoise. En somme, les circonstances d’un régime de parti unique confondu avec l’État et voué au culte du chef ont fait de lui le très faible équivalent d’un Jdanov ou (même remarque) l’annonciateur d’un Zhou Yang (周揚) et d’un Lu Dingyi (陸定一). Mais si l’emprise idéologique du G.M.D. sur la vie intellectuelle du pays et l’ampleur limitée du « mouvement pour la vie nouvelle » ne peuvent se comparer aux réussites des régimes communistes, celui qui, en 1938 — année qui consacre le pouvoir absolu de Chiang sur le Parti — devient directeur du Département de la propagande compte parmi les dignitaires du régime.
Mais il n’est pas un dignitaire écouté du chef, auquel il reproche son alliance anti-japonaise avec les communistes. Zhou Fohai est en effet hostile à une prolongation de la résistance au Japon, résistance qui, à ses yeux comme à ceux d’autres dirigeants nationalistes qui opteront pour la collaboration (voir Wang Jingwei (汪精衛)), ruine inutilement le pays en faisant le lit du communisme. Après avoir rassemblé un groupe d’intellectuels favorable à ces idées, il choisit Wang Jingwei contre Chiang Kai-shek en décembre 1938 et s’engage à fond dans le « mouvement pour la paix ». Il devait rester jusqu’en 1944 le bras droit du chef du gouvernement collaborateur de Nankin. A la mort de Wang, en novembre 1944, il devient maire de Shanghai, position clé qui lui vaut d’être courtisé par les Nationalistes et par les Communistes à la capitulation du Japon (août 1945). Il choisit de se rallier au G.M.D., où il dispose, avec Dai Li et les « Chemises bleues », de solides appuis. Mais la mort de Dai Li, en mars 1946, le laisse à découvert. Arrêté pour haute trahison, il se suicide dans sa prison en avril 1948.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article185412, notice ZHOU Fohai 周佛海 par Jacques Manent et Yves Chevrier, version mise en ligne le 6 février 2017, dernière modification le 8 février 2017.

Par Jacques Manent et Yves Chevrier

ŒUVRE : Outre de nombreux ouvrages de circonstance et de doctrine (notamment ceux qu’il donne à Gongchandang, la revue du xiaozu shanghaïen, sous le nom de plume de Wu Xie), Zhou Fohai a laissé un témoignage capital sur le premier congrès (et sur les premières divisions) du P.C.C. in Chen Gongbo Zhou Fohai huiyilu hepian (Mémoires conjoints de Chen Gongbo et Zhou Fohai), Hong Kong, 1967.

SOURCES : Outre BH, voir : Boyle (1972). — Bunker (1972). — Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), I (1971). — Chen Gongbo et Zhou Fohai (1967).

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