Né le 5 mars 1925 à Ubon (Siam, Thaïlande), mort dans la nuit du 11 au 12 novembre 2016 à La Réunion ; journaliste ; militant communiste, collaborateur de la section coloniale du PCF (1947-1954), secrétaire général (1959-1993) puis président (1993-2003) du Parti communiste réunionnais ; maire du Port (La Réunion) (1971-1989), conseiller général (1955-1964 et 1970-1976), conseiller régional (1983-2010) et président du conseil régional de La Réunion (1998-2010), député (1956-1958, 1986-1987 et 1993-1996), sénateur (1996-2005 et 2011-2016), député européen (1979-1989 et 2004-2007).

Son père, Raymond Vergès*, médecin originaire de La Réunion et consul de France à Ubon, déclara la naissance de ses deux fils, Paul et Jacques Vergès, comme celle de jumeaux. Il souhaitait ainsi légitimer sa relation avec l’institutrice vietnamienne, Khang Pham-Thi, avec qui il vivait depuis la mort de sa précédente épouse. Ainsi, bien que Jacques fût l’aîné de près d’un an, les deux frères furent élevés et se perçurent eux-mêmes comme jumeaux au cours de leur enfance. La famille suivit Raymond Vergès de retour à La Réunion en 1928, mais Kang Pham-Ti mourut peu après. Raymond Vergès séjournant en France, les deux frères furent élevés par leur grand-tante Marie Vergès, dans la propriété héritée du passé colonial de la famille de la grand-mère paternelle. Ils furent scolarisés au lycée Leconte-de-Lisle et, accompagnant le père lors d’un nouveau séjour en France, Paul Vergès effectua une année au lycée Louis-le-Grand, en 1936-1937. Raymond Vergès, contribua à la politisation précoce de ses deux fils : franc-maçon, membre du Comité d’action républicaine démocratique et sociale (CARDS) puis du Parti réunionnais d’action démocratique et sociale, il se situa dans le sillage du Front populaire et se rapprocha du communisme au milieu des années 1930. Paul Vergès obtint les deux baccalauréats (philosophie et mathématiques élémentaires) en 1942. L’ile de La Réunion ayant quitté le giron de Vichy après le débarquement des Forces françaises libres (FFL), le 28 novembre 1942, Paul Vergès s’engagea dans les FFL et gagna l’Angleterre, via l’Afrique du Sud, avec son frère Jacques. Élève de l’école des officiers parachutistes, à Ribbesford, Paul Vergès fut parachuté début septembre 1944 à Martaizé (Vienne), pour intégrer le « maquis de Scévolles », seul maquis de la Vienne sous l’autorité directe du BCRA (Bureau central de renseignement et d’action). Ce groupe de près de 800 hommes constitua, à partir du 15 septembre une partie du 125e RI affecté à l’encerclement de la poche de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Lieutenant FFI à la compagnie Bedel, Paul Vergès participa aux combats de l’hiver 1944-1945, dans le secteur de Cordemais (Loire-Atlantique).
De retour à La Réunion, Paul Vergès s’engagea dans l’action politique au sein du CARDS, aux côtés de son père, élu député à la première Assemblée constituante où il appartint au groupe communiste. Lors de la campagne pour les élections à la seconde Assemblée constituante, dans un climat social et politique extrêmement tendu sur l’ile, le candidat du MRP Alexis de Villeneuve, opposé à Raymond Vergès, fut tué par balle au cours d’un rassemblement public ayant dégénéré en affrontement. Les accusations se tournèrent vers cinq militants communistes puis vers le seul Paul Vergès, qui nia toujours sa responsabilité. Au terme d’un procès dépaysé à Lyon (Rhône), en juillet 1947, Paul Vergès fut condamné à cinq ans de prison avec sursis pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il fut amnistié en 1953. En septembre 1947, le secrétariat du PCF entérina son affectation comme permanent de la section coloniale du parti, dirigée alors par Raymond Barbé et à laquelle son frère Jacques collabora également. Paul Vergès suivit la constitution de la fédération réunionnaise du PCF, en novembre 1947, sous l’égide d’Hubert Ruffe et de Louis Odru, responsable de la section des intellectuels du PCF. Le couple eut quatre enfants.
En 1953, Paul Vergès effectua un séjour à Madagascar et à La Réunion à la demande du PCF. L’année suivante, il regagna définitivement La Réunion, pour assurer la direction politique de la fédération, en proie à des tensions entre métropolitains et locaux. Il prit la direction du journal Témoignages, « organe de défense pour les sans défense », fondé par son père en 1944. En 1955, il fut élu au conseil général de La Réunion, dans le canton de Saint-Paul. Lors des élections législatives de 1956, son père renonçant à briguer un nouveau mandat, Paul Vergès fut désigné candidat sur la liste du PCF. Ce choix de la transmission fut accueilli avec une certaine amertume par les communistes historiques comme Léon de Lepervanche. Paul Vergès fut élu, avec Raymond Mondon. À l’Assemblée nationale, il siégea à la commission de l’Intérieur et concentra ses interventions sur les difficultés sociales et économiques de la population de La Réunion, dénonçant une situation coloniale sans rapport avec le principe d’égalité affiché par la départementalisation. Après la mort de Raymond Vergès, en juillet 1957, son fils se présenta aux élections municipales à Saint-André (La Réunion). Mais, dans un contexte d’extrêmes tensions, alimentées par la détermination du préfet à contrer l’influence des communistes, il n’obtint qu’un faible score (2,3% des suffrages). Il fut également battu aux élections législatives de novembre 1958, dans la Ire circonscription de La Réunion.
Comme les fédérations de Martinique (septembre 1957) et de Guadeloupe (mars 1958) avant elle, la fédération de La Réunion décida, lors de la conférence des 17 et 18 mai 1959, de se constituer en parti autonome. Paul Vergès devint le secrétaire général du Parti communiste réunionnais (PCR), fonction qu’il conserva jusqu’en 1993, avant d’en assurer la présidence jusqu’en 2003. À travers Paul Vergès, le PCR joua un rôle important dans la coordination des partis communistes des DOM (Martinique, Guadeloupe, Réunion), autour de la revendication d’autonomie, qui rompait avec la départementalisation soutenue par le PCF en 1946, sans pour autant affirmer ouvertement la revendication d’indépendance. En 1960, avec Marcel Manville, Paul Vergès créa le Comité permanent pour la réforme du statut des Antilles, de la Guyane et de La Réunion. Il contribua à relancer le débat sur l’autonomie autour du Manifeste de la table-ronde des Guadeloupéens, Martiniquais et Réunionais, signé le 14 décembre 1963 par les communistes mais aussi par le Parti progressiste martiniquais d’Aimé Césaire et le PSU. En 1971, il joua également un rôle essentiel lors de la Convention de Morne Rouge (Martinique) qui élabora un programme social et économique pour l’autonomie.
Des années 1960 aux années 1980, la vie politique réunionnaise fut dominée par l’opposition entre Paul Vergès et Michel Debré, élu député de l’ile en 1963. En 1961, Paul Vergès retrouva un mandat de conseiller général, cette fois dans le canton du Port (La Réunion), mais il échoua à nouveau aux législatives de novembre 1962. En mars 1964, il fut condamné à trois mois de prison pour une série d’articles parus dans Témoignages – dont certains n’étaient pourtant que la reprise d’articles de l’Humanité ou du Monde. Refusant de se soumettre à la peine, essentiellement destinée à empêcher sa candidature aux élections législatives, il entra dans la clandestinité durant plus de deux ans, avant de se constituer prisonnier le 29 juillet 1966. Malgré une loi d’amnistie, il resta poursuivi pour « atteinte à l’intégrité du territoire », avant de bénéficier d’un non-lieu. Candidat aux élections législatives de 1967 et 1968, puis en 1978 et 1981, il ne fut pas élu. Au cours de cette période, il retrouva toutefois un mandat de conseiller général, dans le canton de Saint-Pierre (La Réunion), en 1970 et, l’année suivante, il fut élu maire du Port. Paul Vergès s’efforça d’associer le PCR aux luttes en faveur de la décolonisation, notamment autour de l’exemple du Vietnam. Il se rendit à Hanoï et à Cuba, en 1969, et chercha plus tard le soutien des mouvements de libération africains, notamment de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1978. Dans un mouvement communiste international travaillé par les tensions entre l’URSS et la Chine, le PCR apporta régulièrement son soutien aux positions soviétiques, sur l’Angola, le Cambodge ou l’Afghanistan. Néanmoins, Paul Vergès désapprouva publiquement l’intervention soviétique contre le Printemps de Prague et refusa de se joindre à la dénonciation des dirigeants chinois, en 1969, indiquant même que le modèle chinois était plus approprié à la situation réunionnaise.
En 1979, lors des premières élections européennes, puis à nouveau en 1984, il fut candidat en quatrième position sur la liste du PCF, conduite par Georges Marchais, et siégea au Parlement européen de 1979 à 1989. Lors des élections législatives de 1986, Paul Vergès retrouva un mandat de député mais démissionna l’année suivante, pour protester contre la loi dite de « parité sociale » qui selon lui privait les Réunionnais du droit à l’égalité sociale avec la métropole. Au cours des années 1980 et 1990, la stratégie du PCR évolua, notamment autour de l’enjeu électoral du conseil régional. Élu conseiller régional en 1983, Paul Vergès fut désigné vice-président en 1992, dans le cadre d’une alliance avec Camille Sudre. Après l’invalidation des élections, en 1993, le PCR apporta son soutien à l’épouse de ce dernier, Margie Sudre, élue présidente de la région. Dans le même temps, Paul Vergès retrouva un mandat parlementaire, comme député, de 1993 à 1996, et appartint au groupe parlementaire « République et liberté ». Il démissionna en avril 1996, lors de son élection au Sénat. Paul Vergès conquit la présidence du conseil régional deux ans plus tard, avec le soutien de Camille Sudre, et conserva cette responsabilité jusqu’en 2010. Parallèlement, il fut à nouveau élu député européen en 2004, sur la liste présentée par l’Alliance pour l’Outre-Mer, soutenue par le PCF. Réélu sénateur en 2001, il abandonna son mandat en 2005, puis démissionna du Parlement européen en octobre 2007. Ayant quitté la présidence de région, il fut à nouveau élu sénateur en 2011. Alors qu’il avait annoncé son souhait de démissionner en faveur de Gilda Hoarau, sénatrice PCR non réélue, il renonça finalement, pour ne pas fragiliser la majorité récemment acquise par la gauche au Sénat. En 2016, il siégeait toujours au Palais Bourbon, au sein du « groupe communiste, républicain et citoyen ».
Dès la fin des années 1990, Paul Vergès s’engagea sur la question du réchauffement climatique et fut désigné en 2002 président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC).
Incarnation du communisme réunionnais, par son influence autant que par sa longévité, la figure de Paul Vergès voit logiquement s’affronter « légende dorée » et « légende noire », depuis l’épisode de 1947 jusqu’aux périodes récentes, dans un contexte réunionnais longtemps marqué par les violences politiques et qualifié d’île de la fraude électorale dans les années 1950-1970.

SOURCES : Arch. Comité national du PCF. — Presse nationale. — DPF, op. cit.D’une île au monde. Entretien avec Brigitte Croisier, Paris, L’Harmattan, 1996. — Gilles Gauvin, « Le parti communiste de La Réunion (1946-2000) », Vingtième siècle, n° 68, octobre-novembre 2000. — Yvan Combeau, La vie politique à la Réunion 1946-1963, Paris, SEDES, 2001. — Notes de Jacques Albert et Michel Thébault.

Paul Boulland

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