CAMPOLONGHI Luigi

Par Michel Dreyfus

Né le 14 août 1876 à Pontremoli (Italie), mort le 20 décembre 1944 près d’Ivrea ; membre du Parti socialiste italien de 1896 à 1903, puis de 1925 à sa mort ; principal animateur de la Ligue des droits de l’Homme de 1924 à 1940 ; émigré en France.

Luigi Campolonghi vécut la majeure partie de sa vie en France. Étudiant en droit à l’Université de Parme, il fut arrêté en 1896 pour avoir pris part à une manifestation et obligé d’émigrer deux ans plus tard pour éviter l’état de siège consécutif aux émeutes de Milan et de Turin. Après avoir fait un peu tous les métiers à Marseille, il entra comme journaliste au Petit Provençal. Il appartenait alors au Parti socialiste italien dont il créa une section à Marseille. En tant que journaliste, il s’intéressa à l’affaire Dreyfus et alla interviewer l’un des cousins du capitaine. Lors d’un voyage à Barcelone il fit la connaissance du pédagogue anarchiste Francisco Ferrer y Guardia fusillé en 1909. C’est également à cette époque qu’il rencontra Jaurès - et fut intimidé par lui - au cours d’un meeting.

En 1901, des grèves furent déclenchées à Marseille par des Italiens ce qui provoqua un arrêt d’expulsion contre Campolonghi le 13 mars. Il rentra alors en Italie et le Parti socialiste lui confia la direction d’un journal, La Lima ainsi que le secrétariat de la Bourse du Travail de Savone. Il se maria alors avec Ernesta Cassola, fille du socialiste italien Carlo Cassola. Puis, exerçant une activité journalistique diversifiée, il s’éloigna du Parti socialiste italien dont il ne reprit la carte qu’en 1925, à Paris, durant son second exil.

Luigi Campolinghi put revenir à Paris en 1910 comme correspondant du journal II Secolo de Milan et Il Mezzagero de Rome ; Jean Jaurès* s’était occupé de faire annuler l’arrêté d’expulsion de 1901. Campolonghi se lia alors avec les milieux intellectuels de gauche, en particulier par l’intermédiaire d’Aline Ménard-Dorian, alors influente à la Ligue française des Droits de l’Homme. Il fut bouleversé par l’assassinat de Jean Jaurès* et écrivit à sa femme une lettre déchirante dans laquelle il racontait comment il avait vu son corps ensanglanté dans les bras de Renaudel.

Continuant son activité de journaliste, il prit position en faveur de l’entrée en guerre de l’Italie et fut en contact avec de nombreux socialistes partisans de l’Union sacrée. En 1920 il assista au congrès de Tours et en revint profondément découragé. Il continuait son travail de correspondant mais ses prises de position résolument hostiles à Mussolini le firent chasser en juillet 1923 du Mezzagero. Il eut plus de difficultés à démissionner car Mussolini tenait à le garder en qualité de critique d’art et de littérature.

Ce fut au début des années 1920 - qui furent également pour lui des années de pérégrinations incessantes correspondant à son tempérament actif et à son refus de se fixer - que Luigi Campolonghi fut amené à s’occuper de plus en plus de ce qui allait être son activité essentielle jusqu’à sa mort : la Ligue italienne des Droits de l’Homme. Sa femme Ernesta joua dans cette évolution un rôle fondamental. Sous l’influence d’Aline Ménard-Dorian, alors vice-présidente de la Ligue française des Droits de l’Homme, Ernesta Campolonghi avait commençé à mettre sur pied et à définir les statuts d’une telle organisation qui fut représentée pour la première fois au congrès international des Ligues à Paris les 4 et 5 novembre 1923 par Aurelio Natoli et Ricciotti Garibaldi. La première carte de la Lega italiana dei diritti dell’uomo (LIDU) datée de 1926-1927, signée par la présidente Ernesta Campolonghi portait en sous-titre de Ligue italienne des Droits de l’Homme : « Délégation pour la France ».

Dès 1924 Luigi Campolonghi se dépensa sans compter pour la nouvelle organisation qui devint le point de convergence de toutes les tendances de l’émigration italienne antifasciste, nombreuses en France à partir de 1926, qu’il s’agisse des républicains, des socialistes « maximalistes » ou « unitaires », des adhérents du groupe « Giuztizia e Liberta » ou des communistes à partir de 1934. Sans oublier parfois les anarchistes et les oppositionnels... Pour la LIDU, Luigi Campolonghi écrivit de nombreux articles dans les Cahiers des Droits de l’Homme, prit la parole dans toute la France au cours d’innombrables tournées, intervint chaque fois qu’il le put en faveur de divers réfugiés.

Il n’en continuait pas moins son activité journalistique, collaborant en particulier à L’Œuvre, au Progrès de Lyon, à la Dépêche de Toulouse, au Petit Provençal. À partir de 1931, son ami le ligueur Gaston Veil, directeur du Populaire de Nantes lui confia dans ce journal une rubrique hebdomadaire qu’il tint régulièrement jusqu’en 1940.

La LIDU fut définitivement constituée le 14 juillet 1927. Luigi Campolonghi en était à la tête et Alceste de Ambris (décédé en 1934) en fut le secrétaire général. La LIDU avait également des sections en Suisse, au Brésil et en Argentine mais la section française était la plus importante. Selon un article de Campolonghi publié dans les Cahiers des Droits de l’Homme, elle regroupait en 1929, 3 000 adhérents dans 110 sections. Jusqu’en 1940 l’activité de la LIDU fut en étroite symbiose avec celle de la Ligue française et Campolonghi, aidé par sa femme Ernesta, fut en liaison constante avec les animateurs de cette dernière.

En 1935, lors de l’invasion de l’Ethiopie par Mussolini, Campolonghi se prononça pour un renforcement de la SDN et de la Petite Entente, une action de la France et de l’Angleterre pour tenir tête à l’Italie. À partir d’août 1936, il se rendit plusieurs fois en Espagne et publia divers comptes rendus de ces voyages.

Le 27 mai 1939 se tint à Chambéry le XIIe congrès de la LIDU en présence de Victor Basch*. Mais la guerre arrivait. Campolonghi envisagea de créer une Légion italienne qui aurait regroupé toutes les tendances de l’émigration italienne à l’exception des communistes mais ce projet échoua, en raison notamment de pressions gouvernementales françaises. En décembre 1940, Luigi Campolonghi et sa femme se trouvaient à Marseille d’où ils espéraient partir pour les États-Unis et furent l’objet d’une virulente attaque dans le journal Gringoire. Revenant d’un voyage en Tunisie, Campolonghi fut frappé d’hémiplégie en avril 1940. Soigné et partiellement rétabli, il put se replier dans le Sud-Ouest de la France à Montgaillard près de Nérac. C’est là qu’ayant eu la joie d’apprendre la chute de Mussolini, il décida de partir pour l’Italie, ce qu’il fit le 26 juillet 1943. Emprisonné trois jours à Menton, il put finalement gagner Ivrea le 26 août 1943 où il mourut. Sa veuve Ernesta Campolonghi revint en France en octobre 1945 et continua à s’occuper de la LIDU dont l’influence se réduisit progressivement, jusqu’à sa mort en 1962.

Une importante partie de la bibliothèque de Luigi Campolonghi ainsi que des documents le concernant, soigneusement conservés par sa fille Lidia Campolonghi, ont été transmis par elle à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Nanterre. Une autre partie de ses archives est consultable à l’Institut d’histoire de la Libération de Milan.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18513, notice CAMPOLONGHI Luigi par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 septembre 2017.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : Vita d’esilio, Savona, Tipographia ligure, 1902, 94 p. — Popolo, il libro della povero gente, Genova, Palagi, 1908, 148 p. — La nuova Israele, Piacenza, Soc. editrice Pontremolese, 1909, 262 p. — L’assassinio di Francisco Ferrer y Guardia, Genova, Palagi, 144 p. — La Zattera, Genova, Libreria moderna, 1907. — Amilcare Cipriani, una vita di aventure eroiche, Milano, Societa editoriale italiana, 1912, 128 p. — Nella tormenta, diario di un giornalista durante la guerra, Milano, Soc. ed. italiana, 1917, 224 p. — Avec l’Italie ? Oui Avec le fascisme ? Non, Paris, Ligue des droits de l’Homme, 1930, 134 p. — Esilio (poèmes), Marseille, 1932, 114 p. — Una cittadina italiana fra l’80 e il 900, cronache di ieri e oggi (1935), Milano, Ed. Avanti, 1962, 157 p. — Nombreuses conférences publiées en brochures : (Edmondo de Amicis, Giornali e giornalisti, La rivoluzione spagnola, etc.), manuscrits divers, collaboration aux journaux cités dans la biographie.

SOURCES : Arch. Luigi Campolonghi à la BDIC de Nanterre. — Lidia Campolonghi : Luigi Campolonghi et la Ligue des droits de l’Homme, manuscrit inédit, 1975, 128 p. — Mino Tassi : Luigi Campolonghi, pellegrino e soldato di liberta, 1876-1944, Pontremoli, Tipografia Artigianelli. — Hubert Delpont, Ernesta et Luigi Campolonghi, immigration italienne et antifascisme en Albret, Amis du Vieux Nérac, 1991, 168 pages (préface de Eric Vial) ; réédition en 2008 par les éditions d’Albret avec le titre légèrement modifié : Immigration italienne et antifascisme dans le Sud-Ouest. Entretiens avec Lidia Campolonghi, 1978-1982.

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