CAMPHIN René, Paul. Pseudonyme dans la Résistance : « colonel Baudoin »

Par Daniel Hémery

Né le 21 février 1913 à Saint-Nicolas-les-Arras (Pas-de-Calais), mort le 6 mars 1954 à Paris (Xe arr.) dans des circonstances mal élucidées ; ouvrier typographe ; militant communiste, membre du secrétariat de la Région communiste du Pas-de-Calais en 1938-1939, adjoint de Charles Tillon* à la direction des FTP, membre suppléant du comité central du PCF (1945-1954), membre du secrétariat de la fédération communiste du Pas-de-Calais en 1946-1947, puis secrétaire fédéral (1947-1949) ; député du Pas-de-Calais (1945-1954).

René Camphin
René Camphin
Collection Jocelyne Camphin

La famille Camphin, installée avant la Première Guerre mondiale à Saint-Nicolas, gros village de la banlieue d’Arras, se consacra tout entière au mouvement ouvrier. Eugénie Camphin* et Maurice Camphin (père)*, militants communistes de la première heure, encouragèrent très tôt l’engagement communiste de leurs trois fils : Maurice Camphin (fils)*, l’aîné, René Camphin, le second, et Paul Camphin*, le dernier. Tous trois appartenaient aux jeunes générations ouvrières des lendemains de la Première Guerre mondiale, d’où était issue l’élite ouvrière communiste qui mènera les combats du Front populaire et de la Résistance, qui vivra aussi les conflits et les déchirements du stalinisme puis de la Guerre froide. Comme celui de bien d’autres militants du Nord-Pas-de-Calais, l’engagement politique de René Camphin sera nourri par le dynamisme de la culture ouvrière et par la force de l’espérance communiste dans les années 1930 qu’avaient préparés depuis longtemps dans la région les combats ouvriers antérieurs, notamment celui des socialistes de l’avant-guerre et, chez les mineurs du Bassin houiller, celui des syndicalistes révolutionnaires du « Jeune Syndicat » avant 1914. Dans les années 1920, Arras était un foyer non négligeable de l’activité communiste et du syndicalisme unitaire dans le nord de la France. En 1933, l’Union locale de la CGTU comptait 400 syndiqués, dont 300 cheminots, 40 ouvriers de la métallurgie, 15 ouvriers du bâtiment et 12 postiers. Après le certificat d’études primaires, au sortir de l’école primaire de Saint Nicolas où il acquit une solide maîtrise de l’écrit comme de la parole ainsi que le goût de la lecture et de l’activité intellectuelle, il apprit vers 1925 le métier de conducteur-typographe, adhéra en mai 1927, à quatorze ans, aux Jeunesses communistes, en devint le secrétaire de rayon et entra au secrétariat régional des JC la même année. Licencié de son emploi peu après, il s’embaucha comme plombier, travailla à Douai, Lille et Valenciennes, puis entra aux services municipaux de la ville d’Arras comme manœuvre à la voirie. Il semble qu’en 1930 il ait participé à la direction de la grève du textile dans la région d’Arras. En 1934, il épousa Suzanne Delahaye, un jeune ouvrière de l’usine textile Réaumur d’Arras, originaire du gros bourg ouvrier de Biache-Saint-Vaast, dont il aura trois enfants.

En 1933, il entra au Parti communiste puis fit son service militaire dans une unité du génie. Démobilisé en 1935, il devint membre de la direction de la section communiste d’Arras, laquelle s’était beaucoup affaiblie depuis la fin des années 1920, à la suite du départ pour la rédaction de l’Humanité de Pierre Lacan, son véritable animateur : en 1929, elle ne parvint pas à présenter une liste complète aux élections municipales, ni non plus en 1935 (la liste du PCF n’obtint que 362 voix contre 2 452 au radical Delansorne qui fut élu maire avec le soutien de la SFIO et des communistes). Mais, comme en bien d’autres régions, tout changea avec le combat antifasciste et le Front populaire. René Camphin était, dans les années 1935-1937 et au-delà, un militant communiste particulièrement dynamique et dévoué, enthousiaste, entreprenant, sympathique même dans les rangs adverses. Il organisa un grand nombre de réunions politiques et y prit la parole. Secrétaire du syndicat CGTU des communaux d’Arras, il devint en 1935 le secrétaire du syndicat réunifié CGT et fit partie de la direction de l’Union locale CGT. À ce titre, il participa à la négociation de la fin de la grève des ouvrières de la chemiserie Rousseau le 7 avril 1937 et dirigea la grève des communaux et des agents de police du 4 novembre 1937, il rédigea le cahier de revendications des grévistes et le déposa en leur nom à la mairie et à la préfecture. Mais l’essentiel de son activité militante s’effectua désormais sur le terrain de la lutte politique. Il fut l’un des porte-parole du PCF et, lors de la campagne électorale du printemps 1936, âgé de vingt-trois ans, il porta la contradiction au comte de Diesbach, député sortant de la 2e circonscription du Pas-de-Calais, pour soutenir le candidat du Front populaire, le socialiste René Louis. Il intervint dans les réunions locales du Front populaire et du Parti communiste, par exemple, aux côtés de Guy Mollet, représentant de la SFIO, au meeting de commémoration de la guerre de 1914 et de l’assassinat de Jaurès organisé en 1936 par le comité régional du Parti communiste. Licencié du personnel de la Ville d’Arras par le maire radical Delansorne le 12 novembre 1937, il fut candidat avec trois autres militants communistes un mois plus tard à l’élection municipale complémentaire du 12 décembre provoquée par le décès de ce dernier, mais ne fut pas élu (la liste communiste obtint 714 voix sur environ 5 000 suffrages exprimés). La même année, il devint secrétaire du rayon d’Arras du PCF. Sous son impulsion, le communisme arrageois connut un développement certain, avant tout grâce à sa solide implantation dans l’importante concentration de cheminots de la Compagnie du Nord (devenue la SNCF en 1937) à Arras et parmi les ouvriers des usines moyennes de la vallée de la Scarpe, le rayon comptant peut-être un millier d’adhérents en 1937, organisés en 1939 dans le cadre de trois cellules dans la ville, dont une de cheminots forte de vingt-cinq membres, et, au total, de seize cellules dans l’ensemble de l’arrondissement. « René Camphin, écrivait le commissaire spécial d’Arras le 20 janvier 1939, est un militant-propagandiste très actif prenant la parole dans de nombreuses réunions ». Ce jeune militant qui était en train d’acquérir la stature d’un dirigeant devint en même temps la cible des attaques des socialistes et de la droite. D’autant qu’il était l’un des rédacteurs de l’hebdomadaire des deux Régions communistes du Nord et du Pas-de-Calais, L’Enchaîné, dont le tirage avoisinait 17 000 à 18 000 exemplaires en 1939 et dont il dirigeait et rédigeait en partie l’édition du Pas-de-Calais. Il suivit deux écoles centrales du Parti communiste : l’une en 1936, l’autre à Arcueil en 1937-1938 et, à l’issue de cette dernière, la Section des cadres le jugeait « apte à faire du travail d’organisation centralement » tout en lui faisant une « observation sérieuse pour manquement à la discipline de l’école » (il avait fait venir à Arcueil sa femme et son fils).

Après le départ de Félix Cadras pour Paris, Auguste Lecœur, retour d’Espagne, fut chargé de la direction à partir de 1938 de la nouvelle Région du Pas-de-Calais créée en juin 1936, dont l’effectif, en pleine croissance depuis les années 1934-1936, atteignait 12 165 adhérents en 1939. René Camphin entra à ses côtés en 1938, à vingt-cinq ans, au secrétariat de la Région avec Cyprien Quinet, député de Carvin, l’unique député communiste du département, et Henri Thiébaut, maire de Liévin. Il s’installa à Lens avec sa famille et consacra une bonne partie de son temps au travail de direction au siège de la Région, 20 rue de la Gare à Lens, et aux tournées dans le département. Très doué, animé d’une foi militante à toute épreuve et d’une énergie infatigable comme tant de jeunes communistes de sa génération, bon orateur, désintéressé, chaleureux et populaire, il appartenait à la pépinière de jeunes cadres du Pas-de-Calais destinés à des responsabilités nationales que Maurice Thorez, qui entretiendra des relations étroites avec lui, veillait à faire « monter » dans l’appareil dirigeant du parti, et parmi lesquels il avait déjà sélectionné deux nordistes, Jean Catelas d’Amiens et Félix Cadras de Calais.

À la déclaration de guerre, René Camphin fut, avec Auguste Lecœur et Cyprien Quinet, l’un des premiers militants communistes arrêtés à la suite du tract que tous trois avaient signé sous le titre « Le Pacte de non-agression entre l’URSS et l’Allemagne, grande victoire de la paix, triomphe de la politique de fermeté de l’URSS » : « Les Munichois, les capitulards qui voyaient déjà leur mauvais coup de septembre réédité, écrivaient-ils, arrivent mal à cacher leur déconvenue : alors qu’ils faisaient l’apologie de la discussion avec Hitler dans la lâcheté comme à Munich, aujourd’hui ils critiquent l’URSS de discuter dans la fermeté en obligeant Hitler, le pourfendeur de communistes, à lui déléguer à Moscou l’un de ses ministres. Le peuple français se félicitera de cette grande victoire menée de main de maître par le génial Staline, apôtre de la paix... Cela doit servir à activer la réalisation du Pacte anglo-franco-soviétique qui viendra pour une large mesure assurer la sécurité mutuelle et l’indépendance des peuples. Le gouvernement, Monsieur Daladier, se doit de réaliser cela rapidement ». Mobilisé au 173e bataillon du génie, René Camphin fut arrêté le 26 août 1939 (son père, Maurice Camphin, le fut également pour avoir diffusé ce tract) et passa avec Lecœur devant le conseil de guerre de Lille en janvier 1940 - « sagement il s’est tu », rapportera plus tard, en 1971, Lecœur. Il fut condamné à trois mois de prison, Lecœur, qui contredit son avocat militaire pour revendiquer sa prise de position, le fut à six mois. Comme il avait déjà fait préventivement plus que sa peine, Camphin regagna son unité en mai 1940. Il combattit dans les Ardennes, puis fut fait prisonnier à Belfort le 17 juin 1940, mais s’évada d’Allemagne le 18 septembre 1941 en traversant le Rhin à la nage. Il ne revint certainement pas dans le Pas-de-Calais, bien que certaines sources affirment qu’il y aurait suscité la première réunion des responsables clandestins du Pas-de-Calais le même mois au quartier de La Sentinelle à Beaumont-en-Artois, puisque, dans sa biographie d’octobre 1945, il indiquait avoir repris contact avec le parti en décembre 1941. En fait, après son évasion, il était passé en zone Sud, avait été démobilisé le 21 septembre 1941 à Bourg-en-Bresse, avait gagné Saint-Étienne où il avait été rejoint par sa femme et ses enfants, et avait été embauché quelque temps aux mines de la Loire. C’est là que sa mère vint, sans doute après l’été 1941, le chercher de la part d’Auguste Lecœur qui venait d’entrer dans la direction clandestine du parti comme responsable à l’organisation après la grève des mineurs du Pas-de-Calais de mai 1941, pour qu’il gagne la région parisienne où, à partir d’octobre 1941 semble-t-il, il vécut dans la clandestinité, à Colombes, avec sa famille, sous le nom de Lourel. Lecœur l’avait fait monter à Paris pour le charger de tâches de coordination de la résistance communiste comme « Inter » (responsable interrégional). À la différence de celle de ses deux frères, l’activité résistante de René Camphin se situa au plan de la direction centrale de la Résistance communiste. Il fut successivement Inter 21 sous le pseudonyme de Robert, puis, sous le même pseudonyme, Inter 25 la même année et Inter 23, sous le pseudonyme de Roger, en 1942-1943. Lecœur le proposa pour le premier Comité militaire national qui, depuis octobre 1941, avait pris en mains l’Organisation spéciale du Parti communiste. En février 1943, il fut choisi pour remplacer, sous le nom de Baudoin, Albert Ouzoulias (lui-même successeur d’Eugène Hénaff, « brûlé » et envoyé en province) au Comité militaire national (CMN) de cinq membres qui, autour de Charles Tillon, dirigeait les FTP et qui était installé clandestinement, comme la direction nationale du parti (J. Duclos, B. Frachon, Ch. Tillon, A. Lecœur), dans la vallée de Chevreuse où ils se réunissaient généralement sous le couvert d’anodines réunions familiales. Entre la fin de 1941 et 1944, il se déplaça avec son épouse et ses deux enfants de « planque » en « planque » entre Argenteuil, Bezons, Cormeilles-en-Parisis, Colombes, Issy-les-Moulineaux, puis s’installa au printemps de 1944 avec Charles Tillon dans une ferme louée à Denisy, près de Dourdan. Les familles Tillon, Beyer, Camphin, Casanova, y cohabitaient pendant un mois environ au moment du débarquement allié en Normandie. Au CMN, René Camphin était commissaire aux effectifs et, à ce titre, avait la charge du recrutement et de l’encadrement des FTP. En perpétuel déplacement, il échappa comme l’essentiel de la direction du PCF, que la police de Vichy ne parviendra jamais à localiser, à la toile d’araignée policière française et allemande dans laquelle devaient tomber ses deux frères Maurice et Paul ainsi que son cousin Alfred Cuvelier. « Grand animateur des FTPF dans la clandestinité... », selon l’appréciation du secrétariat du Parti en février 1946, excellent organisateur, d’une force morale souvent citée, en dépit des exécutions qui décimaient sa famille, René Camphin joua un rôle essentiel dans la préparation de l’insurrection parisienne d’août 1944 en mettant sur pied en août 1944, aux dires des témoins, près de cent compagnies de FTP dans la région parisienne, en les armant et en les encadrant à l’aide de combattants expérimentés. Rentré dans Paris au début de l’insurrection, il y participa et ce fut lui qui, à la tête d’un groupe de FTP, prit d’assaut l’un des sièges de la Milice, rue La Fayette, futur siège du comité central du parti. Son action lui valut, avec le grade de colonel FFI, l’attribution par le gouvernement Bidault en 1946 de la rosette de chevalier de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre, de la médaille de la Résistance et de la médaille des Évadés. En septembre 1944, il fut probablement chargé de l’intégration des FTP dans les FFI puis dans l’armée, tâche qu’il semble avoir assumée jusqu’en 1945.

Dans le cadre de la réorganisation des fédérations communistes, le secrétariat du parti adopta, le 18 février 1946, la décision de « prendre les dispositions nécessaires pour que Camphin soit désigné au comité fédéral (du Pas-de-Calais) par la prochaine conférence fédérale et (de) prévoir son utilisation par la Fédération en attendant qu’il puisse être dans le secrétariat fédéral, conformément aux décisions du secrétariat des 4 et 11 février 1946 ». En conséquence, revenu à Arras où, désormais, il habitait avec les siens l’un des modestes baraquements provisoires construits pour les sinistrés, cité Patton, René Camphin retrouva en somme ses anciennes fonctions d’avant la guerre. Il fut élu au secrétariat de la fédération communiste du Pas-de-Calais, la troisième de France - en mai 1946, selon les Renseignements généraux, ses 242 cellules, dont 100 d’entreprises, comptaient 15 220 adhérents, soit plus que la SFIO (12 380 adhérents en avril 1945) -, aux côtés de Louis Lambin, secrétaire en titre de la fédération, au terme de la Ve conférence fédérale que présida Marcel Cachin les 27 et 28 avril 1946 au Palais Saint Vaast à Arras. À la VIe conférence fédérale (Hénin-Liétard, 7 et 8 juin 1947), il devint secrétaire de la fédération et conserva cette responsabilité jusqu’en 1949. À ses côtés, au secrétariat, travaillaient Auguste Lecointe et Louis Lambin, tous deux très proches, comme lui, d’Auguste Lecœur, qui reçut de Thorez la responsabilité de la section d’organisation du PCF en 1947 et présida par ailleurs la puissante Union régionale des mineurs CGT tout en étant maire de Lens. À partir de 1947, entrèrent au secrétariat fédéral, sur proposition de ce dernier, Roger Pannequin et Joseph Legrand. Ce dernier remplaça René Camphin comme secrétaire de la fédération à la VIIIe conférence fédérale (Harnes, 18-20 février 1949), Camphin restant membre du bureau fédéral. Du fait de son activité communiste d’avant la guerre, de son action dans la Résistance, du combat et du courage de sa famille et de ses deux frères pendant la guerre, de son inlassable activité militante, René Camphin était désormais l’une des principales figures du mouvement communiste dans le Nord de la France. Un mouvement profondément marqué depuis 1920 par la lutte entre socialistes et communistes, implanté dans une classe ouvrière puissante et combative, aux fortes traditions particulières, dont la composante essentielle était constituée par les mineurs de la partie occidentale - la plus productive - du bassin charbonnier du Nord-Pas-de-Calais, et dans l’une des régions où, après 1945, montaient les tensions sociales et où allait se déterminer, dans le cours des grandes luttes ouvrières de 1946-1948, l’avenir de la IVe République. René Camphin n’avait-il pas conclu la conférence de la fédération communiste du Pas-de-Calais d’avril 1946 par un « en avant pour un gouvernement à présidence communiste ! ».

Auparavant, il avait été élu membre suppléant du comité central du Parti communiste au Xe congrès le 27 juin 1945 et fut réélu aux mêmes responsabilités lors des XIe et XIIe (1950) congrès. Il était de tous les meetings régionaux, par exemple celui du Casino à Arras qui réunit 2 000 personnes le 7 novembre 1945 sous sa présidence pour écouter Jacques Duclos, anima d’innombrables réunions, meetings, manifestations, délégations auprès des autorités, tout en assumant les fonctions de directeur de Clarté, l’hebdomadaire de la fédération qui parut de décembre 1945 à décembre 1949 et dont Auguste Lecœur était directeur politique, et en impulsant l’activité du PCF dans la région d’Arras où, selon les sources policières, la section communiste atteignait son apogée en 1946 avec 1 741 adhérents répartis en 41 cellules dont 6 d’entreprises. Entre la fin de 1944 et le milieu de l’année 1947, dans l’ensemble du département, l’influence du Parti communiste touchait à son sommet, de même que celle des organisations qu’il contrôlait : en décembre 1944, l’Union des Femmes Françaises comptait 1 500 à 1 600 adhérentes dans l’arrondissement et l’Union locale CGT d’Arras comportait 42 syndicats avec 8 388 cartes syndicales placées.
En même temps, René Camphin entama un long parcours municipal et parlementaire. Il rentra au conseil municipal d’Arras en mai 1945 avec six autres conseillers communistes et apparentés (la liste communiste, qui avait obtenu 14,1 % des voix au premier tour contre 30,1 % au MRP, 18,9 % à la SFIO et 10,1 % aux Radicaux, avait fusionné avec la liste socialiste au second tour, ce qui avait permis l’élection d’une municipalité socialiste et communiste ainsi que la désignation du communiste Alizier comme adjoint au maire). Il y sera réélu en tête de la liste communiste en octobre 1947 (cinq élus avec 13,4 % des voix contre 20,8 % à la SFIO, 15,8 % au MRP, 28,9 % au RPF) et en 1953 (cinq élus avec 13,5 % des voix contre 25,9 % à la SFIO, 15,8 % au MRP et 22,3 % au RPF). Il fut présenté par le PCF aux élections du 21 octobre 1945 à la première Assemblée constituante, en seconde position sur la liste conduite par Auguste Lecœur. Avec 33 % des suffrages exprimés, la liste communiste eut trois élus, dont René Camphin, soit autant que la liste de la SFIO dirigée par Guy Mollet. Il en alla de même aux trois consultations ultérieures auxquelles il fut candidat, toujours second derrière Auguste Lecœur. La liste de Guy Mollet, arrivée en tête le 21 octobre 1945 avec 38 % des suffrages, fut distancée par la liste communiste le 2 juin 1946 pour l’élection de la seconde Constituante (122 122 contre 120 571 suffrages). Puis l’écart grandit et, nettement en tête, la liste communiste obtint 35,5 % des voix à l’élection de l’Assemblée nationale le 10 novembre 1946 (28,5 % à la liste socialiste) et, malgré la loi sur les apparentements, 36,4 % à celle du 17 juin 1951 (contre 25,5 %).

L’essentiel de l’action de René Camphin se déroula désormais sur trois registres. Membre du comité central, il collaborait désormais de près à la section d’organisation avec Auguste Lecœur, assurait le suivi de diverses fédérations (Indre-et-Loire, Alpes-Maritimes etc.) et se vit probablement confier un certain nombre de tâches secrètes telles que la transmission de documents à l’appareil du Kominform au moment du procès Slansky ou l’accueil discret de Maurice Thorez au retour de son hospitalisation et de sa convalescence en Union Soviétique le 10 avril 1953. En février1945, il était sans doute devenu l’un des responsables militaires du parti. Au cours de l’un des premiers meetings du PCF à la Libération, le 5 novembre 1944, il consacra son discours à l’intégration des FFI et des FTP dans l’armée - plusieurs centaines de FTP venaient d’être intégrés, non sans quelques incidents, dans les deux régiments en garnison à Arras -, dénonça les officiers d’active qui n’avaient pas rejoint les Forces françaises libres, s’éleva contre la dissolution des Milices patriotiques - « il faut garder les Milices... », déclara-t-il -, réclama l’épuration de la police et le maintien des Comités de Libération. Il se consacra en même temps, avec Joseph Legrand et Roger Pannequin et en liaison étroite avec Auguste Lecœur, aux lourdes tâches de direction de la grosse fédération communiste du Pas-de-Calais, sans doute la plus ouvrière du PCF. Responsabilité particulièrement cruciale pendant les trois vagues successives de « grèves rouges » des deux années 1947 et 1948, mouvements revendicatifs classiques certes, mais aussi grèves insurrectionnelles pour une partie, difficile à mesurer, des travailleurs qui y prirent part : grèves en ordre dispersé de mai-juin 1947 qui suivirent la grève de Renault en mai, vague gréviste du 12 novembre au 9 décembre 1947, la plus puissante (peut-être 1,8 million de grévistes selon l’estimation retenue par R. Mencherini), et aussi la plus dure, non moins dure grève des mineurs d’octobre-novembre 1948. Grèves de la pénurie et de la misère ouvrière, grèves de la désillusion après la retombée de l’espérance populaire placée dans la Libération et la perte aux élections municipales d’octobre 1947 d’un certain nombre de municipalités (Lens, Calais, Hénin-Liétard, etc.), mais aussi de la défiance à l’égard de gouvernements sans ministres communistes. Elles traduisaient également un malaise certain au sein du Parti communiste. Celui-ci, dont les effectifs baissèrent notablement en 1947, spécialement dans le Nord-Pas-de-Calais, était menacé de voir se distendre ses liens avec le monde ouvrier.

Les grèves furent particulièrement violentes dans le Pas-de-Calais d’où était partie, dirigée par Auguste Lecœur et ses camarades, la grève des mineurs de mai 1941, où les sacrifices consentis par les mineurs pour la « bataille du charbon » étaient particulièrement lourds depuis la fin de 1944 et où la tension montait depuis le printemps 1947 dans les corons et les puits. De par ses fonctions à la fédération communiste, René Camphin joua un rôle de premier plan dans leur conduite, laquelle s’avéra extrêmement difficile alors que la Guerre froide commençante et les effets désastreux de la scission en cours de la CGT durcissaient à l’extrême, dans le Nord-Pas-de-Calais, les relations entre les communistes, les socialistes (Guy Mollet est maire d’Arras) et leurs alliés, entre syndicalistes CGT et CFTC et surtout à l’intérieur de la CGT où les militants de la tendance Force ouvrière étaient en train de préparer la grande cassure syndicale de 1947. S’il est certain que la direction du PCF, de fait dans l’opposition depuis mai 1947, laissa se développer le mouvement gréviste, elle ne mit pas moins tout en œuvre pour l’encadrer et le maintenir sur le plan revendicatif et syndical, quitte à en capitaliser les effets au service de sa stratégie politique, ce que confirmait l’entretien Staline-Thorez du 18 novembre 1947 à Moscou, puis le discours de Thorez à Hénin-Liétard le 4 décembre. Mais, chargé sur le terrain de mettre en œuvre une ligne politique non dénuée d’incertitude jusqu’au début décembre, quasi-contradictoire et apparemment susceptible jusqu’à cette date de s’infléchir d’un jour à l’autre, dans la situation terriblement tendue du moment, René Camphin, comme bien des anciens responsables de la Résistance communiste et des proches d’Auguste Lecœur, ne put que ressentir très intensément les dilemmes que devait assumer la direction du PCF et, comme eux, il n’écarta probablement pas, un temps du moins, la perspective du développement d’une situation révolutionnaire ou proche de l’être, voire d’un « tout est possible ». De toute façon, sur le terrain, la question « jusqu’où aller ? » ne put avoir eu de réponses préétablies. L. Létoquart, futur secrétaire fédéral du Pas-de-Calais, raconte dans ses souvenirs que « le jour de l’exclusion des ministres communistes du gouvernement en mai 1947, René Camphin est venu en descendant du train de Paris rendre compte devant le bureau de la section d’Arras de son appréciation sur la situation créée par cet événement. Ses propos m’ont fortement impressionné. Pour René, notre pays, et bien sûr notre parti, entraient dans une période révolutionnaire, ce qui n’avait pas été possible à la Libération, allait le devenir, c’est-à-dire (que) les conditions se créaient pour la prise du pouvoir. Ces propos me laissent perplexes... Je ne vais pas tarder à m’apercevoir que l’appréciation de René Camphin est aussi celle d’Auguste Lecœur et de Roger Pannequin. Progressivement s’inculque chez les militants l’idée du "grand soir" ». Témoignage qui, fortement tributaire des conflits intérieurs que va connaître le parti dans cette région et, de toute façon, très postérieur aux événements, doit être reçu avec beaucoup de prudence critique, mais qui, corroboré par divers autres souvenirs de militants, met en lumière la dimension paroxystique de ce qui aura été, dans le Pas-de-Calais de 1947 comme en bien d’autres régions, une bataille de classes décisive.

Dans le bassin minier et sur ses abords, les affrontements violents
culminèrent au début de décembre 1947 : le 2 décembre, l’état de siège fut proclamé dans la région ; dans la nuit du 2 au 3, l’express postal Paris-Lille dérailla près d’Arras à la suite d’un sabotage de la voie effectué par des cheminots grévistes du dépôt d’Arras qui croyaient avoir affaire à un train de CRS. Les rails avaient été déboulonnés sur vingt-cinq mètres. Le sabotage, qui tua 16 postiers « roulants » et blessa 46 personnes, provoqua une immense émotion alors que la grève piétinait et que la scission de la CGT était toute proche. Le 6 décembre, l’armée occupa le bassin minier, le 11, le comité central de grève donna l’ordre de la reprise. Dans un communiqué, René Camphin, Louis Lambin et Roger Pannequin accusèrent le RPF d’avoir fait déboulonner les rails avec la connivence du préfet socialiste et de la police. La police judiciaire ne poussa pas l’enquête jusqu’à trouver les coupables et ne conclut pas clairement sur la responsabilité du sabotage, peut-être pour faciliter la reprise du travail qui déjà s’annonçait. On ne peut d’ailleurs totalement écarter, à propos de l’« affaire du train », l’hypothèse d’un compromis tacite sinon même occulte entre le ministre de l’Intérieur, Jules Moch, et la direction du Parti communiste. Quoiqu’il en ait été, les 14 cheminots arrêtés après le déraillement furent acquittés en février 1948... Toujours est-il que la séquence de 1947 ne cessera de peser sur l’itinéraire communiste ultérieur de René Camphin, comme d’ailleurs sur ceux de Lecœur et Pannequin. Sans doute compta-t-elle autant que l’« affaire Pronier » (surpris à incendier des meules de paille en plein champ dans la nuit du 18 au 19 février 1951, ce dernier, ancien FTP et membre du PCF - un « provocateur » ? -, abattit un cultivateur et déclara à la police avoir agi sur ordre de Roger Pannequin et du Parti communiste) dans le « blâme intérieur » qui lui fut secrètement infligé le 4 avril 1951 par le comité central du PCF, peut-être à l’initiative de Lecœur, sanction qui fut également appliquée à Roger Pannequin tandis que Joseph Legrand fut destitué de son poste au comité central. En fait, à partir de la fin de 1947, le dynamisme et l’influence du Parti étaient en baisse sensible dans le Pas-de-Calais, nombre de conflits internes dont les enjeux sont encore obscurs surgirent et bien des militants s’éloignèrent discrètement. René Camphin, atteint en septembre 1949 d’une grave pneumopathie sans doute de nature cancéreuse, dut faire un long séjour à la Maison des mineurs de Vence de novembre 1949 au printemps 1950 et ne put assister au XIIe congrès du PCF d’avril 1950. Il y fut cependant réélu membre suppléant du comité central.

Depuis la Libération, l’activité parlementaire de René Camphin n’avait pas été moindre. Dans les deux Constituantes, il fut membre de la commission de l’agriculture et juré à la Haute Cour de Justice, il appartint également à la commission de la Défense nationale de la seconde Constituante, devant laquelle il intervint sur le budget de la Justice et le statut du fermage. Après les élections législatives de novembre 1946, il fit partie de la commission d’enquête sur les événements survenus en France de 1933 à 1945, siège successivement aux commissions de la Défense nationale (1946), de la Famille, de la Santé publique et de la population (1947), des Pensions (1948) et de la Production industrielle (1949). Il rédigea de nombreux textes, rapports et propositions de lois, par exemple sur l’intégration dans l’armée active des officiers FFI (rapport du 3 juin 1947). Il fut l’un des spécialistes législatifs du PCF concernant la main-d’œuvre minière et nombreuses furent ses interventions sur ce thème : proposition de loi sur l’amnistie des condamnations pour faits de grève (27 décembre 1948 et 14 juin 1949), sur la retraite après trente ans de service minier (20 décembre 1950), sur la majoration des pensions (5 janvier 1951 et 8 février 1951), sur l’indemnisation des victimes des catastrophes minières (25 mai 1949, 9 février 1951). Il intervint fréquemment à propos de ces questions en séance plénière, mais aussi sur la politique énergétique et charbonnière, ainsi que, dans un autre domaine, pour protester contre la campagne en faveur de l’amnistie des Vichystes et de Pétain.

Durant son second mandat à l’Assemblée nationale, il déploya une égale activité parlementaire : il appartint successivement aux commissions du Travail et de la Sécurité sociale (1951 à 1953), puis à la commission de l’Intérieur (1953) et à celle du suffrage universel (1954). Il déposa plusieurs propositions de lois en faveur des mineurs, intervient devant l’Assemblée, travailla également sur la Sécurité sociale et suivit diverses questions juridiques, telles que l’amnistie. C’est ainsi qu’il prit la parole le 29 août 1951 sur le redressement financier de la Sécurité sociale, le 13 novembre sur le budget du ministère du Travail et sur la Sécurité sociale, les 29 et 30 octobre 1952 sur la Sécurité sociale minière et le 29 octobre 1953, à nouveau, sur le budget du Travail et de la Sécurité sociale. Il participa aux débats sur l’échelle mobile des salaires (19 septembre 1951), sur le SMIG (25 février et 9 avril 1952, 29 et 30 mai 1952). Enfin il prit part à deux longs débats sur l’amnistie en 1952 (juillet et novembre) et en 1953 (février et juillet).
C’est dans des circonstances qui ne sont pas totalement élucidées que l’activité de ce militant de grande valeur se trouva brutalement interrompue. Sa mort fut un effet dramatique mais étouffé par la direction du Parti communiste de ce que l’on a appelé l’« affaire Lecœur » (1953-1954). Comme l’affaire Secchia en Italie au même moment, l’élimination d’Auguste Lecœur, ancien sous-secrétaire d’État à la Production industrielle du gouvernement De Gaulle en 1945, secrétaire à l’organisation du PCF, qui passait à l’époque pour le probable successeur de Maurice Thorez à la tête du parti, ne pouvait être interprétée, comme on le fit à l’époque et comme on le fait encore trop souvent, dans le seul contexte de la vie interne du PCF. Elle n’était elle-même que l’une des nombreuses crises de direction et l’une des purges qui frappèrent l’ensemble des partis communistes à l’Est comme à l’Ouest durant la Guerre froide, alors que se déroulaient les implacables luttes de sommet qui accompagnèrent le processus sinueux dit de la « déstalinisation » qui s’engagea en 1953 dans l’ensemble du monde et du mouvement communistes mais ne sera jamais achevé, luttes dont l’affaire Marty-Tillon, tranchée au comité central de Gennevilliers le 3 septembre 1952, aura été le prodrome en France. Aux enjeux de ces crises qui combinaient inextricablement appropriation du pouvoir au sein des partis communistes et choix de leurs orientations stratégiques s’ajoutaient la baisse inexorable des effectifs et, dans une moindre mesure, de l’influence du Parti communiste français depuis 1947, en corrélation avec les mutations de la société ouvrière dans le pays, et, sur le plan régional, les dysfonctionnements politiques de la puissante fédération du Pas-de-Calais, dont on aurait tort d’oublier par ailleurs qu’elle constituait pour le parti une référence emblématique essentielle, celle de la plus importante fédération ouvrière (que l’on se rappelle le titre du roman d’André Stil : Le mot « mineur », camarades !), et qu’elle lui avait fourni ses deux dirigeants les plus prestigieux dans les années 1950 : Thorez et Lecœur. Il faut aussi ajouter que ces purges allaient souvent frapper ceux qui avaient été, sur le terrain de l’action, les organisateurs et les dirigeants effectifs de la Résistance communiste. Problématique nullement négligeable, sourdement cruciale à l’époque, même si l’on ne peut démontrer aujourd’hui qu’il y a eu, de la part de Moscou et de Maurice Thorez, une politique délibérée visant à leur systématique élimination : que l’on songe aux tenaces efforts de ce dernier et de ses plus proches soutiens (J. Vermeersch, J. Duclos, F. Billoux, etc.) à le présenter, au prix d’une singulière réécriture de l’histoire, comme le promoteur et le dirigeant, dès 1940, à l’égal de De Gaulle, de la Résistance française. Tout comme ce dernier, Thorez avait manifestement compris, mieux que ceux qu’il éliminera de la direction du PCF, la valeur politique essentielle de la référence à la Résistance dans la France d’après 1944, l’impossibilité de compter en politique en dehors de cette référence.

Au centre de l’affaire Lecœur, au moins deux enjeux indissociables, que les victimes de l’affaire, Auguste Lecœur en tête, n’avaient pas clairement perçus et identifiés, comme le prouve d’ailleurs l’incroyable désarroi qu’expriment les lettres adressées par ce dernier au bureau politique et à Jacques Duclos, aujourd’hui disponibles aux archives centrales du Parti communiste. Il est manifeste qu’ils ne comprirent pas ce qui leur arrivait. Le premier de ces enjeux était le maintien de l’autorité de Maurice Thorez et de ses associés immédiats sur la direction du PCF. Le second, plus important encore, était le devenir de la déstalinisation des partis communistes alors qu’en 1953 la lutte faisait rage en URSS entre molotoviens et krouchtcheviens, déstalinisation qui, précisément, passait par l’abandon du culte des leaders alors à son apogée, en l’occurrence, dans le parti français, de celui de Thorez, foncièrement hostile quant à lui à toute déstalinisation et étroitement lié aux molotoviens. C’est ce second enjeu que Mikhaïl Souslov, dont dépendait directement Lecœur, en tant que secrétaire à l’organisation du PCF, exposa en termes plus ou moins voilés, au nom du groupe Malenkov-Krouchtchev, à ce dernier lors de son voyage à Moscou à la fin d’août 1953. Lecœur se trouva ainsi impliqué directement, sans en saisir clairement, de par sa formation de stalinien orthodoxe, la totalité des enjeux, dans la lutte des fractions au sein du PCUS. Il fut invité par Souslov à transmettre au PCF, car J. Duclos ne l’avait pas réellement fait au terme de ses entretiens à Moscou au début de l’été 1953, le nouveau cours soviétique, en particulier la nécessité impérative de la critique de Staline et de la mise en place de directions réellement collectives dans tous les partis communistes, au lieu de la direction personnelle que Thorez, fort de son intouchable sanctification, pratiquait depuis longtemps en France. À la suite d’une nouvelle entrevue à Moscou en septembre 1953 avec Souslov et Andropov, Lecœur exposa le même mois la teneur de son entretien directement à Thorez, lequel, en vieux routier des luttes de sommet, ne broncha pas, puis, à son retour à Paris, au bureau politique. C’est précisément ce débat sur les méthodes de direction, ouvert au bureau politique à la fin de l’année, qui allait se trouver retourné contre son propre initiateur, Lecœur. Ce dernier, en dépit de son intelligence, n’en soupçonna manifestement pas les dramatiques développements possibles pour lui, par Maurice Thorez, désormais bien décidé à se débarrasser de lui avec l’aide de son bras armé Jeannette Vermeersch, et des autres membres du bureau politique emmenés par Duclos et Billoux, dont le statut dirigeant à la tête du PCF était étroitement lié à Thorez. Tous flairèrent en fait en Lecœur, en dépit de sa culture politique profondément stalinienne, l’homme de confiance potentiel de la nouvelle direction soviétique, le relais possible en France des krouchtcheviens. Lecœur apparaissait dès lors comme le concurrent virtuel le plus dangereux à la fois pour le pouvoir du secrétaire général et pour le maintien de la culture stalinienne du parti : il était fonctionnellement lié à la nouvelle direction soviétique, il disposait d’une réelle influence de masse, du moins dans le pays minier, - « ch’Gus » l’y appelle-t-on familièrement -, accrue du fait qu’il avait été le principal organisateur de la résistance communiste. C’est lui qui allait se trouver accusé d’avoir violé le principe léniniste de la direction collective - accusation que la situation et les secousses internes de la fédération du Pas-de-Calais, sa perte d’influence comme celle du syndicat des mineurs allaient permettre de justifier - et devenir le bouc émissaire du débat français. Selon le schéma classique des purges staliniennes, Thorez prit les devants et allait éliminer un adversaire potentiel avant même que ce dernier se soit positionné comme tel. La première tentative historique de déstalinisation du PCF se trouva dès lors rapetissée à un procès stalinien classique, une « affaire » strictement personnalisée, faite de la culpabilité d’un responsable diabolisé, sur le modèle de l’affaire Marty-Tillon : elle était donc par avance forclose.

René Camphin se trouva inexorablement impliqué dans l’« affaire ». Le 17 février 1954, la commission de contrôle politique du parti que présidait Léon Feix mit sur pied, sur décision du bureau politique, une commission d’enquête dirigée par Feix. Ce type de procédure, déjà utilisé contre Marty et Tillon en 1952, allait être mis en œuvre contre Lecœur qui avait été, avec Léon Mauvais, l’un des principaux accusateurs de Marty... La Commission avait officiellement pour charge d’enquêter sur la situation de la fédération du Pas-de-Calais, mais en fait de trouver la faille personnelle dans la gestion Lecœur - ses propensions au volontarisme et ses comportements cassants fournirent sans peine les ingrédients de l’acte d’accusation - et, tout autant, de retourner contre lui les dirigeants régionaux, d’en faire les indispensables auxiliaires du procès de l’homme qui les avait sélectionnés et dont ils recevaient les directives politiques. Plusieurs réunions du bureau politique furent consacrées, en janvier-février 1954, aux premières « conclusions » de la commission, qui s’était rendue dans le Pas-de-Calais, et à la mise en accusation de Lecœur. Ce dernier ne s’attendait nullement à être l’objet principal de l’enquête. Il rencontra encore Thorez début février et ne comprit que vers le 19 février qu’il était soumis à une procédure disciplinaire. Totalement désorienté et démoralisé, comme le montre sa correspondance, il adopta l’attitude inverse de celle de Marty et, pendant de longs mois, ne combattit pas à découvert. Dès lors, il refusa de participer aux réunions du bureau politique à partir du 25 février, date à laquelle il fut suspendu de ses fonctions de secrétaire du parti et mis en accusation par la direction à la session du comité central des 5 et 6 mars à Arcueil. Ce dernier entendit le 5 un réquisitoire de Jacques Duclos, développé par une longue intervention de François Billoux, censée reprendre les conclusions de la commission d’enquête. Toute l’activité de Lecœur était passée au crible, les principaux chefs d’accusation portant sur son « ouvriérisme », la « perversion (chez lui) de l’esprit de parti », selon les termes de Billoux, l’autoritarisme et l’aventurisme de ses méthodes qui avaient conduit la fédération du Pas-de-calais et d’autres fédérations à organiser de « petits groupes le plus souvent incontrôlés et incontrôlables qui ont été chargés, par exemple en 1947-1948, de durcir les grèves, en 1950 de répondre du tac au tac à des attentats », sur la mise en place de ses hommes aux postes clés et du système des instructeurs politiques que la direction du PCF avait créé en 1953 pour tenter d’enrayer la baisse des effectifs, bref sur la nature « social-démocrate » [...] de ses conceptions en matière d’organisation.

Auguste Lecœur, qui chercha naïvement à réfuter ces accusations dans une longue correspondance antérieure avec le bureau politique et avec J. Duclos, refusa d’assister à sa propre exécution politique. Mais tous ceux qui furent ses adjoints et ses collaborateurs de près ou de loin à la direction du parti, à la Section d’organisation ou dans le Nord-Pas-de-Calais, reçurent mission de venir à la tribune du comité central témoigner à charge contre l’ancien dirigeant et, en même temps, s’expliquer sur leur propre comportement. La menace d’être embarqués dans la procédure planait sur tous. Tous s’exécutèrent docilement, dans l’ambiance quasi-shakespearienne d’un comité central érigé en tribunal politique et se livrèrent à une auto-accusation en règle, parfois jusqu’aux larmes, pour avoir laissé agir Lecœur : ainsi se succédèrent à la tribune Fernand Dupuy, Théo Vial, Jean Llante, Michel Vandel, Julie Dewintre et surtout Léon Delfosse, du Pas-de-Calais, etc. À aucun moment du débat, il ne fut question de son enjeu occulté : la déstalinisation du communisme français.

René Camphin, qui était depuis l’avant-guerre l’un des plus proches compagnons de lutte de Lecœur, qui assumait probablement, depuis la Libération, une part de la responsabilité des structures clandestines réduites maintenues en veilleuse par le PCF et qui était l’une des principales figures du communisme dans le Pas-de-Calais, était concerné au premier chef par l’exigence de la direction thorezienne. Il importait qu’aucune voix - ni même qu’aucun silence... - ne se fasse entendre pour défendre si peu que ce soit Auguste Lecœur et que le principal coup à son autorité politique dans le Pas-de-Calais et dans l’ensemble du Parti soit porté par son plus proche camarade. C’était le moyen le plus sûr d’éradiquer l’influence que Lecœur pouvait conserver, d’éviter que n’éclatât une éventuelle crise interne régionale, voire nationale. L’intervention de René Camphin devant le comité central était donc à plus d’un titre décisive, puisque c’est elle qui allait achever d’isoler totalement Lecœur, de valider moralement le rapport Billoux, notamment en mettant au grand jour le volontarisme insurrectionnel prêté au secrétaire déchu lors des grèves de 1947-1948, sans parler de l’affaire du train. René Camphin se trouvait de fait être le plus crédible des accusateurs parce qu’irréfutable. Il était la pièce centrale du dispositif monté contre Lecœur. C’est la raison pour laquelle des pressions répétées s’exercèrent sur lui pour qu’il prononçât l’intervention attendue, d’autant qu’il fit peut-être preuve de réticences au comité central de Gennevilliers lors de l’exclusion de Marty et surtout de Tillon, dont il avait été pendant la guerre le très proche collaborateur. De plus, en février 1954, peu avant le déclenchement public du procès politique de Lecœur, Camphin avait organisé plusieurs réunions en Haute-Vienne destinées à obtenir la libération des inculpés des affaires de Domps et de Chambenet. Or, la fédération communiste de la Haute-Vienne avait pour secrétaire adjoint Georges Guingoin, qui avait été désigné pour cette fonction par le congrès fédéral de 1950 que présidait Lecœur et qui passait pour être un des plus fidèles soutiens de ce dernier. René Camphin, qui était atteint d’un cancer depuis 1950, avait été interrogé au début de 1954 par la commission d’enquête. En février 1954, il fut convoqué par Marcel Servin, successeur désigné de Lecœur à l’organisation, mais on ignore quelles ont pu être ses déclarations. Le 25 février, le bureau politique notait qu’avec Pannequin et Legrand il mentait ou cachait des informations et que tous trois étaient « des militants non contrôlés ». D’autres pressions sur lui eurent lieu depuis, de la part de Léon Mauvais notamment. Dans le rapport de François Billoux, René Camphin était à plusieurs reprises gravement mis en cause, accusé en termes voilés d’avoir prêté la main à la double direction que Lecœur était accusé d’avoir instauré dans le Pas-de-Calais et de partager la responsabilité des « fautes graves » commises en 1947, alors qu’il était secrétaire de la fédération : « Des militants, voire des membres du comité central comme Camphin et Pannequin avant sa sanction, accuse Billoux, travaillaient en francs-tireurs par rapport à la direction fédérale... Si le camarade Lecœur avait dit tout ce qu’il savait, ou tout au moins avait fait le nécessaire pour savoir tout ce qu’il pouvait savoir, le maintien du camarade Camphin et la montée du camarade Pannequin au comité central auraient certainement été discutés au congrès de Gennevilliers dernier... ». René Camphin, présent dans la salle, était bien placé sous la menace d’une élimination politique s’il ne participait pas à la dénonciation de Lecœur. Il n’est peut-être même pas exclu, puisqu’il était revenu sur cette affaire dans l’une de ses ultimes lettres, qu’on ait exigé de lui qu’il accuse Lecœur d’avoir pris la décision de faire dérailler le Paris-Lille en 1947, ce qui aurait été absurde puisque ce dernier était absent du Pas-de-Calais lors de l’événement.

Ainsi associé aux griefs adressés à Lecœur, René Camphin quitta la séance du comité central au soir du 5 mars 1954 et rentra, vers 1 h ou 2 h du matin, dans la petite chambre qui appartenait à son oncle dans un vieil immeuble, 95 rue du Faubourg-du-Temple, et qu’il occupait lors de ses séjours à Paris. Selon les ultimes souvenirs d’Auguste Lecœur, recueillis en 1992, il adressa une lettre à ce dernier (qui ne l’a pas conservée), dans laquelle il aurait nommé les organisateurs du déraillement, et écrivait : « Ma seule responsabilité, c’est que je n’ai pas eu le courage et l’autorité suffisante pour interdire ça ». L’épouse de René Camphin reçut le 7 mars deux lettres de son mari, non conservées elles non plus, l’une ayant été postée à Tours sans doute quelques jours auparavant, dans lesquelles il aurait annoncé son intention de se donner la mort. Au matin du 6 mars, son absence, alors que son intervention devant le comité central était attendue, inquiéta la direction du parti qui envoya Roger Roucaute, membre de la commission d’enquête, le chercher chez lui (selon Tillon, à 8 h 30, selon Liberté, quotidien communiste du Nord-Pas-de-Calais, à 11 h 30). Ce dernier frappa en vain à la porte de la chambre, puis serait revenu à 14 h et se serait fait ouvrir la porte par une locataire détentrice des clefs. Selon la déclaration publique faite par Étienne Fajon, reprise par la Préfecture de police, Roucaute découvrit René Camphin asphyxié l’après-midi du 6 mars. Pour le médecin légiste, le décès était dû à l’absorption massive d’oxyde de carbone. La Préfecture de police ouvrit une enquête. L’architecte-expert désigné constata que l’appareil à gaz qui chauffait la pièce où avait été retrouvé René Camphin était, contrairement aux dires des journaux communistes qui conclurent à une mort accidentelle, en bon état de fonctionnement. L’hypothèse d’un accident provoqué par un courant d’air, qui fut immédiatement retenue par la presse communiste à l’époque, était donc très peu probable. Il remarqua également, détail non négligeable, que l’arrivée du gaz dans cet appareil était commandé par une vanne de fermeture située dans l’escalier de l’immeuble et que le radiateur pouvait donc être éteint et réouvert de l’extérieur. D’où l’hypothèse d’un assassinat qui fut mise en circulation et fut reprise par des amis proches de René Camphin, dont Tillon et Pannequin, qui estimèrent qu’elle concordait avec la résistance morale extraordinaire que l’homme avait montrée pendant la guerre tout comme lors des épreuves qui frappèrent sa famille durant l’Occupation. La Préfecture de police conclut pour sa part, au terme d’une minutieuse enquête, à un très probable suicide, dû aux pressions exercées sur lui par la direction du PCF, explication qui devait être retenue par l’opposition de gauche du PCF. Elle semble la mieux fondée, quoique non complètement démontrée. Selon toute vraisemblance, René Camphin mit fin à ses jours dans la nuit du 5 au 6 mars pour ne pas avoir à participer à l’inique procès intenté à celui dont il avait été l’un des plus proches compagnons de combat, pour n’avoir pas à jouer le rôle d’accusateur qu’on lui avait explicitement ou implicitement assigné. Dans le découragement, sans doute cerné qu’il était entre son refus d’endosser le réquisitoire de Duclos et Billoux et de rejeter sur Lecœur la responsabilité des événements de 1947-1948, son impossibilité, ne serait-ce qu’en raison de sa propre formation politique, de rompre avec la cause et le parti auxquels sa famille, ses frères et lui avaient voué leurs vies, son dégoût des procédés du groupe dirigeant. Dans la plus totale solitude, car Auguste Lecœur ne s’était pas concerté avec lui. Manière de protester peut-être aussi. Les souvenirs des militants sur les relations entre les deux hommes sont évidemment partiaux, contradictoires, volontiers manichéens (la diabolisation d’Auguste Lecœur n’a pas complètement disparu jusqu’à aujourd’hui de la mémoire communiste régionale). Pour Roger Pannequin, « René ne s’était jamais entendu politiquement avec Lecœur et ce n’était un secret pour personne, mais en militant discipliné, il avait toujours respecté dans Lecœur l’homme placé à la direction du Parti. Il ne fallait pas espérer que René intervînt pour écraser Lecœur. Il avait l’esprit trop noble pour accabler un accusé déjà condamné ». Selon d’autres sources, René Camphin était un dirigeant communiste acquis à Lecœur.

Excellent organisateur, bon orateur, courageux et désintéressé, fidèle à ses engagements, l’homme aura été l’un des principaux artisans de l’étonnant développement du communisme dans le Pas-de-Calais entre les années 1930 et les années 1950. Pour relativement discret qu’il ait été, son rôle dans les situations de résistance, 1939-1944 et aussi 1947-1950, a largement dépassé les limites de la région et aura été, en définitive, essentiel.

Comme c’est souvent le cas pour les dirigeants politiques, sa mort physique fut redoublée d’une sorte de seconde mort, politique et symbolique. Les circonstances et les raisons de la première ne furent jamais évoquées dans le mouvement communiste, sauf en aparté et sur le mode de la rumeur, elles ne firent pas l’objet de la moindre analyse. Manière de taire aux militants la vérité d’un militant. Pourtant l’émotion populaire est considérable dans la région. Mais, comme ses frères, René Camphin fut l’objet d’une opération d’héroïsation. Comme toute héroïsation ne peut être lue que dans ses usages historiques, celle qui fut immédiatement entreprise à son endroit par le Parti communiste français mérite le même regard critique. Les envoyés de la direction du PCF, nationaux et fédéraux, prirent à ses domiciles parisien et arrageois la totalité de ses papiers personnels, y compris peut-être l’intervention éventuellement préparée pour le comité central du 6 mars. Ces papiers ne furent jamais rendus à sa famille. Celle-ci se tut et s’interdit d’exprimer le moindre doute, vraisemblablement au nom de la « discipline de Parti », jusqu’à ce que, beaucoup plus tard, sa mère, ralliée en 1968 aux maoïstes, accuse les dirigeants du PCF d’avoir assassiné son fils. Le Parti organisa le 11 mars 1954, alors que l’affaire Lecœur battait son plein dans ses rangs, de grandioses funérailles à Arras en l’honneur du disparu, auxquelles participèrent des milliers de travailleurs et d’anciens résistants spontanément mêlés dans une immense foule, et mit en marche le processus de son héroïsation : « Ces hommages, écrivit le quotidien Liberté, lui étaient dus. Au travers de la glorieuse dépouille de René Camphin, ils vont à notre Parti communiste français, le Parti des Fusillés, le Parti de la Nation et des "lendemains qui chantent" qu’avec tant de héros et de martyrs et de militants exemplaires ont préparé Paul, Maurice et René Camphin. » Les obsèques de la principale victime d’une crise dont il n’était pas le principal protagoniste servirent à étouffer les répercussions à l’intérieur du parti de l’affaire Lecœur - lequel, en comparaison du héros mort, devait longtemps faire figure de renégat vivant -, à conforter chez les communistes l’unanimité autour de Maurice Thorez et du groupe dirigeant du Parti communiste, à verrouiller la problématique de la déstalinisation du PCF. Celle-ci ne devait jamais être abordée que de manière homéopathique et circonstancielle et ne jamais donner lieu au véritable débat qui aurait peut-être permis de refonder historiquement le communisme français. Pendant toute l’année 1954 eut lieu, dans la fédération du Pas-de-Calais, une campagne de dénonciation d’Auguste Lecœur. La résolution votée le 23 mai 1954 par la conférence de la section communiste d’Arras se félicitait « des dispositions prises par la section au lendemain du CC d’Arcueil, dispositions qui consistèrent à aller dans les cellules discuter des fautes graves commises par A. Lecœur et [se félicitait] d’avoir tout de suite condamné les arguments des adversaires de notre Parti tendant à associer le nom de René Camphin, militant intègre et éprouvé de notre Parti, à celui d’Auguste Lecœur ». La campagne fut clôturée à Sallaumines le 16 décembre 1954 par une grande assemblée des bureaux de sections et de cellules. Au centre de la tribune, aux côtés de Jacques Duclos et des dirigeants régionaux, figuraient le père et la mère de René Camphin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18508, notice CAMPHIN René, Paul. Pseudonyme dans la Résistance : « colonel Baudoin » par Daniel Hémery, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 4 décembre 2010.

Par Daniel Hémery

René Camphin
René Camphin
Collection Jocelyne Camphin

SOURCES : Arch. Dép. Pas-de-Calais : M 2406, 5101/2, 5177, 5321/1, 5265, 5266, 5335/2, 5360, 5666. — Arch. du comité central du PCF : questionnaire biographique rempli par R. Camphin le 31 octobre 1945 (dossier 63-12157) ; dossier personnel de R. Camphin ; enregistrements sonores des sessions du Comité central du 3 septembre 1952 (bandes 9 à 12) et des 5 et 6 mars 1954 (bandes 13 à 16) — Arch. de Moscou : questionnaire biographique rempli par R. Camphin en 1949, dossier 31. — Nombreuses informations communiquées par Christian Lescureux. Qu’il trouve ici nos vifs remerciements. — Entretiens avec Jocelyne Camphin et Suzanne Camphin, fille et épouse de René Camphin. Suzanne Camphin est décédée le 17 mars 2002. — Biographie de René Camphin publiée par le quotidien communiste Liberté le 27 avril 1945 ; de nombreux articles de nombreux articles de ce journal évoquent les activités de René Camphin ou ont été rédigés par lui. — L’Écho du Nord, quotidien régional, 5 novembre 1937. — Notice DBMOF par Yves Le Maner. — DPF, op. cit. — E. De Chambost, La direction du PCF dans la clandestinité (1941-1944). Les « cyclistes du Hurepoix », L’Harmattan, coll. « Mémoires du XXe siècle », 1997. — M. Lazar, Maisons rouges. Les partis communistes français et italien de la Libération à nos jours, Aubier, coll. « Histoires », 1992. — A. Lecœur, Croix de guerre pour une grève, Plon, 1971, p. 176. — L. Létoquart, Léandre Létoquart raconte... Plus d’un siècle d’histoire locale, 1870-1985, Avion, 1990. — R. Mencherini, Guerre froide, grèves rouges. Parti communiste, stalinisme et luttes sociales en France. Les grèves insurrectionnelles de 1947-1948, préface de M. Agulhon, Syllepses, 1998. — A. Ouzoulias, Les fils de la nuit, Grasset, 1975. — R. Pannequin, Adieu camarades. Les années sans suite, t. 2, Le Sagittaire, 1977. — Ch. Tillon, Un procès de Moscou à Paris, 1971 ; Ibid. Les FTP, soldats sans uniforme, Rennes, Éd. Ouest-France, 1991, Ibid. ; On chantait rouge, Robert Laffont, coll. « Vécu », 1997.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément