TOURANCHEAU Louis

Par Bruno Poucet

Né en 1910, mort le 25 mai 1992 ; instituteur, puis directeur d’une école privée ; vice-président de l’Action catholique générale du diocèse de Rouen ; vice-président de la Fédération de l’enseignement libre CFTC ; fondateur en 1964 du syndicat national de l’enseignement chrétien (SNEC-CFTC) dont il fut le premier président ; vice-président de la CFTC.

Né dans une famille chrétienne, après ses études primaires, Louis Tourancheau fut nommé instituteur, puis directeur de l’école Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus à Maronne près de Rouen (Seine-Maritime) où il exerça jusqu’à sa retraite.
Membre de la CFTC en 1934, puis après la Libération, secrétaire de l’Union départementale CFTC de Seine-Maritime, il fut élu secrétaire général du syndicat CFTC de l’enseignement libre de Normandie, celui-ci, fondé en 1946, était , au point de départ, essentiellement composé d’instituteurs.
Louis Tourancheau fut, de 1946 à 1948, vice-président de la fédération de l’enseignement libre CFTC (fondée en 1938 à Lyon), conseiller fédéral jusqu’en 1956, date du départ d’Emmanuel Mazerolle, président de la fédération. Dès 1955, minoritaire au sein de l’UD-CFTC de Normandie qui prônait l’évolution et la déconfessionnalisation, il organisa un pôle d’opposition à la politique confédérale. En désaccord avec l’évolution de la fédération CFTC de l’enseignement libre qui soutient le processus qui aboutit à la loi Debré, Louis Tourancheau estimait qu’il fallait maintenir un enseignement chrétien, distinct de l’enseignement public « rationaliste et athée » à ses yeux. Il n’admettait pas l’existence, à l’intérieur de la CFTC, d’une fédération laïque, de par ses statuts de 1937, le SGEN (Syndicat général de l’éducation nationale). Il était, par ailleurs, en désaccord avec la position de la confédération CFTC favorable à l’indépendance de l’Algérie, il s’opposa ainsi à toute « politisation » qui rapprocherait la CFTC des idées socialistes. Le socle de référence idéologique de Louis Tourancheau était la doctrine sociale de l’Église. Il quitta donc toute responsabilité syndicale en 1960 et n’était plus adhérent au syndicat CFTC depuis cette date.
C’est la raison pour laquelle, lorsqu’en 1964, la CFTC évolua et devint la CFDT, il rejoignit ceux qui plaidèrent pour une CFTC » maintenue », autour de Joseph Sauty. Il adhéra à cette organisation et fonda le 29 décembre 1964, avec Maurice Bodard (syndicat du Nord), Ghislain Deguine (syndicat de la Somme), Anne Frappier (syndicat de Paris), André Ghuysen (syndicat de Paris), Roger Levasseur (syndicat de l’Eure) une nouvelle organisation pour les maîtres de l’enseignement privé, le SNEC-CFTC (syndicat national de l’enseignement chrétien). C’est un syndicat national qui, dans son titre même, souligne bien qu’il n’accepte pas la loi Debré – l’enseignement est chrétien - or justement la loi de 1959 précise bien que l’enseignement est un enseignement public et neutre. Ce nouveau syndicat maintenait ainsi fermement les références à la doctrine chrétienne à la différence de la FEP-CFDT (fédération de l’enseignement privé depuis 1966). Le siège social de la nouvelle organisation était localisé à Rouen, avant qu’il ne déménage à Paris en 1974.
Président fondateur du SNEC-CFTC, Louis Tourancheau était élu, lors du congrès confédéral de Vincennes en octobre 1965, membre du conseil confédéral de la CFTC. Il fut ultérieurement vice-président de la CFTC. Il fut, à ce titre, membre du conseil économique et social.
Il eut avec la petit équipe des fondateurs, à constituer des équipes militantes dans les départements, à se faire reconnaître dans les instances nationales de l’enseignement catholique (dès 1965), dans les commissions paritaires et les conventions collectives (1965), dans les commissions de l’administration, tant au niveau national que local. En mars 1967, il participait à la création d’un journal national SNEC-Informations dont le titre de l’éditorial était tout un programme : « nous voulons demeurer libres !... »
Le premier congrès fédéral du SNEC-CFTC eut lieu à Clermont-Ferrand en 1967 et marqua réellement l’entrée dans l’enseignement catholique de ce nouveau syndicat : une quarantaine de départements sont en effet représentés. Outre les activités habituelles de défense des personnels, il y est affirmé la nécessité de défendre le caractère propre et de faire évoluer le contrat d’association afin de renforcer l’autorité du chef d’établissement. Ce nouveau syndicat défendant la liberté scolaire est soutenu, de plus en plus, par l’épiscopat. Il réclamait le maintien du contrat simple dont la loi de 1971 avait envisagé la suppression. En 1974, il présentait un statut du maître contractuel, façon de s’opposer à tout projet de fonctionnarisation des maîtres.
Très vite, ce syndicat obtint une véritable reconnaissance dans l’enseignement catholique : Louis Tourancheau était ainsi membre de la commission permanente du Comité national de l’enseignement catholique, vice-président de l’UNAPEC (formation permanente des maîtres de l’enseignement privé) lors de sa création en 1971. Louis Tourancheau contribua, de par les résultats électoraux, à faire de son organisation la première organisation syndicale de l’enseignement privé (entre 1974 et 1995). Il en fit aussi le fer de lance de l’opposition à tout rapprochement avec l’enseignement public, notamment en 1981 lors des négociations autour de la loi Savary sur l’avenir de l’enseignement privé. Il avait dénoncé sans cesse les positions de la FEP-CFDT auprès des autorités de l’enseignement privé.
Louis Tourancheau restera président du SNEC-CFTC jusqu’en 1975, il fut remplacé par Alain Deleu ; il fut nommé président fondateur jusqu’à sa mort le 25 mai 1992 et continua quelques années à jouer un rôle moral important. Il avait cessé toute activité militante en 1985. Il fut enterré religieusement à Rouen le 30 mai 1992. Marié, il était père de deux enfants, Patricia et Philippe. En 1995, est inaugurée, au siège du SNEC-CFTC, à l’époque rue Juliette Dodu, une salle de réunion qui porte son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184934, notice TOURANCHEAU Louis par Bruno Poucet, version mise en ligne le 7 septembre 2016, dernière modification le 7 septembre 2016.

Par Bruno Poucet

SOURCES : Archives SGEC, archives FEP-CFDT, archives du syndicat CFDT de Normandie. — SNEC-Info (1976, n° 46, 1992, n° 179, n° 182, 1992, n° 210 1995). — Témoignage écrit d’Elisabeth Chaumié (25 janvier 1996).— Bruno Poucet, Entre l’Église et la République Paris, éditions de l’Atelier, 1998 p. 98-100.

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