Né le 5 juillet 1905 à Saint-Amarin (Haut-Rhin), mort le 17 mai 1944 à Toulouse (Haute-Garonne) ; journaliste, musicographe, traducteur ; militant antifasciste ; chef de secteur des Mouvements unis de la Résistance (MUR).

Charles Wolff fit des études au cours complémentaire de Saint-Amarin et au lycée de Thann, puis, après le baccalauréat, au lycée Louis-le-Grand. Devenu journaliste à Paris, il collabora notamment à La Lumière aux Hommes du Jour et aux Lectures du soir, et adhéra en 1932 au Groupe des écrivains prolétariens de langue française. Connaissant parfaitement la langue allemande, il fut le traducteur de Professeur Unrat d’Heinrich Mann, que publièrent les Éditions Grasset, et s’intéressa particulièrement à la jeune littérature et aux poètes expressionnistes d’Outre-Rhin. Très attiré par la musique et le folklore musical, il était le critique musical de La Lumière. Persuadé du rôle vulgarisateur du disque, il créa la première rubrique de musique enregistrée et, patiemment, réussit à constituer la plus remarquable collection de disques qui existât en France. Sa discothèque comportait environ dix-huit mille disques du monde entier, en majorité très rares.
« Le trait qui, surtout, le singularisait, a écrit de lui Yves Lévy, c’était la forme de son attachement à la cause des humbles. D’autres se soucient de doctrine. Le cœur de Charles Wolff vibrait en harmonie avec les manifestations de l’esprit révolutionnaire qui offrent le plus de prise à l’exaltation sentimentale, depuis la Commune de Paris jusqu’à l’anarchisme espagnol. »
Militant antifasciste, socialiste dans la mouvance de la Gauche révolutionnaire, Charles Wolff fit partie d’une des délégations envoyées en Espagne pour intervenir en faveur du POUM. Il manifesta sa solidarité active et une aide personnelle aux réfugiés politiques qu’il accueillait chez lui. Après la défaite de 1940, fuyant les nazis, il se replia à Toulouse. C’est là qu’il apprit le suicide de sa femme et sa sœur, demeurées en Alsace lors de l’arrivée des Allemands. Désespéré, Charles Wolf fut récupéré par son camarade d’avant-guerre, Daniel Bénédite, qui le fit venir à Marseille au début de 1941 et entrer dans l’équipe dirigeante du Comité américain de secours (CAS) créé par le journaliste Varian Fry en septembre 1940 pour venir en aide aux intellectuels, artistes et militants menacés par le régime nazi. Il fut logé dans la villa Air-Bel où se trouvaient, parmi d’autres, André Breton et Victor Serge en instance de départ vers l’Amérique avec leur famille et que fréquentaient les artistes et écrivains aidés par le Comité. Charles Wolf, qui gardait de nombreux contacts dans les milieux journalistiques, fut chargé par Varian Fry du service de presse du Comité. Il fut à l’origine de la participation d’une Américaine, Miriam Davenport (1915-1999) aux activités du CAS. Sa principale responsabilité fut cependant d’élargir l’aide du CAS aux Alsaciens et Lorrains réfugiés en zone « libre », ce qui était aussi une façon de désarmer la méfiance des autorités de Vichy à l’égard d’une équipe qui sentait le soufre. Le projet était de créer une « Maison alsacienne » à Air-Bel. Cette « Maison » ouvrit finalement fin avril 1942, mais la population accueillie ne partageait pas les options de Bénédite et Wolf et profita de la fermeture du CAS par la police au début juin 1942 pour les rejeter. Wolf, écoeuré, quitta Marseille pour Toulouse. Il entra dans la Résistance. Devenu chef du secteur de Castanet (Haute-Garonne) des MUR, il fut arrêté par la Milice en mai 1944, torturé et assassiné au siège de celle-ci, rue Alexandre Fourtanier, à Toulouse, sans avoir révélé aucun nom de ses compagnons.
Le conseil municipal de Castanet donna son nom à la salle des fêtes de la localité.

SOURCES : Correspondance de Robert Wolf, neveu de Charles.— Notes de Sylvain Wolf, frère de Charles.— Daniel Bénédite, La filière marseillaise, Paris, Clancier-Guénaud, 1984 et Un chemin vers la liberté sous l’Occupation. Du comité Varian Fry au débarquement en Méditerranée. Marseille-Provence 1940-1944, Paris, Editions Kiron, 2016. — Varian Fry, Livrer sur demande. Quand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille 1940-1941), "Une lueur vive dans la nuit", postface de Charles Jaquier, Marseille, Agone, 2017, 498 p. [pp. 261, 307, 333-334, 364, 469]. — Renseignements Jean-Marie Guillon. — Notes d’André Balent.

OEUVRE : Répertoire critique du phonographe, Grasset, 1929. — Répertoire général du phonographe, Grasset, s.d. — Traduction : Professeur Unrat d’Heinrich Mann, Grasset, 1932.

Jean Prugnot

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