Né en 1901 dans le xian de Zhangping (Fujian), mort le 1er août 1998 à Shanghai ; traducteur et écrivain. Communiste dès 1922, trotskyste dès 1929, c’est I’« Enfermé » de la révolution chinoise, emprisonné à deux reprises sous Chiang Kai-shek (1929, puis 1931-1937) et vingt-sept ans sous Mao et ses successeurs (1952-1979).

Étudiant-ouvrier en France, Zheng Chaolin travaille dans une usine de chaussures en province, puis gagne Paris où il adhère au P.C.C. en 1922. Il rejoint Moscou à la fin de la même année en compagnie d’une dizaine d’autres jeunes communistes de France et de Belgique et suit pendant près de deux ans les cours de l’Université communiste des travailleurs de l’Orient (voir Peng Shuzhi (彭述之)). A l’automne 1924, Zheng Chaolin rentre en Chine et s’intègre aussitôt à l’équipe de rédaction de Xiangdao et Xin qingnian. Le numéro de décembre 1924 de Xin qingnian consacré à la révolution nationale compte, outre un article de Zheng sur la solution de la question nationale en U.R.S.S., plusieurs traductions d’articles et discours de Lénine, Trotsky et Staline effectuées par Zheng et quelques-uns de ses anciens camarades de Moscou. Mauvais orateur (il bégaie), Zheng Chaolin a dès cette époque la réputation de fort bien lire et traduire les langues étrangères qu’il parle mal (outre le français et le russe, il comprend l’italien et l’espéranto et apprendra plus tard l’anglais et l’allemand). Zheng traduit entre autres l’ABC du Communisme de Boukharine, le manuel marxiste le plus influent en Chine durant les années 1920. Traducteur et pendant quelque temps trésorier du Parti, Zheng assiste également Peng Shuzhi dans ses tâches et le remplace à Shangda (voir Qu Qiubai (瞿秋白)) quand la maladie ou une mission à Pékin ou Canton empêche Peng d’enseigner. Zheng Chaolin participe activement au mouvement du 30 mai (dont il tient informé Peng à l’hôpital), ainsi qu’aux second et troisième soulèvements de Shanghai de février et mars 1927, puis quitte Shanghai pour Wuhan où il devient membre du comité provincial du Hubei (du P.C.C.). Il y milite pendant la dernière phase de la révolution de 1926-1927 et participe au 5ème congrès du P.C.C, ainsi qu’à la Conférence extraordinaire du 7 août 1927 (voir Qu Qiubai (瞿秋白)). Au lendemain de cette conférence, Zheng accède au C.C., qui lui confie la charge du Département des Publications. Lors du plénum de Shanghai (9-11 novembre 1927), il devient secrétaire de la rédaction du « journal du Parti » (Le Bolchevik), dont Qu Qiubai est rédacteur en chef.
Deux ans plus tard, Zheng Chaolin est l’un des 81 signataires du Manifeste de l’Opposition de gauche (voir Peng Shuzhi (彭述之)) et l’un des cinq premiers signataires exclus du P.C.C. Il appartient dès sa fondation à « Wuchanzhe she » (l’Association prolétarienne), celle des quatre factions trotskystes de l’époque héroïque qui regroupe le plus grand nombre de vétérans du P.C.C. Favorable à la fusion, Zheng représente l’Association prolétarienne à la conférence d’unification de mai 1931. Responsable de la propagande dans le comité directeur du mouvement trotskyste unifié (dont le secrétaire général est Chen Duxiu (陳獨秀)), Zheng Chaolin est arrêté trois semaines plus tard (nuit du 21 mai 1931). En prison, il fait l’admiration des autres prisonniers, staliniens aussi bien que trotskystes, auxquels il enseigne la théorie et l’histoire du mouvement révolutionnaire. L’un des deux seuls prisonniers passibles de la peine de mort, il est finalement condamné en novembre 1931 à quinze ans de prison (la plupart de ses camarades à six ans) et transféré peu après à la prison militaire de Nankin, au régime plus strict. Libéré, comme la plupart des autres trotskystes, au cours des premiers mois de la guerre sino-japonaise, Zheng Chaolin est à peu près le seul à rejeter d’emblée l’union sacrée contre l’envahisseur. Isolé, il passe les deux premières années de la guerre dans le sud de l’Anhui, puis de retour à Shanghai, trouve quelques trotskystes pour partager ses vues, une fois que la guerre a éclaté en Europe et qu’elle menace de s’étendre au Pacifique. Zheng Chaolin et les autres « défaitistes » boycottent la « seconde conférence nationale de la Ligue communiste » convoquée par Peng Shuzhi en août 1941, puis organisent un mouvement trotskyste dissident, qui publie L’Internationaliste (dont Zheng est l’un des principaux collaborateurs). Mais l’activité la plus féconde de Zheng à cette époque consiste en ouvrages et en traductions, qui n’ont pas obtenu la diffusion qu’ils méritaient. Il traduit avec un autre membre de la minorité, Wang Fanxi, L’Histoire de la Révolution russe de Trotsky, qui paraît avec quatre pages en blanc en tête du premier volume, en hommage à Trotsky assassiné et pour tenir lieu de la préface qu’il avait promis d’écrire quelques semaines avant sa mort. Cette préface sera néanmoins publiée en appendice au troisième volume de l’édition chinoise, la veuve de Trotsky l’ayant retrouvée parmi les papiers de son époux. Zheng Chaolin résume également en chinois l’autobiographie de Trotsky, traduit en entier sa Révolution permanente et rédige pour son compte un ABC de la Théorie de la Révolution permanente (ces trois ouvrages seront publiés après la fin de la guerre). Il écrit en outre plusieurs ouvrages ou parties d’ouvrages qui n’ont jamais vu le jour (peut-être sont-ils aux mains de la police chinoise) : un roman à thèse qui a l’ambition d’exposer une théorie de la révolution, Dialogue entre trois voyageurs ; des mémoires qui ne couvrent guère que la période non trotskyste de la vie de Zheng et contiennent une histoire de la première décennie du P.C.C. vue de l’intérieur ; enfin et surtout une Biographie critique de Chen Duxiu, qui passe aux yeux d’un des rares lecteurs du manuscrit (voir Wang Fan-hsi 1980, p. 239) pour la plus brillante histoire intellectuelle de la Chine moderne jamais écrite.
Après la guerre, Zheng Chaolin reprend des activités plus militantes — entendons : moins intellectuelles, sans être pour autant très efficaces. Il s’épuise à éditer ou écrire les articles du nouvel organe du groupuscule trotskyste qui a fait scission en 1941 : Xinqi (Le Nouveau Drapeau), publié deux fois par mois à partir de juillet 1946. Le gouvernement interdit Xinqi dès le printemps 1947 : désormais, Zheng et ses camarades s’acharnent à l’imprimer eux-mêmes et réussissent à sortir à intervalles irréguliers six autres numéros, pas très lisibles. Les 27-28 avril 1949 (l’Armée rouge a déjà franchi le Yangzi), les minoritaires fondent un Parti internationaliste des Ouvriers chinois, dirigé par un comité permanent de cinq membres, dont Zheng Chaolin. Aspirant au martyre, Zheng décide de rester à Shanghai et dissémine en 1950 ses nouvelles réflexions sur le stalinisme et l’Union soviétique, ainsi qu’une analyse des raisons de la victoire communiste en Chine et de la nature du nouveau régime. Nouveau régime qui l’arrête dans la nuit du 22 décembre 1952 et le détient sans jugement jusqu’en juin 1979 : Zheng Chaolin n’a pas été arrêté aussi souvent qu’Auguste Blanqui, mais il est demeuré plus longtemps que lui « enfermé ».

ŒUVRE : Outre les œuvres évoquées ci-dessus, mentionnons une série d’articles parus dans Zhongbao depuis la rédaction de cette notice et dans lesquels Zheng polémique avec Peng Shuzhi ou égrène des souvenirs vieux d’un bon demi-siècle concernant maint révolutionnaire fameux : Zhongbao nos. 45 (octobre 1983), p. 78-83 ; 47 (décembre 1983), p. 54-56 ; 48 (janvier 1984), p. 59-63 ; 49 (février 1984), p. 68-71 ; 51 (avril 1984), p. 46-50 ; 52 (mai 1984), p. 74-78 ; 53 (juin 1984), p. 57-60 ; 54 (juillet 1984), p. 63-66 ; 57 (octobre 1984), p. 70-74 ; 58 (novembre 1984), p. 58-61. — Ses mémoires ont été traduits par Gregor Benton.

SOURCES : Interview de Peng Shuzhi. — Cadart/Cheng (1983). — Wang Fan-hsi (1980). Voir aussi Li Weihan in Social Sciences in China, no. 3, 1983. — Benton, ed. (1997).— Wang Fan-hsi (1980).

Lucien Bianco

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