YUAN Kaili

Par Jean-Luc Domenach

Ouvrier modèle de Shanghai.

Dans toute campagne de masse en Chine populaire, on cherche d’abord à désigner des modèles (individus ou unités) dont l’exemple sera ensuite diffusé. La désignation des travailleurs modèles vise aussi à sélectionner des cadres dans la classe ouvrière. Mais ce processus de sélection ne va pas sans contradiction : écrasé par les tâches politiques et administratives que lui vaut son ascension progressive, l’ouvrier promu, devenu cadre, finit par perdre sa qualité de modèle du travail.
C’est ce qui est arrivé à Yuan Kaili, un ouvrier de l’aciérie no 2 de Shanghai. On l’avait désigné comme travailleur modèle en 1950 parce que ses propositions de rationalisation avaient contribué au doublement de la production de l’usine. Il fut délégué à Pékin au congrès national des travailleurs modèles et des héros de combat. A son retour, Yuan reçut huit fonctions différentes : quatre dans son usine (membre du comité exécutif du syndicat, membre du comité de production, membre du comité de gestion et vice-président du comité pour l’élimination des contre-révolutionnaires) et quatre dans des organes de quartier ou municipaux. Il passait toutes ses heures de loisir et le tiers de son temps de travail dans des réunions, et ne dormait que quatre heures par nuit. Aussi devint-il incapable de maintenir un rendement de pointe. Les autres ouvriers murmuraient : « Yuan Kaili est maintenant un travailleur modèle dans l’assistance aux réunions. » Son cas, assez répandu dans d’autres usines, fut mis en avant comme « exemple négatif » par la presse de Shanghai dans l’été 1951.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184568, notice YUAN Kaili par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 1er février 2017, dernière modification le 1er février 2017.

Par Jean-Luc Domenach

SOURCES : Jiefang ribao (Libération), quotidien de Shanghai, 15 juillet 1951, traduit in Selections from China Mainland Press (SCMP), no. 140, p. 15-17.

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