YU Qiuli 余秋里

Par Jean-Luc Domenach

Né en octobre 1914 (au Sichuan ?), mort le 3 février 1999 à Pékin ; militaire devenu ministre du Pétrole (1958-1960), puis président de la Commission du plan (de 1972 à 1980) et vice-premier ministre (1975-1982). Membre du C.C. depuis 1969, du B.P. depuis 1977, du secrétariat du C.C. depuis 1979 Directeur du Département politique général de l’A.P.L.

Yu Qiuli a accompli une carrière longue et mal connue dans l’armée (il a perdu un bras à la guerre). Il aurait servi sous He Long (賀龍), puis, comme garde du corps de Ren Bishi (任弼時) (1934), dans la base rouge du Hunan-Jiangxi. Après avoir probablement participé à la Longue Marche, il aurait combattu dans le nord-ouest de la Chine (on le décorera plus tard pour son rôle dans les années 1945-1949). Il se retrouve en tout cas commissaire politique adjoint du district militaire du Qinghai en octobre 1949. A partir de 1952, il occupe dans l’A.P.L. des postes techniques de plus en plus importants : directeur des services logistiques dans la région militaire du Sud-Ouest (1952-1954) et surtout du Département des finances de l’A.P.L. (août 1956-novembre 1957), puis commissaire politique du Département de logistique générale pendant quelques mois.
En février 1958, Yu Qiuli commence sa carrière civile avec un poste de ministre de l’industrie pétrolière (alors considérée comme une industrie de défense nationale). Il joue un rôle considérable pour lancer et populariser le modèle de Daqing (voir Wang Jinxi) dans tout le secteur industriel. Il étend ainsi son domaine de compétence. En 1964, sa personnalité est assez connue et sans doute aussi assez discutée pour que dans une « réunion de travail centrale » tenu en décembre, Mao, approuvé par Zhou Enlai (周恩來), défende son dynamisme ainsi que sa compétence et le propose comme adjoint de Li Fuchun (李富春) à la Commission du plan. Cette nomination ne deviendra officielle qu’en novembre 1965.
Parce qu’il était lié à Zhou Enlai à travers Li Fuchun, Yu Qiuli a été très contesté pendant la Révolution culturelle. Alors que certains groupes de Gardes rouges proposaient de le « bombarder sans l’abattre », d’autres, un moment soutenus par Jiang Qing (江青), demandent son élimination.
Bientôt, cependant, l’atmosphère politique se détendait quelque peu. Yu Qiuli avait su se montrer indispensable dans des temps difficiles ; il apparaissait de plus en plus comme une figure de proue d’un groupe de hauts fonctionnaires (voir Li Xiannian (李先念)) qui, par opportunisme ou par sens de l’État, acceptaient (fût-ce pour les modérer) les ambitions maoïstes. Aussi, son ascension s’accélère à partir de 1969 : élu au C.C. par le IXe congrès du P.C.C., il devient (en octobre 1972) président de la Commission du plan du Conseil des affaires d’État et joue à ce titre un rôle considérable dans les efforts de relance et de coordination économique qui sont entrepris à l’époque. Yu Qiuli est l’un des plus actifs vice- premiers ministres nommés en janvier 1975.
Son rôle ne pouvait qu’augmenter après la chute de la Bande des Quatre (voir Jiang Qing (江青)). En effet, il se trouvait, comme Li Xiannian, au centre des premiers compromis politiques entre Hua Guofeng (華囯鋒) et les partisans de Deng Xiaoping (鄧小平). De plus, sa compétence était indispensable aux nouvelles ambitions économiques du régime. Yu est donc entré au B.P. à l’issue du XIe congrès du P.C.C. (août 1977) et au secrétariat du C.C. en février 1980. Cependant, la victoire des « pragmatistes » (voir Hu Yaobang (胡燿邦) et Zhao Ziyang (趙紫陽)) devait nécessairement limiter son rôle. Représentant d’un compromis dépassé, probablement critiqué par d’autres économistes (voir Chen Yun (陳雲)) partisans de mesures plus radicales de décentralisation et de réforme des entreprises, indirectement atteint par divers scandales impliquant ses collaborateurs du « clan du pétrole » (notamment l’effondrement d’une plate-forme pétrolière dans le golfe du Bohai), Yu Qiuli semble avoir perdu une partie de son poids politique en 1980. Il a dû abandonner en août 1980 le ministère du Plan pour la Commission de l’énergie.
Des querelles obscures qui se déroulent alors parmi les dirigeants du Centre, Yu Qiuli ne sort cependant- pas complètement vaincu : il est vrai que le réformisme des années 1978-1980 est progressivement battu en brèche. Yu conserve son poste de vice-premier ministre jusqu’à la restructuration gouvernementale de mars 1982. Il siège ensuite (jusqu’en juin 1983) dans une fonction en principe équivalente de conseiller d’État. A l’issue du XIIe congrès du P.C.C., il conserve sa place au B.P. et au secrétariat du C.C. ; surtout il reçoit une nouvelle affectation qui surprend nombre d’observateurs : celle de directeur du Département politique général de l’A.P.L. en remplacement de Wei Guoqing (韋囯清) (septembre 1982). L’avenir dira si cet ancien commissaire politique devenu haut fonctionnaire se sera montré capable de convaincre une armée parfois réticente de la nécessaire priorité de la modernisation civile.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article184562, notice YU Qiuli 余秋里 par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 1er février 2017, dernière modification le 8 février 2017.

Par Jean-Luc Domenach

SOURCES : Outre WWCC, voir : Illiez (1973). — Joint Publication Research Service (JPRSh) 20 février 1974. — Nanbeiji (Nord-Sud), 16 janvier 1978. — RMRB, 1971-1982. — Rice (1972).

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